Nouveaux permis de conduire : encore des interrogations !

Leur fabrication est confiée à Dar As-Sikkah, filiale de Bank Al-Maghrib. L’édition des permis de conduire et cartes grises 2.0 est la première étape du processus de digitalisation des services publics. L’examen théorique pour l’obtention du permis sera remanié.

Le chantier de la nouvelle génération de permis de conduire et de cartes grises, dont l’édition et la mise en circulation sont prévues pour janvier 2020, soulève encore plusieurs interrogations. Concrétisé par la signature, en février dernier, d’un accord entre le ministère de l’équipement, du transport et de la logistique et Bank Al-Maghrib, ce chantier sera confié à Dar As-Sikkah à qui incombera l’impression desdits permis de conduire et cartes grises. La Banque centrale fera ainsi bénéficier le projet de son expertise en matière de conception de documents biométriques, une des priorités annoncées par les pouvoirs publics en vue de moderniser et d’optimiser les conditions d’octroi, le suivi et la gestion administrative de tels documents.

L’édition de ces permis de conduire et cartes grises 2.0 fera office de première étape du processus de digitalisation des services publics, notamment en termes d’identifiants numériques sécurisés et infalsifiables. Pour autant, et depuis la signature dudit accord voilà plus de deux mois, aucune information sur le montant de l’investissement engagé pour cette opération n’a filtré, encore moins sur le montant à débourser par les usagers. Rien également au sujet des équipements dont les agents de la circulation devront être munis.

A fortiori lorsque l’avantage des permis de conduire et des cartes grises biométriques est la possibilité d’accéder directement à toutes les informations concernant le titulaire par le biais d’un terminal conçu à cet effet. Contactés par La Vie éco à ce sujet, le ministère de tutelle, ainsi que le Secrétariat d’Etat chargé du transport, sont restés totalement injoignables.

Les frais d’inscription pour l’obtention du permis de conduire fixés à 3 550 DH

Par ailleurs, un appel d’offres a été lancé, jeudi 10 mai, pour la «réalisation d’une étude portant sur la révision de la banque des questions/réponses de l’examen théorique pour l’obtention du permis de conduire, lot unique». Un fragment du chantier de réforme des pratiques qualifiées de «frauduleuses» en vigueur, et contre lesquelles Mohamed Najib Boulif, secrétaire d’Etat chargé du transport, a promis de livrer une guerre sans merci. Or, le budget alloué à cette action a été arrêté à 3,5MDH. Est-ce la réalisation de l’étude seule qui engloutira cette enveloppe ou la mise en place effective de la banque des questions? Ce n’est pas M.Boulif qui nous le dira puisque lui et ses services sont restés, là aussi, injoignables au moment où nous mettions sous presse. Notons que la nouvelle génération de documents a été précédée par une nouvelle législation cadrant les frais de dossiers de candidature à l’obtention des permis de conduire, le délai précédent l’examen et le nombre de candidats à prendre en charge mensuellement par les auto-écoles. Cette loi, entrée en vigueur fin janvier dernier, a augmenté les frais d’inscription et de dossier à quelque 3550 DH, fixé la date de l’examen de 30 à 45 jours à compter du dépôt du dossier de candidature et fixé le nombre de candidats à se présenter mensuellement à 10 par auto-école, avant de porter ce quota à 12. Affaire à suivre.

Les auto-écoles vivent mal la nouvelle réglementation. L’un des points qui justifient leur désarroi reste la fixation d’un quota de 12 candidats par mois. «Avant la nouvelle loi, nous tournions à une moyenne mensuelle de 40 candidats. L’activité était rentable et nous pouvions faire face à nos charges. Aujourd’hui, cela n’est plus le cas. La multiplication de nos honoraires par 12 ne nous permet plus de nous maintenir financièrement», explique à «La Vie éco» un opérateur des plus en vue à Casablanca sous le sceau de l’anonymat. Il ajoute que l’objectif premier de la nouvelle loi est de faciliter pour l’Etat la gestion des dossiers administratifs en limitant leur nombre. Aussi, l’instauration d’un nombre prédéfini de cours théoriques et pratiques (20 heures chacun) est une mesure, d’après notre interlocuteur, «inconséquente» puisque tous les candidats n’ont pas la même capacité d’assimilation. «Certains nécessitent moins de 20 heures pour apprendre le code de la route par exemple. D’autres ont besoin de plus de temps pour tout maîtriser avant l’examen. Ces derniers s’en trouvent ainsi pénalisés puisqu’ils devront payer davantage de cours afin de rattraper leur retard. Ce n’était pas le cas auparavant». Et d’ajouter : «Nous sommes très inquiets de ce qui risque d’arriver à la profession dans un avenir proche. Ceux qui ne pourront pas faire face à leurs charges n’auront d’autres choix que de fermer boutique!»