Nouvelles lignes maritimes : grand flou sur le sort de l’appel à  manifestation d’intérêt

Alors qu’il devait annoncer les résultats de l’appel à  manifestation d’intérêt, le ministère se contente de prolonger les autorisations provisoires jusqu’à  la fin de l’année. Le manque de visibilité perturbe les opérateurs et les passagers n Les compagnies se gardent d’entreprendre des investissements et les bailleurs de fonds se montrent prudents.

On croyait que le feuilleton allait toucher à sa fin lors de cette rentrée. Finalement, il faudra encore attendre quelques mois, au moins, avant que les autorisations d’exploitation des nouvelles lignes maritimes ne sortent des tiroirs du ministère de tutelle. Près de quatre mois après la clôture de l’appel à manifestation d’intérêt (AMI), on ignore encore le sort réservé aux dossiers transmis par les quelques opérateurs intéressés. Pire encore, le flou entourant ce dossier n’a fait que s’épaissir après que la tutelle ait décidé de prolonger une nouvelle fois les autorisations provisoires accordées aux opérateurs en activité sur les lignes reliant le nord du Maroc au sud de l’Europe. Selon des sources au sein du secteur, cette prolongation est valable jusqu’au 31 décembre, alors que la précédente autorisation devait échoir le 30 septembre dernier. En d’autres termes, les nouvelles autorisations ne peuvent être délivrées avant la fin de l’année.

En l’absence d’une communication officielle sur les raisons de ce retard, les spéculations vont bon train dans le milieu maritime. D’un côté, des opérateurs et des experts prédisent un nouvel échec de l’AMI, les dossiers des opérateurs retenus n’ayant peut-être pas rempli les exigences du ministère. Depuis septembre dernier, le nom de trois entreprises supposées avoir manifesté leur intérêt pour les autorisations sur la ligne Tanger Med-Algesiras circule dans le secteur. Il s’agit d’Internship, Red Fish (nouvelle filiale de FRS) et Naveline (www.lavieeco.com). Pour les onze autres lignes prévues dans le cadre de l’AMI, aucun opérateur n’a été présélectionné.

D’un autre côté, ce sont les conditions complexes prévues dans le cahier des charges qui sont avancées comme explication potentielle au retard, dans le sens où elles imposent des délais plus longs dans le traitement des dossiers. Ledit cahier des charges prévoit en effet plusieurs conditions liées à la fois à la qualité de l’entreprise (détenue à hauteur de 50% au moins par des Marocains, par exemple) et aux spécificités techniques des navires affrétés à l’activité de transport de passagers.

Les passagers paient au prix fort les atermoiements du ministère de l’équipement

En attendant d’y voir plus clair, il est sûr que le manque de visibilité qui découle de cette situation risque d’avoir des conséquences trop lourdes sur un secteur déjà mal en point. «Cela fait presque quatre ans que les quelques opérateurs encore en activité travaillent grâce à des autorisations provisoires», déplore un professionnel. Pour ce dernier, le caractère provisoire de ces autorisations est un frein important pour le secteur en matière de financement. «Déjà que les banques ne croient plus dans ce secteur, aujourd’hui on leur donne une raison supplémentaire: comment un bailleur de fonds peut financer un opérateur sur une durée plus ou moins longue alors qu’il n’a de la visibilité sur son activité que pour quelques mois», souligne un expert en la matière. Et même quand l’opérateur n’a pas besoin de se financer, il lui est impossible de réaliser les investissements qui lui permettraient d’être compétitif, faute de certitude sur la reconduction de son autorisation. C’est dire l’impact du manque de visibilité qui découle de la situation actuelle. Et ce n’est pas seulement l’opérateur qui en paie le prix fort. Les passagers également en souffrent. La situation qu’a vécu le port Tanger Med fin août dernier, avec des délais d’attente de plusieurs heures, n’en est qu’un exemple. S’y ajoutent des prix qui ont carrément explosé en raison de la rareté des places dans les ferrys.

Pour rappel, selon un document de la direction de la Marine marchande datant de 2013, il existe trois lignes maritimes qui relient le Maroc et l’Espagne. Ces lignes sont celles de Tanger-Tarifa, TangerMed-Algésiras et Almería-Nador avec un total de 176 départs par semaine et que se partagent cinq compagnies, à savoir FRS, Intershipping, Acciona, Balearia et IMTC. Il existe trois autres lignes qui font concurrence aux premières dans une certaine mesure, à savoir celles d’Algésiras-Sebta, Malaga-Mellilia et Almeria-Mellilia.