Pannes d’Internet trop fréquentes : les opérateurs minimisent les incidents

La 3G victime de son succès : 170 000 clients de plus en une année, soit une croissance de +512%. L’ADSL souffre des intempéries et d’une mise à  niveau, en cours, des installations.

Les internautes l’auront certainement remarqué : depuis un mois, les connexions Internet connaissent des lenteurs et des interruptions nettement plus fréquentes que par le passé. Ces incidents ont concerné aussi bien les clients de la 3G que ceux de l’ADSL. Problèmes d’infrastructures, ou conséquence d’une saturation du réseau ?
Outre la lenteur de la connexion et les ruptures répétées au cours de la même journée, le réseau ADSL connaît de grosses variations dans le débit. Brahim Boudaoud, directeur marketing chez Maroc Telecom, n’élude pas la question mais trouve que le reproche est un peu exagéré : « L’ADSL peut souffrir de deux choses : les intempéries et la vétusté des installations. Nous travaillons d’arrache-pied sur les deux aspects et nous augmentons notre réactivité par rapport à la demande de la clientèle, qu’il s’agisse de la mise à niveau ou de l’entretien ». Le responsable de Maroc Telecom ne veut pas reconnaître qu’à côté de tout cela, le doublement des débits, dans le cadre de l’agressivité commerciale de l’opérateur historique, est certainement pour quelque chose dans les incidents que connaît le réseau. A fin septembre (derniers chiffres disponibles), près de 483 000 utilisateurs étaient connectés à l’Internet via cette technologie.

483 000 connectés à l’ADSL et 200 000 à la 3G
La 3G (Internet mobile) connaît, elle, depuis quelques semaines, un taux de déconnexion (rupture de connexion) plus élevé et une lenteur anormale dans les débits. Pour comprendre les raisons d’une telle situation, il faut examiner l’évolution du parc des utilisateurs qui est passé de près de 33 000 à fin septembre 2007 à un peu plus de 200 000 une année plus tard. Sur ce créneau, les statistiques sur le taux de pénétration communiquées par l’ANRT donnent Wana en tête, avec 73,5% des nouveaux clients recrutés tandis que Méditel en a recruté 18%, et que Maroc Telecom, qui a été le plus tardif à attaquer le créneau, n’a conquis que 8,5% des 200 000 clients qui ont choisi la connexion «mobile et sans abonnement».
Rien que sur le troisième trimestre, le taux de croissance a été de 26%, mais, sur une année, il est de 512,2% ! Au moment de lancer leurs offres, les opérateurs ont, logiquement, dimensionné leurs réseaux en tablant sur un parc d’utilisateurs en croissance, mais leurs prévisions ont été largement dépassées, ce qui explique les interruptions de connexion. A cela, il faut ajouter d’autres facteurs.

Une nouvelle technologie, insuffisamment maîtrisée
Ainsi, en plus du fait que la 3G est une nouvelle technologie, donc insuffisamment maîtrisée, les opérateurs ont dû procéder à des interventions sur leurs réseaux et infrastructures alors que celles-ci sont en service. Les trois opérateurs contactés par La Vie éco refusent d’en parler ouvertement et, dans tous les cas, minimisent la gravité des incidents. Le patron de Méditel, Mohamed Mandjra, dans une récente conférence de presse, a tout simplement nié l’existence de sérieux dysfonctionnements sur la 3G de Méditel. A Wana, on ne veut pas évoquer la question. Chez Maroc Telecom, en revanche, et toujours concernant la 3G, Brahim Boudaoud, explique que «partout dans le monde, la 3G ne peut être envisagée que comme une solution complémentaire à l’ADSL, celle-ci restant la voie royale pour le haut débit».
Pour expliquer la situation actuelle, un ingérieur télécoms admet, en effet, que «le travail d’actualisation et de redimensionnement se fait sur des équipements ouverts et, forcément, le parc de la clientèle connectée en temps réel ressent les perturbations à cause des interventions faites sur des infrastructures en service».