ONEE : seules quatre centrales construites sur dix programmées !

Ce retard pousse l’office à  recourir aux turbines à  gaz pour produire de l’électricité, ce qui coûte très cher. Si les prix de vente n’augmentent pas, la charge de compensation du fioul explosera d’ici 2022.

Près de 24 milliards de DH, c’est le montant cumulé de la charge de compensation du fioul ONEE entre 2008 et 2013, soit une moyenne de 4 milliards de DH par an. Ce chiffre est tiré de l’intéressant rapport que la Cour de comptes vient de publier sur le système de compensation au Maroc. Sur la base des hypothèses formulées par l’ONEE lui-même, relève le rapport, les charges de compensation cumulées du fioul dépasseraient 46 milliards de DH en 2017, et atteindraient 54 milliards en 2022.

Malgré ce soutien public, sous forme de subvention du fioul, les comptes de l’ONEE ont enregistré un déficit cumulé sur la période 2008-2012 de 15 milliards de DH. Sans les 19 milliards reçus au titre de la compensation du fioul sur cette période, le déficit cumulé aurait atteint 34 milliards de DH ! Et pour 2013, il est prévu un déficit net de 3 milliards de DH, malgré la subvention du fioul de 4,2 milliards de DH. La situation financière de l’office est donc «extrêmement préoccupante», dixit la Cour des comptes.

710 MW installés sur 3 490 prévus

Comment en est-on arrivé là ? Grosso modo, ce sont les retards enregistrés dans la réalisation des programmes d’investissements qui ont poussé l’ONEE à recourir à des moyens de production coûteux, les fameuses turbines à gaz (TAG), afin de faire face à une demande en constante progression.

Sur les dix projets de centrales à construire entre 2006 et 2012, seulement quatre ont abouti. Et ces réalisations correspondent à des parcs éoliens pour l’essentiel. Résultat : 710 mégawatts (MW) de capacité additionnelle ont été installés au lieu de 3 490 prévus dans le plan d’investissement !

Et comme la demande augmente rapidement (6% en moyenne par an), il fallait, pour éviter les délestages, parer au plus pressé ; c’est-à-dire faire fonctionner les TAG, installées à l’origine pour répondre à des situations d’urgence : une forte consommation dépassant les capacités de base ou un incident technique.

Bien plus, l’ONEE a même mis en place un plan d’urgence pour doubler la capacité en TAG entre 2008 et 2013 et ainsi se prémunir contre les risques de black-out. Du coup, ces TAG, au lieu de servir d’appoint, sont utilisées en production de base. Et comme elles fonctionnent au fioul, un combustible extrêmement cher, le coût de revient d’un kWh produit atteint des sommets.

Cela explique que l’Etat subventionne le fioul ; mais même ainsi, en ne répercutant pas le surcoût sur le kWh vendu, l’ONEE va de déficit en déficit. C’est pourquoi une des recommandations du rapport a trait à la nécessité d’aller vers la vérité des prix…