Où est la grippe A/H1N1 ? Deux millions de vaccins achetés, la moitié seulement utilisée

Bilan définitif à  ce jour : 3 054 cas de contamination et 64 décès.
Selon le ministère de la santé, la pandémie est bien derrière nous, mais pourrait connaître une nouvelle flambée à  l’automne.

Serait-ce finalement une grande arnaque, comme se plaisaient à railler les sceptiques, dont nombre de médecins ? Qui évoque encore aujourd’hui le virus de la grippe A/H1N1 qui a affolé le monde en quelque semaines seulement, faisant 5 000 morts et mobilisant comme jamais les instances médicales officielles sur toute la planète ? Le virus de la grippe porcine ne fait plus parler de lui ou presque. Au Maroc, en tout cas, il est sûr que, depuis janvier 2010, aucun cas de personnes contaminées n’a été signalé sur le territoire national. Au niveau mondial, les dispositifs de prévention et de vigilance placés à leur niveau le plus élevé au plus fort de la pandémie, sur recommandation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), sont à présent ramenés à des niveaux plus légers.
Pour ce qui est du Maroc, même si les portiques à détection thermique ont été rangés, le ministère garde un système de veille qui indique aux toutes dernières nouvelles que, sur les dix dernières semaines, aucun cas de grippe AH1N1 n’a été décelé et que, donc, la transmission de la grippe pandémique peut être considérée aujourd’hui comme nulle.
C’est ce qui fait dire au Dr Omar Elmenzhi, directeur de l’épidémiologie et de la lutte contre les maladies au ministère de la santé publique, que «pour nous, la première vague de la pandémie qui a commencé en juin/ juillet 2009 vient de prendre fin». Cela veut-il dire que le risque persiste ? Selon les spécialistes marocains, il est peu probable de voir revenir des degrés de transmission et de contamination comparables à ceux constatés au début de l’alerte mondiale, mais avec la grippe, préviennent les médecins, on ne sait jamais. Quoi qu’il en soit, il faut attendre l’automne prochain pour en avoir le cœur net. Mais selon toute vraisemblance, laisse-t-on entendre au ministère de la santé, le pire est probablement passé.
Du reste, les taux de mortalité déclarés au plus fort de la pandémie ne font pas l’unanimité dans le corps médical. En effet, explique encore le Dr Omar Elmenzhi : «Comme vous le savez, on ne peut déclarer une cause certaine d’un décès qu’après plusieurs niveaux d’analyses qui vont jusqu’au stade de l’autopsie, ce qui est lourd et coûteux». Cela veut dire que des cas de mort déclarés comme consécutifs à une affection par le virus de type AH1N1 peuvent avoir été dus à des crises cardiaques, pulmonaires ou autres. Sauf que si le virus a affaibli le corps du porteur, rien n’empêche de dire que la personne avait, de toutes les façons, un déficit du système immunitaire qui l’exposait à de grandes complications et à la mort, même s’il n’avait pas été contaminé par le virus.
Alors, justement, quel est le décompte officiel à ce jour des personnes reconnues atteintes par le virus et combien de personnes ont succombé au Maroc à la maladie ? A ce jour (les derniers cas ayant été signalés à la fin du mois de janvier), ce sont 3 054 contaminations qui ont été recensées sur le territoire national dont 1 016, soit 33,2%, en milieu scolaire. Sur cet effectif, 64 cas de décès ont été statistiquement reconnus comme ayant été porteurs du virus.

Le Maroc avait pris option sur 18 millions de doses…

Autres questions qui se posent aujourd’hui que la pandémie est passée : quid des millions de doses de vaccin que le Maroc a achetées ? Combien de personnes finalement se sont faites vacciner ? La direction de l’épidémiologie et de lutte contre les maladies donne un bilan définitif : le Maroc, sur les recommandations de l’OMS, qui considère que dans le cas de pandémie il est conseillé de vacciner entre 60 et 65% de la population d’un pays, a pris option d’achat pour 18 millions de doses. Mais comme le degré et la nature de la riposte ont été affinés et revus à la baisse, il n’a effectivement commandé de manière ferme que deux millions de doses. Et ce sont un million de Marocains qui se sont finalement fait vacciner, sur la base d’une dose par personne et non de deux, comme avaient commencé à préconiser les spécialistes au départ de la pandémie.
Il reste, donc, un million de doses en stock avec une date de péremption qui est de 18 mois, à partir de la date d’achat. Les deux millions de doses ayant été achetées par vague, le délai au bout duquel l’ensemble sera inutilisable est variable, mais d’ores et déjà, il faut exclure les 70 000 doses qui ont constitué le premier lot acheté en novembre 2009 et qui a servi à vacciner le personnel médical et certaines professions qui pouvaient être exposées en cas d’épidémie dans le pays. Il est à signaler que le Maroc a été parmi les premiers pays qui avaient pris possession des premiers vaccins livrés dans le monde. Bien évidemment, après les pays développés qui ont, dans beaucoup de cas, apporté leurs contributions au niveau de la recherche et du développement du vaccin, dès les premiers moments de la déclaration de l’état de pandémie du virus AH1N1 dans le monde.
Selon nos informations, le Maroc a payé la dose à un prix avantageux car il est au plus bas de la fourchette recommandée par l’OMS et qui est entre 3,70 euros et 6 euros.
Mais qu’adviendra-t-il de tous les équipements achetés dans le cadre de la riposte à la pandémie ? Pour le ministère de la santé, cela renforce l’infrastructure et les dispositifs déjà existants. Pour les vaccins, la campagne reste ouverte et les citoyens sont invités à le faire. Pour ce qui est du reste, ce ne sont pas moins de 50 millions de DH, par exemple, qui ont été mobilisés pour la mise à niveau de tous les services de réanimation du Maroc et cela renforce la capacité de prise en charge des maladies de toutes sortes et de leurs conséquences, explique encore le Dr Elmenzhi.