Opération d’identification des cartes SIM, une réussite en demi-teinte

Le taux d’identification s’est nettement amélioré à fin 2015. Cette réussite est due aux efforts entrepris par le régulateur, en concertation avec les trois opérateurs du secteur. Mais une nouvelle pratique a fait surface : les distributeurs utilisent plusieurs fois l’identité d’une même personne pour vendre plusieurs cartes SIM.

Le processus d’identification des cartes SIM évolue convenablement. L’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT) estime que «le taux d’identification réalisé a connu une nette amélioration». L’audit du système de gestion des parcs des abonnés mobiles des trois opérateurs mobiles effectué durant le 4e trimestre 2015 et début 2016 «a révélé que les opérateurs ont globalement mis en œuvre les contrôles prévus par les décisions prises par l’agence», fait savoir l’équipe de communication de l’ANRT. «Au cours du dernier trimestre de 2016, l’ANRT mettra en place des actions d’amélioration de ce processus», informe la même source qui souligne que «les opérateurs ont l’obligation d’accélérer le processus d’identification pour atteindre les objectifs fixés par les décisions précitées». Cependant, pour «des raisons de confidentialité», aucune information n’est fournie sur le nombre de cartes identifiées et celles désactivés dans le cadre de cette opération. Les opérateurs télécoms adoptent la même position que leur autorité de tutelle en invoquant des considérations commerciales.

Le parc prépayé a baissé de 3,2 millions d’abonnés de début 2015 à fin juin 2016

Un professionnel du secteur affirme que le processus d’identification des cartes SIM n’a été réellement enclenché par les opérateurs et le régulateur qu’à partir de début 2015. Rappelons que l’ANRT a lancé en novembre 2011 ce projet avec des délais précis. Toutes les cartes dont les opérateurs ne disposent pas d’informations sur leurs détenteurs (nom et prénom, numéro de la carte d’identité) devaient être désactivées. De plus, les opérateurs ne devaient pas vendre de nouvelles cartes SIM si l’acheteur ne remet pas sa pièce d’identité. Or, durant les années 2012, 2013 et 2014 les opérateurs ont maintenu leur stratégie commerciale agressive, avec notamment l’envoi des équipes commerciales dans les souks, les cafés, les universités… pour proposer des cartes SIM à des prix très bas. Ces ventes ont impliqué une forte progression du parc mobile prépayé. En chiffres, il est passé de 37,15 millions en 2012 à 40,29 millions en 2013 et à 41,79 millions en 2014. Pour mettre de l’ordre sur le marché, l’agence a mené, fin 2014/début 2015, une campagne de communication intensive (diffusion d’un spot de sensibilisation radio en deux langues, communiqué à travers plusieurs supports de presse arabophones, interviews dans des radios et publication d’articles dans la presse) afin d’inciter les clients à régulariser leur situation. Le régulateur a également renforcé ses actions auprès des opérateurs avec la mise en place et la tenue à jour d’une base de données, le contrôle des nouvelles activations et l’assainissement total de leurs parcs d’abonnés mobiles non encore identifiés.

Ces actions ont permis d’activer ce processus. La preuve, durant la période allant de fin décembre 2014 à fin juin 2016, le parc mobile prépayé a affiché un repli de 7,73% avec plus de 3,2 millions de cartes en moins. Sur ce volet, une source du secteur confirme que les opérateurs ont activé l’opération de mise à jour de leur base de données clients. Concrètement, ils envoient des SMS aux détenteurs de cartes SIM non identifiés les invitant à s’adresser à l’agence la plus proche pour faire la procédure. Si le client ne donne pas suite dans un délai d’une semaine, la ligne est systématiquement désactivée. Toutefois, ces derniers ont rencontré quelques problèmes avec les anciennes lignes actives dont les détenteurs n’ont pas donné suite aux nombreuses relances. «Il est aujourd’hui difficile pour les opérateurs de désactiver des cartes qui sont opérationnelles depuis 6 ou 7 ans et dont les détenteurs effectuent en moyenne une recharge par mois, puisque cette décision aura un impact négatif sur le plan commercial», explique un professionnel.

Impact négatif sur l’activité des grossistes

Par ailleurs, depuis début 2015, les réseaux de distribution des opérateurs, qu’ils soient modernes ou traditionnels, ne vendent plus de cartes SIM que si le client présente une pièce d’identité. Dans le cas contraire, «le vendeur se porte garant pour une période de 3 jours. Si le client ne régularise pas sa situation, la carte est désactivée le 4e jour», explique notre source. Ce resserrement des conditions de vente imposé par l’ANRT pour des raisons, entre autres, sécuritaires, a impacté l’activité de certains grossistes de Derb Omar, Derb Ghallef et Garage Allal. «Ces derniers, qui travaillaient pour les trois opérateurs, distribuaient des cartes SIM sur tout le Maroc et écoulaient jusqu’à 1 million de cartes par opération», explique un professionnel du secteur. Et d’ajouter : «Face au renforcement des conditions de vente, il est difficile pour eux, ainsi que pour leurs clients détaillants, d’écouler d’importantes quantités». Pour surmonter ces contraintes, une nouvelle pratique a fait surface. «Les distributeurs achètent et échangent des copies de cartes CIN. Ces pièces d’identité sont utilisées jusqu’à 50 fois pour chaque opérateur», explique un commerçant qui confirme que ces CIN sont généralement collectées dans le cadre des opérations de vente réalisées par les équipes commerciales des opérateurs dans les grandes artères, les aéroports… A cet effet, il est à noter que ces opérations de vente sur les lieux publics sont menées par des agences mandatées par les opérateurs. «Ces dernières disposent d’un nombre important de cartes CIN qui sont revendues aux distributeurs», explique notre source avant d’ajouter que «le coût d’achat des CIN est souvent répercuté sur le prix de vente. En effet, les cartes activées coûtent aujourd’hui entre 25 et 30 DH alors que celles non activées sont vendues à un prix de 20 DH, voire moins».

En tout cas, si ce procédé est réel, les clients «fictifs» risquent gros au cas où une carte liée à leur identité est utilisée dans des opérations frauduleuses. En somme, le processus d’identification a connu une réussite mitigée, puisque les distributeurs trouvent toujours le moyen de détourner la loi pour doper leurs chiffres d’affaires.