Omar Kassou, le Marocain qui dirige la raffinerie sénégalaise

Lauréat de l’Ecole Mohammadia des ingénieurs, il a passé 21 ans à  la raffinerie de Sidi Kacem. Un groupe saoudien qui a racheté la raffinerie du Sénégal est venu le recruter au Maroc sur recommandation de son ancien employeur.

«Quand on est Marocain, on ne se sent pas étranger au Sénégal». Omar Kassou dirige la société africaine de raffinage depuis 2010. Il raconte son parcours, son vécu en tant qu’expatrié…

La Vie éco : Avant votre arrivée à Dakar, vous avez eu une longue expérience dans les hydrocarbures au Maroc. Pouvez-vous nous en parler brièvement ?

Les hydrocarbures et moi, c’est une passion qui dure depuis longtemps. J’ai découvert ce monde grâce à la Société chérifienne des pétroles (SCP) à Sidi Kacem en 1987 après l’obtention de mon diplôme à l’Ecole Mohammadia des Ingénieurs.
Durant les 21 années que j’ai passées à la raffinerie de Sidi Kacem, j’ai eu la chance de travailler dans différents départements avant de prendre officiellement la Direction de la raffinerie en 2004.
J’ai exercé pendant une année, en 2008, dans le secteur du dragage portuaire et de la production de sable marin mais j’ai vite été «rappelé» par les hydrocarbures. En effet, c’est à la fin de 2008 que j’ai rejoint la société HTT SA à Tanger Med. Le challenge était de taille car il s’agissait de construire et d’exploiter le plus grand terminal d’hydrocarbures de la région.

Comment des investisseurs étrangers ont-ils eu l’idée de recruter un directeur général marocain pour leur raffinerie au Sénégal ? En clair, quel a été le cheminement qui vous a mené à votre poste aujourd’hui ?

Vous savez, je suis de ceux qui croient au destin. A la fin de 2007, mon employeur à l’époque, la SCP, m’avait fait la proposition de rejoindre la raffinerie de Mohammédia pour y diriger les nouvelles unités appelées alors «Unités up grade». J’ai décliné cette offre car je voulais m’essayer dans un autre domaine. En quittant, mon employeur, quoique «fâché», me dit alors: «C’est votre choix, je le respecte, mais j’aimerais que vous soyez notre ambassadeur où que vous soyez». J’ai gardé d’excellentes relations avec la Samir à tous les niveaux, et ce, jusqu’à présent.
Concernant mon poste actuel au Sénégal, c’est à la fin 2010 que j’ai été contacté par PCMC, filiale de Saudi Binladin Group (SBG), qui venait de racheter 34% du capital de la Société africaine de raffinage (SAR) et qui cherchait donc un profil pour la direction générale. La proposition de ma nomination devait recevoir l’accord du Conseil d’administration. Ce qui a été obtenu après un entretien que j’ai eu avec les membres décideurs de ce conseil.
En réalité, ce sont mes anciens employeurs à la Samir qui m’ont recommandé à eux. J’ai appris par la suite que les Saoudiens de SBG cherchaient pour le compte du Conseil d’administration un cadre possédant un profil réunissant les critères suivants : un raffineur engagé, pas très âgé, homme de projets, parlant couramment le français, l’anglais et l’arabe. Disons que mon profil leur paraissait le mieux indiqué.

L’expatriation, est-ce un choix et un projet que vous avez mûrement réfléchi ou s’agissait-il seulement d’une opportunité qui s’est présentée à vous ?

Il y a des choses qui se dessinent dans votre vie et vous n’en saisissez la portée qu’après coup. Depuis que j’ai démarré ma carrière, je pensais que mon développement personnel se réaliserait à travers une collaboration à l’international car le Maroc n’est pas producteur de pétrole et donc notre relation avec les producteurs dans ce domaine ne pouvait se développer qu’à travers une collaboration à l’international. C’est d’ailleurs la principale raison pour laquelle j’ai préparé et obtenu un diplôme supérieur (DESS) en géophysique appliquée pour pouvoir évoluer dans la partie «up stream» du pétrole.
A Tanger, j’étais certes en relation avec l’international, puisque le consortium concessionnaire du terminal à HC de Tanger Med était en offshore et constitué de trois sociétés de nationalités différentes, dont le groupe marocain Akwa.
Quand l’occasion d’aller travailler à l’étranger s’est présentée à moi et surtout dans une société à capitaux mixtes, j’ai tout de suite compris qu’un rêve de jeunesse était en train de se réaliser.

Quelles sont les difficultés que vous avez dû affronter à votre arrivée au Sénégal, aussi bien sur le plan professionnel que familial ou personnel ?

Sur le plan professionnel, la société était dans une situation financière très difficile. La première chose à laquelle je me suis attelé avec les collaborateurs était de repenser les finances de la société. Avec la confiance du Conseil d’administration mais aussi la volonté des banques africaines, nous avons pu restructurer les dettes et améliorer considérablement le financement du cycle de production (huit mois de travail sans relâche). Ensuite, nous avons attaqué le côté technique en essayant de réviser les méthodes de valorisation des produits en fonction des bruts traités. Enfin, le côté social a aussi pris une grande partie de mon temps pendant ces deux ans et demi passés à la SAR. La demande sociale était très grande à la SAR et le redressement d’une société ne va pas toujours dans ce sens, voilà une équation très intéressante pour les managers des sociétés «sociétales». Sur le plan personnel, je n’ai eu aucun problème à m’intégrer en tant que Marocain, ma famille aussi.

A quel niveau la raffinerie couvre-t-elle les besoins du Sénégal actuellement ?

Actuellement, la raffinerie couvre 65 à 70% des besoins du marché local. C’est pour moi un bon équilibre, tant qu’une politique d’exportation n’est pas arrêtée. J’entends par là que le projet d’extension n’étant pas encore finalisé entre les actionnaires que sont l’Etat du Sénégal, SBG et Total, la meilleure part de marché à capter est celle-ci pour le moment.

Quels sont les projets de développement pour les cinq années à venir ?

Pour l’instant, nous assurons notre mission dans l’optimum économique et nous nous y attelons. Le projet à court terme est la mise à niveau de quelques équipements stratégiques pour le maintien du «trend» positif que nous avons pu observer ces deux dernières années.
Nous avons aussi un projet dit de dégoullotage qui est soumis au conseil d’administration pour la fin de l’année. Le but étant d’augmenter la capacité de la raffinerie de 10 à 15% pour finalement aboutir au projet d’extension de l’usine qui triplera sa capacité de production avec, nous y comptons bien, une possibilité d’exportation dans les pays de la sous-région.