Offshoring, les avantages qu’offrira le Maroc

Casashore sera le premier des sites commercialisés.
Le loyer des bureaux à 8 euros le mètre carré.
Incitations fiscales : l’IS à 0% au début, un taux d’IGR
bas et unique et des droits de douane de 2,5%.
Subvention de 50 000 DH par personne recrutée et formée.

Six mois seulement après l’annonce officielle de son lancement, le programme Emergence entre en phase de concrétisation avec un plan complet concernant l’une des 7 filières désignées comme faisant partie des «métiers mondiaux du Maroc». L’offre offshoring du Maroc est aujourd’hui fin prête et sera présentée au premier ministre lundi 29 mai.

Depuis que le plan a été publiquement dévoilé en décembre, les équipes chargées du dossier ont mis les bouchées doubles pour construire rapidement une offre complète. C’est aujourd’hui chose faite. L’offre initiale sera dédiée essentiellement au site de Casashore. Cela sachant que certains éléments devront être dupliqués pour les autres sites comme Rabat, Tanger et Marrakech.

Les concepteurs de l’offre de Casashore ont mis le paquet pour attirer les investisseurs. Dans le pack qui sera dévoilé ce lundi et qui sera proposé aux opérateurs nationaux et étrangers, tout a été prévu pour garantir aux investisseurs des conditions de compétitivité inégalables. Ainsi, et de manière globale, «les incitations fiscales et financières, les subventions à la formation, les coûts du loyer et les coûts des télécoms feront en sorte que l’opérateur qui s’installera à Casashore aura des charges de 60 à 70% inférieures à ce qu’il devrait payer ailleurs, notamment en Europe», explique une source proche du dossier.

Pour ce faire, les pouvoirs publics ont donc accepté d’accorder des concessions surtout sur les aspects les plus cités par les opérateurs interrogés à ce sujet, à savoir le loyer, la fiscalité, les coûts des facteurs et la formation.
Ainsi le coût du loyer, tel que défini dans le projet, sera très bas par rapport au niveau du marché. Il ne devra pas dépasser 8 euros par mètre carré et par mois pour des plateaux de bureaux entièrement viabilisés (connexion internet, téléphone, climatisation, éclairage…) et répondant aux standards internationaux.

100 000 ingénieurs et cadres à former d’ici 2015
Sur le volet fiscal, l’offre du Maroc réserve de bonnes surprises aux opérateurs. Ainsi, pour l’IGR, il est prévu un allègement massif et exceptionnel avec une nouveauté qui consistera à mettre en place un taux flat (taux unique). Le premier emploi, lui, sera entièrement défiscalisé à hauteur de 550 euros par mois et les expatriés bénéficieront d’un régime spécial.
L’impôt sur les sociétés (IS) fera également l’objet de réaménagements. Les entreprises qui s’installeront à Casashore vont avoir droit à des baisses conséquentes, du moins pour les premières années de leur installation. L’équipe qui a concocté l’offre de Casashore n’a pas lésiné sur les moyens puisque le taux de l’IS sera carrément ramené à 0% pendant 5 ans, et les droits de douane ne devront guère dépasser les 2,5% toutes catégories confondues.

Les avantages fiscaux ne constituent pas le seul attrait de l’offre. En effet, les investisseurs, notamment étrangers, interrogés au fil de la construction de l’offre, ont fortement souligné un autre volet important : celui de la formation et de la disponibilité de ressources humaines qualifiées. Raison pour laquelle l’offre du Maroc comporte tout un chapitre consacré à cet effet. Deux problèmes ont été relevés. Le premier est que le Maroc ne forme pas assez d’ingénieurs et de cadres pour les métiers nouveaux de l’offshoring. Le second est la rareté des profils parlant espagnol sachant que le Maroc compte justement, dans sa nouvelle stratégie, s’attaquer au marché des pays hispanophones. A ces deux problèmes, l’offre du Maroc compte apporter la réponse. Les autorités s’engagent à former, d’ici 2013, 100 000 diplômés dont 4 000 ingénieurs et lauréats d’écoles de commerce, 2 500 développeurs et gestionnaires de réseaux (Bac+2 à Bac+5) et 80 000 profils pour les tâches administratives (comptabilité, ressources humaines, paie…). A ceux-là s’ajouteront 8 000 diplômés hispanophones dans les mêmes spécialités qui seront eux aussi formés d’ici 2015.

Comment fera-t-on pour former tout ce monde ? Selon des sources proches du dossier, il ne s’agit pas forcément de formations initiales mais aussi et surtout de reconversions et de formations continues. Concrètement, un jeune titulaire d’un DEUG en physique, par exemple, peut n’avoir besoin que de quelques mois de formation pour être converti à un des métiers de l’offshoring. Pour y arriver, les pouvoirs publics comptent s’appuyer fortement sur l’OFPPT pour assurer et les formations dites initiales et la formation continue. Et, surprise pour les opérateurs, ils n’auront pas à supporter les frais de formation qui seront entièrement et totalement pris en charge par l’Etat marocain qui, apparemment, est décidé à mettre les moyens. La preuve, une subvention d’environ 50 000 DH sera accordée aux entreprises pour chaque personne recrutée et formée.

Enfin, les aspects administratifs ont eux aussi fait l’objet d’une grande attention. Grande nouveauté à ce niveau: l’installation d’un guichet unique au niveau de Casashore comme des autres sites à venir (Tanger, Rabat, Marrakech). Ce bureau à tout faire prendra en charge l’opérateur à son arrivée et s’occupera des formalités de création. Les CRI, déjà rodés à cet exercice, assureront le fonctionnement de ces guichets uniques.

