Oum Azza : de simple décharge à centre d’enfouissement technique et de valorisation

Depuis 2008, 190 MDH ont été investis pour le site. A ce jour, près de 30% de la surface dédiée aux déchets sont occupés. Une deuxième ligne de tri sera installée à la fin de ce mois.

En décembre 2007, la décharge contrôlée de Rabat, l’une des premières et des plus évoluées du Royaume et la plus grande de la région, a marqué un tournant dans le traitement des déchets au Maroc. Malgré le chemin semé d’embûches qu’il a fallu parcourir pour en arriver là, elle est devenue le Centre d’enfouissement technique (CET) et de valorisation d’Oum Azza qui accueille chaque jour environ 2 000 tonnes de déchets en provenance de 13 communes. Pendant des années, la société Teodem -filiale de Segedema, elle-même filiale marocaine du groupe français Pizzorno Environnement- chargée de l’aménagement et de l’exploitation du site en vertu de la convention de délégation de service public conclue avec l’autorité délégante, a pourtant dû se contenter de deux centres de transfert (Rabat et Témara) au lieu de trois. Ce n’est qu’en 2015 que celui de Salé a pu voir le jour, après des années de désaccord au sujet du terrain. Ces centres de transfert jouent le rôle de point d’étape entre nos bennes à ordures et le CET d’Oum Azza. Après avoir été acheminés vers ces centres par les délégataires en charge de la collecte, Teodem, avec sa flotte de 9 camions, les récupère pour les emporter vers leur destination finale.

Jusqu’à 70% des revenus de la coopérative At Tawafouk proviennent du plastique

Chaque année, pas moins de 675 000 t sont donc traités à Oum Azza : ils sont soit enfouis, soit récupérés pour être valorisés via la coopérative At Tawafouk qui gère, sur place, son propre centre de tri et de valorisation. Approximativement 60% de ces déchets sont d’origine organique, 30% sont des déchets ultimes, 7% sont des déchets verts et 3% seulement sont valorisés. Il faut dire que la capacité actuelle de traitement de la coopérative At Tawafouk, qui rassemble 140 membres dont 27 femmes, est limitée à 500 t par jour pour l’instant.

Une deuxième ligne sera installée à la fin du mois d’avril portant ainsi la capacité de tri de la coopérative à 1 000 t. «En 2015, notre chiffre d’affaires a atteint près de 5 MDH, contre 3,7 millions à notre démarrage en 2011. Jusqu’à 70% de nos revenus proviennent du PET», confie Yassine, le président de la coopérative. Formée par les anciens chiffonniers, dont beaucoup ont d’abord été réticents à travailler dans le formel avant d’en approuver les avantages (CNSS, salaire fixe, etc.), la coopérative, unique au Maroc, a mis en place un système bien rodé. Chaque membre ne récupère pas toujours la même matière. Un jour, il se voit confier la récupération du plastique (matière la plus recherchée car la plus chère), un autre jour il récupère le carton. Un seuil minimum de matière est également attribué à chaque trieur afin qu’aucun d’entre eux ne soit lésé. La coopérative gère elle-même les relations avec les intermédiaires spécialisés dans le recyclage. De son côté, Teodem accompagne la coopérative en lui donnant toutes les conditions matérielles et logistiques nécessaires à son fonctionnement. Cela n’empêche pas cette dernière d’avoir récemment réalisé son tout premier investissement avec l’achat d’un camion.

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Réduire l’enfouissement et augmenter la valorisation

Ce qui n’est pas valorisable, ou n’a pu être récupéré, est donc enfoui. Après 8 ans, 30% de la surface dédiée aux déchets, soit 100 ha, sont occupés. Un premier casier, représentant 4 millions de tonnes de déchets, est ainsi rempli. «Nous sommes en avance ; nous avons donc une marge de manœuvre. L’objectif est d’ailleurs de poursuivre sur cette voie en réduisant l’enfouissement et en augmentant la capacité de valorisation», explique Gérard Prenant, DG de Segedema. «Nous sommes déjà dans une réflexion d’économie circulaire. Cela fait trois ans que nous avons mis en place une vraie stratégie de valorisation», poursuit le DG.

La société réfléchit notamment à la mise en place d’une plateforme de traitement de déchets verts. Ces derniers, qui sont pour l’instant enfouis, pourraient être broyés et valorisés sous forme de compost. Des discussions avec des partenaires potentiels sont déjà entamées et la convention bipartite entre Segedema et l’autorité délégante a fait l’objet d’un avenant pour inclure ce projet actuellement en test. «A terme, nous devrions atteindre 40% de valorisation mais notre objectif est d’atteindre 80%», s’enthousiasme M. Prenant qui espère exporter le concept intégré d’Oum Azza au reste de l’Afrique. «L’idée est de construire un vrai modèle technique et économique pour le traitement des déchets en Afrique. Les systèmes de valorisation existants dans les pays occidentaux ne répondent pas forcément aux caractéristiques des déchets au Maroc», explique-t-il.

Sur les 350 MDH d’investissements prévus par la convention de délégation de service public conclue pour 20 ans, 190 MDH ont déjà été investis depuis le démarrage. Ils ont notamment contribué à la mise en place du centre de tri et de valorisation (21 MDH en tout) et de l’unité de production de biogaz (7 MDH environ). En brûlant le méthane récupéré dans les casiers accueillant les déchets enfouis grâce à un système de puits, l’installation, réalisée dans le cadre du programme conjoint Banque mondiale-Fonds d’équipement communal pour les projets Mécanisme de Développement Propre (MDP), limite la toxicité et les odeurs de ce gaz 25 fois plus toxique que le dioxyde de carbone (CO2), et permet de récupérer des URCEs sur le marché du carbone.

Avec son partenaire, Segedema planche sur un projet de co-génération électrique. «Des études préalables sont en cours. Nous espérons installer un premier moteur d’1 MW pour atteindre, à terme, 5 à 8 MW, soit le potentiel du CET», confie M. Prenant. En outre, un projet de valorisation des déchets organiques par un système de bio-réacteurs accélérant la méthanisation sera bientôt testé sur une petite surface avec un partenaire français. Enfin, pour répondre aux nombreuses critiques visant les odeurs produites par le CET, Segedema, avec l’accord de l’autorité délégante, a fait réaliser une étude entre décembre et janvier derniers par un cabinet spécialisé. Celle-ci a permis d’identifier plusieurs sources d’odeurs : certaines sont finalement extérieures à la décharge contrôlée; celles émanant du site ont été contrôlées.