Ouvertures d’agences au Maroc : comment les banques se partagent le territoire

Suivisme sur l’axe Casa-Rabat, stratégies différenciées pour le reste du pays. La Banque Populaire domine dans les régions du Sud, Attijariwafa bank dans le Nord et le Crédit Agricole du Maroc dans les régions périphériques de l’axe Casablanca-Rabat.

S’il est un champ sur lequel les banques se livrent une concurrence acerbe, c’est bien celui de l’élargissement du réseau : il suffit qu’un établissement ouvre une agence dans une zone pour qu’il soit suivi très rapidement par ses homologues. Eu égard à cela, l’on pourrait croire que toutes les banques se partagent équitablement le territoire national. Mais à vrai dire ce suivisme est limité à l’axe Casablanca-Rabat ; des stratégies différenciées sont déployées sur le reste du territoire. Couverture homogène, renforcement local ou régional, conquête de territoires peu exploités… On trouve de tout, ainsi que le fait ressortir le dernier rapport du Conseil de la concurrence sur le secteur bancaire dont La Vie éco détient copie.

Mais, avant d’en arriver à ces différentes stratégies, il faut dire que le territoire national se répartit de fait de manière inéquitable entre les différentes banques du fait qu’elles ont des réseaux commerciaux de taille très variable. En effet, sur un total de plus de 4 000 implantations réalisées par les grandes banques commerciales (hors Al Barid Bank), le quart appartient à la Banque Populaire et 23% revient à Attijariwafa bank. En challenger, BMCE Bank détient 15%. Société Générale et Crédit Agricole du Maroc (CAM) sont propriétaires chacun de 9% des implantations. Tandis que les parts de Crédit du Maroc, BMCI et CIH ne dépassent pas 7% individuellement.
Une grande partie des agences, soit 40% du total recensé, est localisée sur l’axe Casablanca-Rabat, ce qui est bien normal vu que cette zone concentre respectivement plus de la moitié des dépôts (52%) et près de 77% des crédits. Ne pas en déduire pour autant que les banques sont désintéressées par les autres régions.

Les filiales de banques françaises plus présentes  sur l’axe Casa-Rabat

A preuve, certaines zones sont caractérisées par une forte présence des plus gros acteurs. Cela est spécifiquement le cas des régions du Nord (l’Oriental, Al Hoceima) au niveau desquelles Attijariwafa, BP et BMCE détiennent plus des trois quarts des agences. Les régions de Laâyoune, Lagouira, Es-Smara ou encore la région de Tadla Azilal présentent des configurations similaires avec parfois plus de 80% des implantations revenant aux trois champions nationaux.
Mais le tout n’est pas d’être présent au niveau d’une région. Encore faut-il que les agences se répartissent convenablement au sein des provinces et le moins que l’on puisse dire à ce sujet est que ce ne sont pas forcément les banques dont les réseaux sont les plus étendus qui assurent la meilleure couverture du pays. Il est intéressant de relever par exemple que la BP et le CAM s’assurent tous deux une bonne présence au niveau de toutes les régions, mais leurs agences ne sont pas forcément d’une bonne distribution au niveau des provinces et préfectures de ces zones. C’est que les banques misent sur certaines régions plus que d’autres, ce qui permet de se constituer des fiefs.

En effet, la Banque Populaire domine au niveau de l’Oriental, Taza-Al Hoceima-Taounate et Meknès-Tafilalt, qui sont des régions parmi les plus pauvres au Maroc, ce qui est à lier au positionnement historique de la banque. Mais il faut aussi dire qu’il s’agit de marchés attrayants, s’agissant surtout de l’Oriental, de par le fait que cette région consomme beaucoup moins de crédits qu’elles n’apporte de dépôts, ce qui est bien pratique dans un contexte où les ressources collectées par les banques augmentent péniblement. Qui plus est, les localités de l’Oriental offrent des comptes bien garnis : un compte chèque à Nador contient en moyenne plus de 61 600 DH, soit 70% de plus que la moyenne nationale.
Pour sa part Attijariwafa bank mise fortement sur le nord du pays, notamment Tanger-Tétouan. Une stratégie payante là encore du fait que Tanger par exemple fournit presque deux fois plus de dépôts qu’elle ne consomme de crédits.   
Sans surprise, le CAM est positionné sur les régions rurales à fort potentiel agricole, dont notamment les régions périphériques de l’axe Casablanca-Rabat (le Gharb et Tadla Azilal). Cette présence est à rattacher à la mission historique du CAM dans l’accompagnement et le développement du monde rural et agricole. Pour le reste, le CIH, la BMCE, la BMCI et le CDM adoptent des positionnements quasi similaires consistant à miser essentiellement sur l’axe Casablanca-Rabat. Plus de la moitié du réseau de BMCI est par exemple localisée sur cette zone.

Un réseau de grande taille permet de réaliser des économies d’échelle

L’intérêt des banques à étoffer ainsi leurs réseaux est double. «Les agences bancaires permettent d’approfondir la connaissance du client et partant de cerner au mieux le risque qui lui est rattaché. D’un autre côté, elles permettent d’élargir la cible de clientèle susceptible de consommer de nouveaux produits et services», énumère un professionnel. Sachant cela l’on ne s’étonnera pas que les opérateurs les plus performants soient ceux-là mêmes qui disposent des réseaux les plus importants, surtout que cela permet des économies d’échelle.

La Banque Populaire, Attijariwafa bank et la BMCE qui détiennent respectivement 25%, 23% et 15% des parts de marché en matière d’implantations génèrent également plus de 60% du PNB dégagé par toutes les banques commerciales. L’exemple de la BMCE est le plus révélateur des bienfaits de l’expansion du réseau sur les réalisations commerciales. La banque du groupe Benjelloun a en effet pu développer ses niveaux de dépôts et de crédits respectivement de 27% et 74% sur la période 2007-2011 grâce notamment à une politique d’expansion du réseau d’agences et de guichets  automatiques, qui est passé de 410 à 620 points sur la période. A l’inverse, le CIH qui affiche des niveaux de dépôts et de crédits moitié moindres que les autres groupes (et un coefficient d’emploi très élevé), est justement pénalisé par un réseau d’agences et de guichets inférieur de 40% à celui du concurrent le plus proche.