Ouarzazate et Zagora, plusieurs projets mis sur les rails

Un vaste chantier portant sur des actions de proximité, des programmes d’habitat, et des projets économiques
a été lancé par le Souverain.
L’objectif est de sédentariser les habitants de la région.

Au sortir de l’aéroport, ce mardi 1er février, il est midi mais la ville semble assoupie. Au croisement, on est presque étonné de tomber sur un feu rouge. La ville vit à son rythme, que le séjour royal secoue à bon escient. Sur la route du golf, nous croisons le Roi au volant de sa voiture découverte et sans autre escorte qu’un véhicule civil qui le suit. «La présence royale est une locomotive», nous répètent, à un terme près, tous nos interlocuteurs, y compris l’inévitable chauffeur de taxi.
Cela fait trois semaines, depuis les assises du tourisme, que la vallée du Draâ vit à ce rythme. Une sorte de mise sur les rails. Projets de proximité de la Fondation Mohammed V pour la solidarité; projets structurants dans les domaines de l’habitat, de l’urbanisme, du tourisme, de l’agriculture, des transports…
Les deux provinces concernées, Ouarzazate et Zagora, sont déshéritées, enclavées et fortement rurales. 800 000 habitants (sur)vivent dans des paysages magnifiques mais dans des conditions rudes. Le salut, selon les analyses stratégiques les plus récentes, ne peut venir que du tourisme et, dans une moindre mesure, du développement d’agro-industries ciblant la qualité et les avantages du terroir. C’est tout cela qui éclaire les projets lancés ou validés par le Souverain au cours de son séjour dans la région.

Sauver la plus grande palmeraie du Maroc
A l’heure où nous mettions sous presse, SM le Roi se trouvait toujours à Ouarzazate et était annoncé à Zagora pour la journée de ce vendredi 4 février. Mais on peut d’ores et déjà relever quelques points forts de cette visite dédiée à la promotion régionale. Et d’abord ce symbole politique: le Roi a tenu à visiter la ville de Kelaât Mgouna, à y faire la prière du vendredi et à y passer la nuit. La ville, on le sait, fut funestement connue pour abriter un bagne. Manière de dire qu’une page est tournée.
Sur 200 km le long de l’Oued Draâ, s’étend la plus grande palmeraie du Maroc. Mais c’est une palmeraie qui est mal en point, étouffée par le bayoud, cette maladie fongique qui a fait des ravages dans le pays. En 50 ans et selon les endroits, 30% à 60% des effectifs ont été décimés. Contre le bayoud, une seule riposte(disponible d’ailleurs de fraîche date) : la plantation de souches résistantes. Dès cette année, avec l’action de la Fondation Mohammed V, 30 000 plants seront mis en terre chaque année. A partir de 2007, on passera au rythme de 60 000 par an.
Evidemment, la palmeraie, c’est la survie des habitants, c’est le tourisme et aussi un levier de développement à travers les agro-industries. Dans cette région sud-atlassique épargnée par la pollution, les cultures biologiques ciblées sont une voie d’avenir. Les études stratégiques en ont identifié quelques-unes, telles que le safran (le safran de Ouarzazate est d’ailleurs mondialement connu pour sa qualité), le henné, ou encore les plantes médicinales. La Fondation Mohammed V a racheté, pour 3 MDH, une usine désaffectée qui fut créée pour conditionner les dattes. Cette usine sera mise à la disposition des agriculteurs de la région. A charge pour ces derniers d’améliorer la qualité, le packaging et d’apprendre à créer des labels.
La fondation est aujourd’hui à 40% dans des actions de développement durable, c’est-à-dire des actions ciblées qui conduisent à une amélioration durable des conditions de vie de la population. C’est le cas des gîtes ruraux, des châteaux d’eau, des travaux d’irrigation, des centres de formation professionnelle. Elle n’hésite pas, quand les études sont concluantes et que les ressources le permettent, à intervenir à la demande des élus ou des autorités d’une région. A l’occasion de la tournée royale, ce sont ainsi un centre de formation professionnelle aux métiers du cinéma, un centre d’hébergement des jeunes et une coopérative féminine qui ont été mis sur les rails.

Neuf projets d’habitat et d’urbanisme
Dans cette région fortement rurale, le ministère de l’Habitat vient de faire valider neuf projets qui seront lancés à l’occasion de la prochaine fête du Trône. Comme l’explique le ministre Taoufiq Hejira, il s’agit de projets pour réorganiser l’espace dans la région, à travers les infrastructures. La région est bien couverte par les documents d’urbanisme, avec un schéma directeur et plusieurs plans d’aménagement. Elle va même disposer de son agence urbaine.
Le ministère de l’Habitat a accepté de s’impliquer dans neuf projets identifiés par les élus et les autorités de la région, dans quatre villes : Ouarzazate, Zagora, Tineghir et Kelaât Mgouna. En gros, ces neuf projets peuvent être regroupés en quatre thèmes :
– création de pôle urbain : c’est ce qui sera fait à Tineghir, sur 180 ha. L’avantage est double : créer une ville nouvelle dans un secteur où 90 000 habitants sont éparpillés dans un rayon de 20 km et combler les besoins en équipements collectifs, administratifs et économiques.
– lotissements de moyenne superficie (40 ha à Ouarzazate, 8 ha à Kelaât Mgouna)
– restructuration de l’habitat sous-équipé (Ouarzazate, Kelaât Mgouna, Zagora)
– intervention dans le monde rural : dans la région de Kelaât Mgouna, une maison de service public sera construite par le ministère de l’Habitat avec six espaces. On crée ainsi un espace communautaire, on construit les équipements collectifs, on aménage les petits lotissements, on apporte au final l’urbanité, un lieu de rencontre.
Selon le mot d’un responsable, Marrakech jette son ombre sur Ouarzazate. Le rêve social, c’est de monter à Marrakech. Peut-être qu’un jour pas si lointain, grâce au développement touristique et aux studios de cinéma, le rêve des Marocains sera de s’installer à Ouarzazate ?

Un pôle urbain sera créé à Tineghir sur 180 ha. Avantage : créer une ville nouvelle dans un secteur où 90 000 habitants sont éparpillés dans un rayon de 20 km et combler les besoins en équipements collectifs, administratifs et économiques.

n Un centre de formation professionnelle aux métiers du cinéma, un centre d’hébergement des jeunes, une coopérative féminine… La Fondation Mohamed V a apporté son soutien à beaucoup de projets.