ONA-SNI : tous les détails

Le scénario de la fusion ONA/SNI écarté parce que compliqué
et coûteux pour l’actionnaire de référence.
La SNI devient la maison-mère de l’ONA et reste bien dans son rôle
de holding de participation.
L’implication de la famille royale est plus claire et plus marquée.
La gymnastique a aussi un but financier : rééquilibrage financier
d’un ONA « trop endetté » et une SNI trop liquide.

Voilà, c’est fait, mais ce n’est pas du tout ce à quoi l’on s’attendait.
Le mercredi 24 septembre, les valeurs ONA et SNI étaient suspendues à la cote, donnant le coup d’envoi à une journée de rumeurs autour du même thème : l’ONA et la SNI vont fusionner. Cette rumeur était en l’air depuis plusieurs mois et plus particulièrement début août quand Siger avait renforcé sa position dans la holding ONA.
Eh bien, il n’y aura pas de fusion entre l’ONA et la SNI. Trop compliqué et trop coûteux fiscalement, estime-t-on à la présidence du groupe. En plus, cette option diluerait l’actionnaire de référence, ce qui est contradictoire avec l’objectif recherché. Le scénario retenu est inattendu : par une série de rotations, le périmètre général reste le même mais la SNI devient la holding mère de l’ONA, tout en étant elle-même contrôlée à hauteur de 60 % par Ergis-Siger (voir schéma).

Rééquilibrage financier
Pourquoi ces changements ? En fait, le rapprochement, sous une forme ou une autre, coulait de source. En tant que holding financière, l’ONA se devait d’avoir une politique de rentabilité et d’optimisation de l’existant. Elle avait un endettement élevé, des frais financiers non négligeables alors que la SNI et les filiales traditionnelles avaient des excédents de cash. Tel qu’il a été opéré, le rapprochement rétablit les équilibres financiers.
Le second objectif déclaré est celui de la clarification. Les rotations effectuées placent Ergis-Siger, les holdings de la famille royale, à la tête de l’édifice. Un message bien compris et salué par le marché. Auparavant, la participation de la famille royale était plus diluée et discrète alors que les grands groupes ont besoin d’un actionnariat de référence visible, qui s’engage et prend les choses en mains. Depuis plusieurs mois, à travers les apparitions et les interventions de Mounir Majidi et de Hassan Bouhammou, on subodorait une reprise en main plus énergique et plus professionnelle du groupe ONA par son actionnaire de référence. C’est maintenant officiel.
Une étape pas une fin en soi
« Cette opération est une étape, ce n’est pas une fin en soi ». A une heure d’intervalle, Bassim Hokimi Jaï et Hassan Bouhammou nous ont dit exactement la même chose, au mot près.
Le groupe se retrouve aujourd’hui organisé en trois étages : les participations (SNI), le contrôle de gestion (audit, analyse des risques.., au niveau de l’ONA) et l’opérationnel (les filiales). «On ne peut pas gérer et contrôler en même temps. Les filiales seront émancipées. Elles récupéreront leur cash qui était jusque-là en compte courant à l’ONA, mais elles ont également reçu des orientations en termes de rentabilité et d’optimisation financière ».
Le nouvel ensemble se sentira plus à l’aise à la fois pour investir que pour distribuer des dividendes.
Le deal gagnant-gagnant
La restructuration favorise-t-elle un actionnaire plutôt qu’un autre ? Ses promoteurs estiment qu’elle s’inscrit dans une philosophie win-win. Un sentiment partagé par cet analyste qui réagissait à chaud à l’annonce de la restructuration : « Si cela doit profiter à quelqu’un, cela profitera à tout le monde ».
La SNI cède à l’ONA Bimo et Sopriam qui viendront renforcer les pôles agroalimentaire et distribution. Mais elle garde Sonasid et Lafarge Maroc. Le pôle matériaux de construction ne contribuera plus donc à la formation des résultats de l’ONA et l’on devra s’y habituer…
Les transactions devront passer sur le marché, dans les jours à venir, à des prix de 800 DH pour les actions SNI et 855 pour ONA. Certains analystes voient quand même mal l’ONA vendre à ce niveau de prix des titres SNI qu’elle a acquis beaucoup plus cher lors de la bataille boursière livrée contre le groupe Benjelloun. Mais ses responsables relativisent ces reproches, faisant remarquer qu’une bonne partie de l’écart d’acquisition a été déjà amortie, que les cours de l’époque étaient surévalués et que l’objectif n’est pas si bas. Ils avancent pour preuve que l’actionnaire de référence a tenu à garder le bloc de 5 % de l’ONA, pourtant acheté début août dernier aux alentours de 750 DH par action.
Le groupe tourne la page de deux années de désendettement, de frais financiers supportés par les uns alors que les autres avaient des excédents de cash, de désinvestissements de secteurs non stratégiques. Il se retrouve avec des capacités opérationnelles et financières bien régénérées. De source autorisée, on laisse prévoir une augmentation des investissements du groupe qui atteignent déjà deux à trois milliards de dirhams par an.
L’aventure SNI est terminée