Objectifs de développement durable : deux défis majeurs, les inégalités de revenus et les jeunes “NEET”

Le Maroc a atteint pratiquement l’ensemble des 8 objectifs fixés dans le premier agenda de l’ONU pour le développement, les Objectifs du millénaire pour le développement. Le deuxième programme onusien, les ODD, est plus ambitieux, qualitativement plus relevé, avec 17 objectifs déclinés en 169 cibles. La Stratégie nationale de développement durable 2030 comporte 137 objectifs regroupés en 31 axes stratégiques et 7 enjeux.

Au Maroc, la pauvreté extrême (mesurée à 1 dollar par jour, en parité de pouvoir d’achat), depuis la fin de la décennie 2000, n’est déjà plus qu’un phénomène statistiquement insignifiant. C’est pourquoi, désormais, l’on s’intéresse surtout à la pauvreté dite multidimensionnelle, qui comme son nom l’indique, prend en compte des dimensions qualitativement plus relevées comme, par exemple, le nombre d’années de scolarité, la qualité des habitations, le type de combustible utilisé, les privations en termes d’accès aux infrastructures sociales de base…La dernière enquête du HCP sur le sujet montre que 8,2% des Marocains (2,8 millions de personnes) en souffrent encore. La pauvreté globale, qui englobe la pauvreté monétaire, la pauvreté multidimensionnelle et la double pauvreté (monétaire et multidimensionnelle à la fois) touche, elle, 11,7% de la population, soit 3,9 millions de personnes.

Plus généralement, cependant, le Maroc a honoré quasiment l’ensemble des Objectifs du millénaire pour le développement (au nombre de 8 objectifs) à l’horizon 2015. Un rapport a été publié à cet effet qui détaille le niveau de réalisation pour chaque objectif. Aussitôt après, en septembre 2015, la communauté internationale s’est donné un nouvel agenda, connu sous l’acronyme ODD (Objectifs de développement durable), et qui court jusqu’en 2030. Celui-ci est venu compléter en quelque sorte le précédent programme dit OMD (Objectifs du millénaire pour le développement) déployé, lui, sur la période 2000-2015.

On peut néanmoins observer que les 193 Etats membres de l’ONU (et une vingtaine d’organisations internationales) signataires des OMD, tenant compte de l’état d’avancement de nombreux pays, notamment africains, ainsi que de la séquence temporelle couverte par le programme (15 ans), ont été quelque peu prudents dans leurs recommandations quant à la réalisation des objectifs fixés : il était question sur pratiquement la totalité des objectifs d’essayer de réduire les phénomènes de sous-développement, dans des proportions certes clairement annoncées, mais point de les éradiquer – si tant est qu’il soit possible, en particulier pour les pays en développement, d’y parvenir.

Le chômage des jeunes et des femmes en augmentation

Les ODD en revanche constituent un palier supérieur dans la quête d’une vie meilleure pour la population mondiale. Les 17 objectifs (déclinés en 169 cibles) définis par les 193 pays signataires visent non pas à réduire mais à éliminer carrément les phénomènes comme celui de la pauvreté, de la faim, du sida, de la tuberculose, du paludisme, ou encore à assurer la couverture sanitaire universelle…Mieux encore, l’ONU ambitionne à travers ces ODD à promouvoir de nouvelles dimensions comme, par exemple, les énergies renouvelables, l’emploi décent, la consommation durable, la recherche et l’innovation, la protection de la planète, et même la réduction des inégalités entre les pays et, bien sûr, à l’intérieur de chaque pays.

Et à ce niveau, le Maroc, malgré les progrès accomplis jusqu’ici, a encore des défis à relever, et le ministre de l’économie et des finances, Mohamed Benchaaboun, a d’ailleurs participé le 4 décembre au siège de l’ONU à New York à la réunion consacrée aux besoins et aux défis liés à la mise en œuvre des ODD dans les pays à revenu intermédiaire.

Rappelons qu’en juin 2017, le Maroc a adopté la Stratégie nationale de développement durable (SNDD) 2030, comportant 137 objectifs regroupés en 31 axes stratégiques et 7 enjeux. Ce faisant, la SNDD apparaît comme l’outil qui permettra d’assurer l’articulation nécessaire avec les ODD.
A l’évidence, il est trop tôt de parler de bilan (d’étape) à propos des ODD. Peut-être y en aura-t-il un en 2019, selon un responsable au HCP.
Mais quoi qu’il en soit, sur deux points au moins, un gros effort reste à faire : la promotion du travail décent (objectif n° 8 des ODD) et la réduction des inégalités de revenus (objectif n°10). Sur le premier point, le taux de chômage au niveau national a certes baissé de 12,3% à 10,2% entre 2001 et 2017. Mais pour les jeunes, notamment ceux âgés de 15 à 24 ans, et les femmes, il a au contraire augmenté : pour les premiers, il est passé de 20,3% à 26,5% et pour les secondes de 13,2% à 14,7% sur la période considérée. Et parmi ceux de la catégorie des jeunes qui ont un emploi, ils accusent le taux de sous-emploi le plus élevé (17%). Mais le phénomène sur lequel l’on ne s’attarde pas trop, c’est celui de ces jeunes de 15-24 ans qui ne sont ni à l’école, ni en emploi, ni en formation (les fameux NEET, en anglais). Ils sont au nombre de 1,7 million selon le HCP, soit environ 28% des jeunes de cette tranche d’âge. Le second point, celui des inégalités sociales : l’indice de Gini, qui mesure le degré de ces inégalités, semble rigide à la baisse : il s’est établi à 0,394 en 2014 (date de la dernière enquête sur le sujet) au lieu de 0,407 en 2007. Plus précisément, l’inégalité des revenus est plus accentuée : le rapport entre les revenus des 10% les plus pauvres et ceux des 10% les plus riches était de 17, selon une enquête du HCP de 2007. L’indice de Gini s’établissait alors à 0,46. On ne sait pas, depuis, s’il y eut amélioration sur ce point ; les statistiques sur le sujet n’étant plus disponibles depuis…

Objectif 10 : la réduction des inégalités. Selon le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), les 10% les plus riches perçoivent plus de 40% du total des revenus mondiaux, tandis que les 10% les plus pauvres n’en gagnent qu’entre 2% et 7%. En moyenne, l’inégalité de revenus a augmenté de 11% entre 1990 et 2010 dans les pays en développement (PED). Environ la moitié de la population mondiale vit en 2017 avec l’équivalent de 2 dollars par jour. Dans les PED, les enfants appartenant au quintile de richesse le plus faible courent trois fois plus le risque de mourir avant l’âge de 5 ans que les enfants du quintile de richesse le plus élevé ; et les femmes dans les zones rurales sont exposées au même risque pendant l’accouchement que celles vivant dans les centres urbains.