On est encore très loin des objectifs de production de logements !

Aucune des prévisions fixées par le ministre de l’habitat en début de mandat n’a pu être atteinte entre 2012 et 2014. 100 000 logements sociaux et 20 300 habitats pour la classe moyenne manquent à  l’appel pour pouvoir satisfaire la demande exprimée sur les dernières années.

Lorsqu’il a pris les rênes du ministère de l’habitat en 2012, Nabil Benabdellah a eu le mérite de tracer une feuille de route très claire en matière de production de logements. Pour n’en retenir que les points saillants, celle-ci fixe un objectif annuel de production, sur la période 2012 à 2016, de 20 000 unités dédiées à la classe moyenne, 80 000 habitats sociaux et 9 000 logements à faible valeur immobilière totale (habitats à 140 000 DH). Un volume destiné à satisfaire la nouvelle demande qui se crée sur la période. Mais en rapprochant ces ambitions de la production effectivement réalisée, quantifiée par les mêmes services du ministère, il en ressort qu’à la moitié du mandat du ministre, l’on est bien loin du compte.

Sur le logement social d’abord, et en dépit de tout le dynamisme relaté pour ce segment sur les dernières années, la production reste au final bien en-dessous de la cadence espérée en 2012. Au lieu de l’objectif annuel de 80000 unités qui doivent arriver sur le marché annuellement, ce ne sont en fait qu’un peu plus de 53 000 habitats qui ont été achevés l’année dernière, et 60 300 unités en 2013. L’on est encore plus loin de l’objectif quand on remonte à l’année 2012 marquée par une production de tout juste 25500 logements. Si l’on fait le calcul sur les trois dernières années, ce sont donc 138 800 unités de logement social qui ont effectivement été produites contre un objectif de 240 000 habitats, soit plus de 101 000 unités à 250 000 DH qui manquent à l’appel.

Le décalage est encore plus marqué en matière de logements pour la classe moyenne. Les opérations de moyen standing ne totalisent que 13 512 unités en 2014 contre les 20000 habitats espérés. Ce ne sont encore que 14 200 et 12 000 logements qui ont été finalisés respectivement en 2013 et 2012. Et encore, ces chiffres incorporent les opérations de haut standing, les statistiques du ministère de l’habitat ne distinguant pas entre les programmes de standing supérieur et intermédiaire. Au final, l’écart sur les logements pour la classe moyenne se monte à plus de 20 300 unités.

Ce qui nous amène au logement à 140 000 DH qui accuse le plus grand retard par rapport aux objectifs fixés. Au lieu du seuil de 9 000 unités à faible VIT espéré annuellement, ce ne sont effectivement que 4 700 logements qui ont été achevés en 2012 et 4 350 en 2013. Et l’année dernière a été plus mauvaise encore avec seulement 2 805 habitats qui sont arrivés sur le marché. En somme, en cumulant la production de logements à 140 000 DH depuis 2012, on en arrive à quelque 7 000 unités, soit même pas ce qu’il était nécessaire de produire en une seule année. Ce sont donc près de 20 000 habitats de ce genre qui manquent par rapport aux plans initiaux du département de l’habitat.

Le contexte se détériore sur le marché de l’immobilier

Des questions se posent à présent quant à la cadence qu’affichera la production de logements sur les deux prochaines années et sa capacité à rattraper le retard par rapport aux objectifs du département de tutelle. Les choses semblent pour l’heure assez mal engagées car la conjoncture du secteur immobilier semble plus tendue encore que lors de la première moitié du mandat de Nabil Benabdellah. C’est en tout cas ce qu’il est permis de penser à voir les anticipations des industriels des matériaux de construction et des entreprises de BTP, tablant sur un tassement de la demande émanant de la promotion immobilière jusqu’en 2017 au moins. Les intentions des grands opérateurs du secteur, Addoha et Alliances en première ligne, qui ne font plus mystère de leurs plans de ralentir leur production de logements sur les prochaines années, confortent bien ces pronostics.

Si l’on peut juger la conjoncture difficilement maîtrisable par le ministère de l’habitat, il reste que ce dernier dispose bien de plusieurs leviers pour remettre la production sur les rails. S’agissant du logement pour la classe moyenne, la possibilité d’action du département de tutelle pourrait consister à rallier davantage de promoteurs immobiliers autour du dispositif étatique d’habitat intermédiaire lancé depuis 2013. Celui-ci, portant sur la commercialisation de logements au prix réglementé de 7 200 DH le m2, ne dispose toujours pas de l’appui effectif des moyens et grands promoteurs qui réclament la mise en place de normes urbanistiques avantageuses (verticalité et densité) pour y prendre part. Il s’agit aussi, pour le ministère, de mettre en œuvre effectivement le dispositif du locatif social qui pourrait libérer de nouveaux débouchés pour le logement social, encourageant la production sur ce segment. Ces leviers d’action et d’autres ont été discutés ces dernières semaines lors d’une réunion de crise ayant rassemblé les professionnels ainsi que plusieurs départements ministériels. Les actions concrètes qui devraient en résulter n’ont pas encore été annoncées.