Où est passée la télévision numérique terrestre ?

Malgré la vaste campagne de communication, la nature du produit
et les modalités de son installation ne sont pas bien assimilées
par le public.
Les récepteurs ne sont pas distribués par la SNRT mais disponibles
dans le commerce.

Annoncée en grande pompe le 6 mars dernier, la télévision numérique terrestre (TNT) ne semble pas faire d’émules, du moins pour l’instant. Aucune statistique n’est encore disponible sur le nombre de foyers qui se sont équipés en récepteurs numériques nécessaires pour capter ce nouveau signal terrestre. Et pour cause, ce n’est pas la Société nationale de radiodiffusion et de télévision (SNRT) qui se charge de leur commercialisation. Et malgré la grande campagne de communication qui a accompagné le lancement de la TNT, beaucoup de téléspectateurs ne semblent pas savoir exactement de quoi il s’agit, comment cela fonctionne ni quel équipement il faut, et à quel prix. Des questions que la campagne d’explication était censée clarifier. Or, même ceux qui auraient été intéressés ne savent pas où se procurer l’indispensable récepteur.

Il faut savoir d’abord que les récepteurs dédiés à la TNT sont en vente libre dans les magasins d’électroménager, grandes surfaces ou encore les joutia. Les prix varient entre 400 DH, pour les appareils d’entrée de gamme, et 600 DH pour des modèles plus développés, offrant plusieurs options, tel l’enregistrement sur disque dur d’un ou plusieurs programmes. D’autres types de récepteurs, alliant la TNT à la réception de chaînes satellitaires, existent également sur le marché. Ces récepteurs, dits de type «combo», sont vendus entre 900 et 1200 DH.

Les écrans LCD et plasma sont tous équipés de tuners TNT intégrés
Pour ce qui est de la technologie utilisée, et selon un responsable technique de la SNRT, «deux types de récepteurs sont les plus utilisés actuellement sur le marché mondial, ceux utilisant la norme MPEG 2 et ceux plus évolués de type MPEG 4 sachant que c’est le premier type de récepteur qui est disponible sur le marché national». Et d’expliquer que l’utilité de ce récepteur est de permettre la réception sur un téléviseur analogique d’un signal numérique de la TNT. Important à signaler : actuellement, les téléviseurs de nouvelle génération sont équipés en tuner TNT, qui permettent de recevoir le signal TNT sans avoir recours à un récepteur. C’est le cas des téléviseurs à écran plasma ou à écran LCD qui sont quasiment tous équipés en tuners TNT intégrés.
Cela dit, l’indifférence des foyers marocains à l’égard de la TNT peut également s’expliquer par le nombre limité de chaînes auxquelles la TNT donne accès. Il s’agit, en effet, d’un bouquet de cinq chaînes marocaines généralistes et thématiques : Al Aoula, 2M, Arriyadiya, Arrabiaâ et Assadissa. Al Maghribia ne fait pas partie de ce bouquet car sa diffusion est satellitaire puisqu’elle est destinée essentiellement aux MRE. Elle ne fait donc que rediffuser des programmes de la première de et la seconde chaînes nationales.

Accélération de la mise en service des installations techniques
Pour Rachid S., installateur d’antennes paraboliques à Rabat, la TNT est un produit qui n’est pas vraiment intéressant pour les foyers urbains qui disposent d’une antenne parabolique et peuvent à ce titre recevoir les mêmes chaînes sans avoir à acquérir un équipement supplémentaire. Notre technicien, spécialisé dans l’installation d’antennes paraboliques et autres systèmes de réception de chaînes satellitaires, et qui dispose d’un portefeuille de clientèle bien garni, avoue qu’il n’a encore jamais installé de dispositif TNT puisque aucun de ses nombreux clients ne lui en a fait la demande. Apparemment, ni la qualité numérique de son ni celle de l’image ne sont venues à bout de la réticence des téléspectateurs marocains.

Il y a encore une autre raison, liée cette fois-ci à la couverture géographique. A son lancement, la TNT couvrait à peu près 54% de la population, chiffre qui devait augmenter à 77% à partir de juin 2007. A présent, elle est disponible à Casablanca, Benslimane, Settat, Nouaceur, Médiouna, Mohammédia, Rabat, Salé, Skhirat-Témara, Kénitra, Sidi Kacem, Khémisset, Meknès, Fès, Oujda, Tanger et Marrakech. Neuf autres localités ou villes devraient être couvertes dès cet été, à savoir El Jadida, Safi, Tétouan, Nador, Agadir, Laâyoune, Figuig, El Hoceima et Béni Mellal. A travers cette accélération de la mise en service des installations techniques, la SNRT vise à remplacer les bandes UHF actuellement utilisées pour la diffusion des chaînes hertziennes analogiques par la TNT, et ce à l’horizon 2015.