Toujours dans le volet logistique et administratif, les concepteurs de l’offre offshoring du Maroc sont allés chercher le dernier cri en matière de services aux opérateurs. Il s’agit du «ready for output», c’est-à-dire, en plus des locaux prêts à l’emploi, des services administratifs mutualisés (secrétariat, nettoyage, cantine, entretien et maintenance…). Ainsi, les entreprises de Casashore (et des autres sites également) auront droit à une dizaine de prestations dites de «support business», qui seront fournies sur le site même, et assurées par des opérateurs internationaux de grande renommée.

Casashore déjà au top five mondial de l’offshoring
Reste à savoir comment les opérateurs internationaux accueilleront cette offre. Il y a de quoi être rassuré car les premiers échos sont encourageants. Avant même que l’offre ne soit officiellement annoncée, Casashore – et c’est une étude interne récemment réalisée par une banque française qui l’a démontré – figure déjà au top 5 des destinations offshore préférées par les opérateurs francophones. Sur 37 villes à travers le monde proposées aux opérateurs francophones intéressés par l’offshoring, Casablanca est citée comme étant la destination la plus attractive dans le nearshore. Quant à l’offshore, Casablanca est rapidement arrivée dans les cinq premiers aux côtés des destinations les plus connues mondialement, notamment trois en Inde : Hyberabad, New Delhi et Bombay.

Par rapport à ses concurrents indiens, Casashore, en plus du pack intéressant proposé aux opérateurs, jouera sur deux facteurs importants: la langue et la proximité qui commencent à devenir des handicaps pour les places indiennes. Ces dernières, en effet, sont exclusivement anglophones et, surtout, se situent à des milliers de kilomètres avec pour corollaire le décalage horaire.

Raisons pour lesquelles l’offre offshoring du Maroc compte s’attaquer rapidement au marché francophone et hispanophone (pour Tangershore).
Cela dit, de grands opérateurs ont été approchés pour tester le package qui sera proposé et les premières réactions semblent conforter les pouvoirs publics dans leurs choix. La preuve : de grandes multinationales ont déjà pris de sérieuses options sur Casashore comme Cap Gemini et même le groupe indien Tata. En fait, l’idée du plan Emergence dans sa globalité est de se focaliser sur les grandes multinationales pour provoquer un effet d’entraînement.

Dans un premier temps, l’équipe en charge de la mise en œuvre envisage donc de faire en sorte que, pour chacun des quatre sites offshore (Casa, Rabat, Tanger, Marrakech), trois à cinq transactions soient rapidement conclues avec de grands noms. Pour encourager les premiers, une carotte supplémentaire est prévue. Elle prendra le nom de «prime aux pionniers» et consistera en des avantages spécifiques, non encore divulgués, qui seront réservés aux premiers opérateurs installés.

Infrastructures aux standards internationaux, incitations financières et fiscales, aides et subventions à la formation…, tout cela va-t-il convaincre les opérateurs de venir s’installer au Maroc ? Apparemment, la dynamique est déjà bien enclenchée. En atteste l’engouement que suscite Casashore avant même qu’elle ne soit encore opérationnelle : 40% des locaux du site sont déjà réservés par des opérateurs.

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Le BTP et le médicament en passe de rejoindre les filières du plan Emergence

En dehors de l’offshoring, qu’en est-il des autres moteurs de la croissance retenus dans le cadre du plan «Emergence»? Les pouvoirs publics ne nient pas que, pour des raisons de pragmatisme, il a été décidé de se focaliser d’abord sur le chantier de l’offshoring. Ce dernier a accaparé le plus gros de la réflexion et du temps de travail ces six derniers mois. Pour autant, certains autres volets sont sérieusement entamés. C’est le cas de l’industrie automobile et de l’électronique autour desquels sera bâti le concept des «Med Zones» qui s’inspire du concept mexicain des «maquilladoras». Il s’agit de Tanger Automotive City, Tanger Electronic City et le pôle aéronautique de Nouacer. Pour ces «Med Zones», et à l’instar de ce qui a été fait pour l’offshoring, une offre complète est promise pour le mois de septembre. Elle comportera des incitations fiscales, financières et autres et sera, surtout, accompagnée par la révision des textes régissant les zones franches au Maroc. Laquelle révision est attendue dans la Loi de finances pour l’année 2007.

Pour le textile et l’artisanat, les plans de relance se trouvent déjà entamés, tandis que pour le cuir il vient d’être annoncé.
Reste l’agroalimentaire. Pour ce volet, la réflexion n’a pas été réellement entamée. Ce qui n’a pas empêché les acteurs au niveau local d’anticiper et de lancer leur propre dynamique. C’est le cas de l’Oriental où, sur la base des conclusions d’une étude commanditée par l’Agence du Nord, les professionnels et les autorités ont déjà entamé la réflexion sur un agro-pôle qui sera spécialisé dans les agrumes. C’est aussi le cas pour Agadir où l’idée d’un hub de pêche est très avancée : un site non loin du port a déjà été identifié, les fonds pour son aménagement sont disponibles.
Mais la surprise viendra d’autres secteurs qui n’étaient pas prévus dans le programme initial et qui pourront se joindre à la dynamique. C’est le cas des BTP, par exemple. Pour un des membres de l’équipe Emergence, «il n’y a pas de raison pour que les entreprises marocaines de BTP ne puissent pas aller conquérir l’étranger comme le font les turques». C’est ce qu’on appelle l’exshoring. On pense également à d’autres secteurs comme le médicament, notamment en ce qui concerne les génériques, et avec un énorme marché à prendre en Afrique de l’Ouest.