Nouveau plan pour la pêche : les détails

La zone, le type d’engin et l’espèce ciblée seront inscrites
sur les licences.

Le plan d’aménagement de la pêche au poulpe est quasi bouclé. Il ne reste en suspens que quelques points à affiner avant de le faire valider par la Primature. Rappelons que trois commissions de travail ont été chargées, en novembre dernier, de réfléchir aux causes de l’effondrement de la ressource, à un plan stratégique d’aménagement des pêcheries du poulpe et à la confection d’un plan d’aménagement de l’ensemble des espèces.
Le plan stratégique de redéploiement comporte actuellement plusieurs scénarios élaborés par la deuxième commission qui regroupe les représentants du ministère des Pêches maritimes, de l’ONP (Office national des pêches), de l’INRH (Institut national des ressources halieutiques) et les professionnels de la pêche hauturière.
Les intervenants sont discrets sur les détails de ce plan, se contentant de souligner qu’ils réfléchissent surtout à la mise en place «d’une stratégie de pêche responsable». Quant à Abdellatif Berraho, directeur général de l’INRH, il précise que le code de conduite d’une pêche responsable a été adopté en 1995 à la conférence de Rome qui était alors présidée par le Maroc, alors que notre pays a pris du temps pour l’adopter. «Responsable» signifie qu’il faut intervenir en mer tout en ayant à l’esprit les conditions de la préservation de la ressource.
Selon des informations collectées auprès des professionnels, le plan d’aménagement de la pêche tourne autour de deux axes : la réduction de l’effort de pêche de 45 % et l’instauration d’un système de zoning pour les bateaux.

La taille des mailles pourrait passer de 40 mm à 70 mm
La diminution de l’effort de pêche de 45 % doit porter sur l’ensemble des segments de la pêche au poulpe : hauturière, côtière et artisanale. La préoccupation de l’administration porte également sur la réduction des unités de congélation car il a été remarqué qu’elles avaient eu pour effet d’encourager la multiplication des barques artisanales pêchant le poulpe.
La demande de réduction du nombre des navires a rencontré beaucoup de résistances de la part des professionnels de la pêche hauturière qui ont notamment mis en avant leur spécialisation dans ce type de pêcherie depuis longtemps et l’effort d’investissement accompli.
Les armateurs ont alors émis plusieurs propositions alternatives comme l’augmentation de la taille des mailles des filets de 60 mm à 70 mm pour préserver le poulpe de petite taille. A préciser que les mailles de 70 mm sont déjà inscrites dans la réglementation, mais des dimensions plus petites sont tolérées par l’Administration. Selon Omar Akkoury, président d’AEM (Association des entreprises marocaines de pêche hauturière), cette disposition pourrait réduire déjà de 20 % l’effort de pêche. Les armateurs de la pêche hauturière restent aussi ouverts à d’autres solutions comme la reconversion d’une partie de la flotte vers d’autres types de pêcheries, mais avec une précision de taille : «l’activité doit être aussi celle du poulpe».
Selon eux, il n’est pas logique également de déterminer une limite pour l’effort de pêche si l’informel n’est pas éliminé. Allusion est faite ici à la multitude de barques non autorisées pêchant le poulpe et au non-respect des périodes de repos biologique.
Dans ce nouveau schéma d’augmentation de la taille des maillages, la problématique de la pêche côtière demeure posée. Selon des sources proches du dossier, cette flotte ne s’est pas encore modernisée. Pêchant a proximité des côtes vu l’état technique des navires, elle a pourtant l’autorisation d’utiliser des maillages plus réduits de 40 mm, alors que dans cette zone, toutes les espèces de poissons sont encore de petite taille.
Ainsi, selon les intervenants dans le secteur, la mise à niveau du secteur de la pêche côtière s’impose aujourd’hui plus que jamais, notamment par la mise en place de moteurs plus puissants lui permettant d’aller en haute mer.
Abdelkrim Fotat, président du Groupement professionnel uni de la pêche côtière, refuse, quant à lui, que son segment soit mis au banc des accusés. Il précise que des maillages de 40 mm couplées avec des moteurs d’une puissance ne dépassant pas 450 cv (pêche côtière) ont des capacités de prises moins importantes que celle de 70 mm couplées à des moteurs de puissance dépassant 1000 cv (pêche hauturière).
A cet argument, les professionnels de la pêche hauturière rétorquent que le problème n’est pas celui des volumes des prises, mais plutôt celui d’éviter de pêcher les juvéniles qui disposent d’un potentiel de reproduction. Il est précisé, en passant, que si des bateaux de la flotte côtière choisissent de pêcher le poulpe, ils devront se soumettre à toutes les conditions mêmes contraignantes imposées à cette pêcherie.

L’INRH juge le zoning indispensable au suivi de l’état de la ressource
La proposition de zoning suscite, quant à elle, un lever de bouclier de la part des professionnels de la pêche côtière. A rappeler que l’intervention de ce segment de la flotte au niveau des céphalopodes n’est pas régulière toute l’année. Pour expliquer leur refus, les professionnels de la pêche côtière précisent qu’ils ne peuvent travailler que «là où il y a du poisson». M. Fotat avance aussi qu’il sera difficile d’appliquer le zoning, car tous les pêcheurs choisiront la zone qui va de Tarfaya à Lagouira. De plus, il ajoute que ce dispositif conduira à une pression continue sur une zone donnée.
Les professionnels de la pêche hauturière ne peuvent, quant à eux, que se réjouir de cette proposition, car le système du zoning leur a été appliqué depuis le démarrage de leur activité et ils estiment qu’un contrôle des pêcheries est impossible sans un système de zoning.
Il rappelle d’abord que «le zoning est présent dans la réglementation, mais il n’a jamais été appliqué à la pêche côtière ou artisanale», avant de préciser que «sans un tel système appliqué dans tous les pays, il est impossible à l’institut de surveiller le stock des espèces maritimes». Ainsi, la proposition du zoning ne concerne pas uniquement le poulpe, mais l’ensemble des pêcheries.
La proposition de l’INRH est d’imposer ce système de zoning à l’occasion du renouvellement des licences de pêche, effectué annuellement. Ces licences comporteront désormais la zone, le type d’engin de pêche et l’espèce cible.
Par ailleurs, des critiques de fond de cette crise reviennent toujours dans les propos des professionnels. La principale est de savoir si l’Administration dispose des moyens nécessaires à la mise en place d’une nouvelle stratégie pour le secteur. La réponse est négative pour M. Akoury. Selon lui, lorsque la première commission a mis le doigt sur une mauvaise gestion de la ressource halieutique comme cause de l’effondrement, elle devait préciser que ceci était le fait de l’Administration. Evitant de personnaliser cette mauvaise gestion, M. Akoury propose une restructuration de l’Administration en la dotant de moyens humains et matériels pour mener à bien une nouvelle stratégie du secteur.
Enfin, la mise en œuvre de la nouvelle stratégie tarde à voir le jour, selon Khadija Doukali, intervenant en tant que vice-présidente de l’APAPHAM, «alors que tous les éléments de ce plan d’aménagement de la ressource ont été déjà définis», précise-t-elle