Opérationnelle depuis cinq mois, la centrale des risques reste peu utilisée par les prêteurs

Les sociétés de financement et les banques ne consultent pas systématiquement la base de données pour tous les dossiers de crédit.
Les agences de certaines banques ne sont pas encore informées de la procédure ou non liées au crédit bureau.

Cela fait cinq mois que la centrale des risques de Bank Al Maghrib (BAM), appelée «Crédit Bureau», est entrée en service, après plusieurs mois de réglages, et notamment sur les questions du secret bancaire (www.lavieeco.com). En principe, pour chaque demande de crédit, la banque doit consulter une base de données et attendre les résultats d’un rapport de solvabilité édité par Experian Maroc, le gestionnaire de ladite centrale. Ce rapport renseigne l’établissement de crédit sur la situation financière et les engagements du client avant tout accord. Qu’en est-il dans la pratique ? Est-ce que le système est rodé ? Est-il utilisé par tous les établissements de crédit et pour tous les engagements ?

Les sociétés de financement continuent à utiliser leur ancien système d’appréciation des risques

Du côté d’Experian Maroc, tenu par l’obligation de réserve, on assure que le système du crédit bureau est «une réussite». En principe, il revient à BAM de communiquer officiellement sur le fonctionnement du système, mais on attend toujours.
Le son de cloche est légèrement différent du côté des utilisateurs de la centrale des risques que sont les banques et sociétés de financement. Ces derniers assurent que le système n’est pas encore pleinement utilisé par tous les établissements de crédit et pour tous les engagements.
«Théoriquement, tous les établissements de crédit sont tenus de consulter la centrale des risques pour chacun de leurs engagements quel qu’en soit le montant. Il s’agit d’une obligation formulée par l’autorité de tutelle, Bank Al Maghrib, dans une circulaire datant de fin 2009 et instituant le système du crédit bureau au Maroc», explique Aziz Cherkaoui, président de la commission crédit à la consommation de l’Association professionnelle des sociétés de financement (APSF). Mais en pratique, poursuit-il, il est évident que tous les établissements ne l’utilisent pas systématiquement pour chaque dossier. «Il faut savoir que ce système qui a bénéficié d’une période de rodage en novembre et décembre 2009 et qui est devenu obligatoire depuis le 1er janvier dernier est très complexe et certains établissements de crédit n’ont pas encore des procédures bien rodées pour son utilisation», ajoute M.Cherkaoui. Une position partagée par plusieurs banquiers et responsables de sociétés de financement qui, sous couvert d’anonymat, affirment que si le système est largement utilisé pour les gros engagements tels que les crédits immobiliers ou les crédits à l’investissement, il en va différemment pour les autres types de crédit, notamment «les petits crédit à la consommation pour lesquels le délai de réponse constitue un avantage compétitif de première importance», confie un banquier de la place. Selon ce dernier, plusieurs établissements de crédit ne consultent systématiquement jamais la centrale des risques pour les crédits dont les montants sont inférieurs à 20 000 DH.
Mais si quelques sociétés rechignent encore à utiliser la centrale des risques pour tous leurs engagements, c’est aussi pour une tout autre raison que l’absence de procédures ou la lourdeur administrative. C’est le cas, par exemple, pour les sociétés de financement. Il y a quelques années, en effet, pour traquer les mauvais payeurs, elles avaient mis en commun leurs fichiers dans le cadre d’un système d’aide à l’appréciation du risque (SAAR). Il se trouve que ce dispositif est aujourd’hui toujours en vigueur. Une situation qui laisse perplexe puisque le SAAR était destiné à disparaître avec l’arrivée de la centrale des risques. «Il est clair que l’ancien système fait doublon avec le nouveau dispositif du crédit bureau. Mais les sociétés de financement continuent à l’utiliser tout en testant la fiabilité de la centrale des risques», reconnaît une source à BAM. Des craintes justifiées puisque, selon ce même responsable, «durant la période de test, on s’était rendu compte que certains rapports de solvabilité contenaient des informations peu fiables, ce qui pouvait donner lieu à des conclusions incohérentes». Cela dit,  comme nous l’assure la même source, «ces mêmes imperfections ont été résolues et le système ne pose plus de problèmes». Il faut maintenant que les utilisateurs en soient définitivement convaincus.
En tout cas, le gestionnaire de la centrale des risques, Experian Maroc, lui, travaille déjà sur l’édition des toutes premières factures trimestrielles qui seront adressées aux établissements qui ont utilisé le système. Pour ce faire, le cabinet a établi une grille tarifaire fixant le prix unitaire en fonction du nombre total de requêtes reçues par la société durant une année civile. Par exemple, si le nombre de requêtes de tous les établissements ne dépasse pas 500 000 par an, le prix sera de 18 DH par consultation. Ce tarif décroît à mesure que le nombre des requêtes augmente. Ainsi, au-delà de 10 millions de requêtes sur une année, le prix unitaire de la consultation tombe à 2 DH.