Papier et carton : les fabricants et importateurs croulent sous les commandes

Les importations totalisent 1,8 milliard de DH sur les 4 premiers mois de l’année, en hausse de 64 %. La demande est boostée par la communication, les secteurs exportateurs et les efforts de l’Etat en matière d’alphabétisation.

Nombreux sont les chefs d’entreprises qui se plaignent de la conjoncture. Pour autant, il y a des secteurs d’activité qui prospèrent malgré la morosité ambiante. Il en est ainsi de la filière papier et carton qui enregistre un niveau d’activité plus élevé par rapport aux années passées. C’est ce que nous signale Ali Mechiche Alami, président de l’Association des importateurs et distributeurs de papier et carton. Selon lui, la demande est tellement forte qu’il a fallu importer davantage pour satisfaire les besoins du marché. A fin avril, la valeur totale des achats de l’étranger de carton et papier s’est élevée à 1,8 milliard de DH contre 1,1 milliard de DH à la même période de l’année dernière, soit 63,6% de plus.
Depuis cinq mois, et de l’avis des professionnels, certains segments enregistrent une croissance d’activité à deux chiffres. C’est le cas particulièrement du carton ondulé pour emballage qui progresse de 13%, selon Mounir El Bari, président de la Fédération des industries forestières, des arts graphiques et de l’emballage (Fifage). Les ventes de carton ondulé pour l’emballage pourraient atteindre plus de 200 000 tonnes pour l’année en cours, dont 55 % assurés par la production nationale.
Le segment du papier emballage utilisé dans l’agro-alimentaire, le textile, le mobilier et autres est aussi bien parti pour réaliser une bonne année. Les premiers mois s’annoncent, en tout cas, prometteurs. Et d’après les prévisions de la Fifage, la consommation pourrait porter sur un peu plus de 15 000 tonnes, dont 40 % importés. Quant au segment des papiers pour impression, il est nettement dopé par la remarquable hausse de la demande observée dans le domaine administratif et scolaire. Les ventes dépasseraient les 160 000 tonnes, d’après les pronostics des professionnels, dont 62 % importés. Très juteux, ce marché a fait le bonheur de plusieurs importateurs qui ont largement bénéficié de l’accord d’Agadir. Comme le précise M. El Bari, «depuis la signature de cet accord, il y a eu beaucoup d’importations à partir de l’Egypte et de la Tunisie». Certains exportateurs étrangers ont même été tentés d’exploiter frauduleusement ledit accord. Et cela a marché, pour un certain temps. C’est le cas de cet intermédiaire égyptien qui, en 2010, a inondé le marché de ramettes à des prix défiant toute concurrence. Il vendait le paquet à 20 DH contre 35 DH pratiqués par la plupart des concurrents.    
Suite à la plainte déposée par la Fifage auprès des autorités concernées, le ministère du commerce extérieur en l’occurrence, une délégation composée de responsables marocains de ce département ministériel et de représentants de la Fifage avait effectué une visite en Egypte pour les besoins de l’enquête. Là, ils ont découvert que l’exportateur égyptien ne disposait d’aucune unité de production. Sa seule intervention consistait à acheter le produit dans des pays qui n’ont pas d’accord de libre-échange avec le Maroc et à changer l’étiquette désignant l’origine de production.
En revanche, le papier plat (calendrier, boîtes à chaussures, emballages pour détergents…), 25 000 tonnes environ par an, est exclusivement produit par l’industrie locale.

40 000 tonnes de papier journal à importer en 2011

Si dans ces segments l’industrie locale parvient à se faire une place importante dans un secteur d’envergure mondiale dominé par de grands groupes internationaux, elle est quasiment absente des deux autres. Ainsi, pour satisfaire nos besoins en papier journal estimés à un peu plus de 40 000 tonnes en 2011, les opérateurs recourent au marché étranger. Exonéré des droits d’importation pour permettre aux citoyens d’avoir des journaux à bas prix, ce produit est en stagnation. Les professionnels, notamment les imprimeurs, s’approvisionnent également de l’étranger pour répondre à la demande locale (25 000 t) en papier couché qui sert à la fabrication de magazines, d’étiquettes, posters, dépliants et documents publicitaires.
Au total, les ventes globales du secteur du papier et carton devraient progresser de 10 % à la fin de cette année, par rapport à la précédente, à 480 000 tonnes, dont 295 000 importées, d’après les estimations des professionnels. La consommation nationale (14,5 kg/an/habitant) reste toutefois faible par rapport à la moyenne mondiale. Par exemple, la France consomme 167,2 kg/h, la Belgique 345 et la Tunisie 35.
Pour les professionnels, plusieurs facteurs contribuent à cette embellie. D’abord, les efforts consentis par les pouvoirs publics pour faire face au retard en matière d’alphabétisation sont en train de booster le marché. Les investissements programmés par le ministère de l’éducation à ce propos sont conséquents aussi bien pour le projet du livre scolaire que pour l’opération 2 millions de cartables. A cela s’ajoute «le boom des technologies qui se traduit par une forte demande pour tous les produits consommables destinés aux ordinateurs et aux différents appareils informatiques comme les imprimantes, dont le papier», souligne M. Mechiche Alami.

L’industrie locale n’est pas encore en mesure de proposer un produit de substitution pour le sac en plastique

Le secteur bénéficie également de la multiplication des actions de marketing et de communication menées par les entreprises, en particulier celles des secteurs des télécoms, de la grande distribution et de l’enseignement privé, qui produisent en masse des brochures, dépliants et affiches.
Et ce n’est pas tout. L’essor remarquable du secteur de l’automobile, notamment des pièces de rechange, ainsi que celui du tourisme ont eux aussi dopé l’activité. Sans oublier l’embellie que connaît le secteur de l’agroalimentaire. «On remarque une forte demande de la part des professionnels de la biscuiterie-chocolaterie, du café et du thé», explique M. Mechiche Alami. Le changement des habitudes alimentaires que connaît la société marocaine contribue également à l’essor du secteur du papier et carton. Aujourd’hui, le Marocain consomme de plus en plus de produits emballés dans les fast-foods, les pâtisseries et autres.
Autre aubaine : la volonté des pouvoirs publics d’éliminer à terme les sacs en plastique. L’alternative sera un produit en papier ou en carton. Sauf que leurs ambitions peuvent être compromises par des contraintes d’ordre technique. Car, pour le moment l’industrie locale n’est pas équipée de machines adaptées à ce type de produits. L’élimination de sacs en plastique bute, entre autres, sur l’incapacité des professionnels à produire les sacs en papier qui peuvent remplacer les sachets indésirables. Et ce n’est pas le seul handicap dont souffre cette filière. Le secteur manque terriblement de cadres spécialisés. «On compte 10 ingénieurs spécialisés dans le domaine dont deux sont à la retraite», déplore le président de la Fifage. Bien que cette industrie emploie 15 000 personnes, le pays ne dispose pas d’écoles d’ingénieurs et encore moins de centres de formation dédiés à cette activité.