Nouveau modèle de développement : Les propositions de la CSMD

• Quatre blocages essentiels freinent l’essor du pays.
• De nouveaux choix stratégiques s’imposent, portant, entre autres, sur la transformation de l’économie.
• La commission préconise plusieurs leviers à actionner dont le numérique et la réforme de l’appareil administratif.

Le Maroc a besoin d’un renouveau ; l’ancien modèle de développement est révolu, ayant montré plusieurs faiblesses. Ainsi, un nouveau modèle est proposé par la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD). Un document de base, qui ne se veut ni une bible ni une solution miracle, mais seulement une proposition pour un chemin de la croissance.
En fait, «quatre nœuds ont été identifiés comme étant à l’origine de l’essoufflement du modèle actuel», lit-on dans le rapport. Il s’agit du manque de cohérence verticale entre la vision de développement et les politiques publiques annoncées et la faible convergence horizontale entre ces politiques ; la lenteur de la transformation structurelle de l’économie qui reste affectée par les coûts élevés des facteurs de production et freinée par la faible ouverture sur de nouveaux acteurs innovants et compétitifs ; les capacités limitées du secteur public à concevoir et à mettre en œuvre des services publics accessibles et de qualité et un sentiment d’insécurité judiciaire et d’imprévisibilité qui limite les initiatives, et ce, en raison d’un décalage entre certaines lois comportant des zones grises et les réalités sociales vécues, d’une justice qui pâtit d’un manque de confiance, d’une bureaucratie tatillonne et de recours inopérants.
Au regard de ces blocages qui freinent le développement du pays, le changement devient impératif. Le statu quo n’est plus un élément de stabilité mais comporte le risque de dégradation. Tenant compte de ces éléments, la commission a prôné une nouvelle doctrine organisationnelle, articulée autour de la complémentarité entre un Etat fort et une Société forte.
Ainsi, de nouveaux choix stratégiques s’imposent, certains en consolidation de l’existant, et d’autres en rupture. La commission a mis l’accent sur la transformation de l’économie pour la rendre dynamique, diversifiée, compétitive, créatrice de valeur ajoutée et d’emplois et génératrice de ressources pour financer les besoins sociaux. Il s’agit d’orienter l’investissement vers les activités productives, de défendre l’entrepreneur et l’entreprise et d’améliorer la compétitivité du pays en réduisant les coûts de l’énergie et la logistique. A côté, elle préconise de renforcer le capital humain et de mieux le préparer pour l’avenir. Un service public d’éducation et de santé réhabilité aux côtés d’un secteur privé partenaire responsable et éthique, une gestion performante et par objectifs, et une mise en œuvre portée par les territoires, ainsi qu’une autonomie accrue des établissements scolaires, des universités, et des centres hospitaliers, sont au cœur de la nouvelle approche, pour garantir un accès équitable à tous les citoyens. De plus, l’inclusion est mise également au cœur du développement. Il est ainsi recommandé d’offrir des opportunités d’inclusion pour tous et consolider le lien social en faisant participer les populations, en particulier les jeunes. Il convient de renforcer la protection sociale des plus vulnérables, selon des principes de contribution équitable et de consacrer l’égalité des genres. Enfin, il est question de faire des territoires les lieux d’ancrage du développement, à travers le renforcement du transport, l’amélioration du cadre de vie (logements et services de qualité) et la valorisation des ressources naturelles, particulièrement l’eau.
Des objectifs importants et audacieux que ceux proposés par la commission. Cela dit, pour impulser cette transformation de fond en comble, des leviers sont à actionner dont le numérique en représente l’outil essentiel. Il a pour vocation de renforcer la confiance entre les citoyens et l’Etat, transformer l’accès aux services publics et réduire la corruption et les fractures entre les territoires. De même, le nouveau modèle a besoin, pour son déploiement, d’un appareil administratif renouvelé moderne, dévoué à l’intérêt général et qui soit au service des citoyens. En ce sens, il faudrait réfléchir à une nouvelle génération d’administration publique et d’établissements et d’entreprises publics (EEP) orientée vers la performance et les résultats et soumise à la reddition des comptes. Il faut dire aussi que la mobilisation de mécanismes de financements pluriels et innovants est un aspect tout aussi important que les autres. Il est nécessaire de restructurer certains EEP marchands en les transformant en sociétés anonymes autonomes et d’amorcer des réformes nécessaires pour préparer l’ouverture à l’investissement privé par la mise en place de régulateurs indépendants aux standards internationaux, permettant de présenter un cadre de gouvernance rassurant et attractif pour les investisseurs.


Deux mécanismes pour mettre le changement en exécution

Pour mettre en œuvre cette vision de développement, la CSMD propose deux outils. Le 1er est le Pacte national pour le développement qui scellerait l’engagement des forces vives du pays autour d’un cap et d’un référentiel partagés par tous. Ce pacte pourrait être adopté par les acteurs concernés et constituerait un engagement moral et politique fort le Roi et la nation. Le second outil est un mécanisme, placé sous l’autorité du Roi, dédié au suivi de ce nouveau modèle de développement, à l’impulsion des chantiers stratégiques et à l’appui à la conduite du changement. Il mettrait en responsabilité les acteurs concernés et renforcerait la performance globale. Ses missions tourneraient autour d’une diffusion large du nouveau modèle de développement, la conception et la mise à la disposition des instances et des autorités concernées des instruments méthodologiques tendant à faciliter la mise en œuvre du NMD, veiller à la cohérence des stratégies et des réformes proposées avec le référentiel et le Pacte national pour le développement, assurer le suivi de la mise en œuvre des chantiers stratégiques, soutenir la conduite du changement en contribuant à la préparation de projets stratégiques en appui aux autorités et instances compétentes, à l’expérimentation de chantiers innovants et au développement de filières exécutives de formation/action et de gestion du changement dans les universités et les écoles de formation spécialisées.