Nouveau code de la route : à  un mois de l’entrée en vigueur, plusieurs questions restent en suspens

De quelle manière s’exercera le contrôle sur les routes ?
Pourra-t-on payer par chèque ? n Quid des personnes qui n’ont pas de permis à  points ?
Qui assurera la formation des nouveaux conducteurs professionnels et des anciens ?
Le ministère du transport n’apporte pas de réponses.

Si tout va bien, le nouveau code de la route va entrer en vigueur le 1er octobre prochain. Une campagne de communication est menée depuis plusieurs semaines sur les chaînes de radios et de télévision pour sensibiliser le grand public aux dispositions de ce code. Mais cette campagne de communication laisse un arrière-goût d’inachevé puisque à un mois du début de l’application de ce texte, les autres moyens de vulgarisation (affichage urbain, imprimés, annonces presse etc.), prévus pourtant dans la stratégie du ministère, sont peu ou pas encore utilisés. En gros, entend-on, ici et là, la campagne actuelle ne touche pas un large public et devrait, selon un syndicaliste, «être de grande envergure pour sensibiliser tous les Marocains, y compris dans les campagnes les plus reculées, chose que l’on ne voit pas encore».
Au-delà de la sensibilisation du grand public, c’est la mise en application des dispositions du code, particulièrement en ce qui concerne les transporteurs professionnels, qui laisse à désirer. Les syndicats et les associations professionnelles, s’ils soutiennent pour la plupart l’application de ce texte de loi, affirment rester sur leur faim. Une source à la fédération nationale du transport routier (FNTR) explique que cette dernière a tenté à maintes reprises d’apporter sa contribution à cette campagne, notamment sur les aspects qui touchent les conducteurs et les entreprises de transport, mais sans trouver d’écho.
Les questions qui reviennent le plus souvent à la veille de l’application de ce texte concernent principalement le contrôle, le permis à points et les dispositions relatives à la conduite professionnelle. Ces points constituent, selon Abellilah Hifdi, président de la FNTR, «l’épine dorsale de ce texte que nous soutenons depuis le début et que nous continuons de soutenir». Selon lui, le problème ne réside pas dans les dispositions du texte de loi qui arrive à un moment où les secteurs du transport et de la logistique connaissent de grands chamboulements, mais dans son applicabilité. Selon M. Hifdi, l’application de ce texte va s’avérer très difficile.

Changer son permis coûte près de 500 DH

Beaucoup de professionnels, en effet, partagent cette idée et posent les questions qui ne trouvent pas encore de réponse. D’abord au niveau du contrôle : théoriquement à partir du 1er octobre, les conducteurs seront soumis à un contrôle plus rigoureux, voire plus sévère, mais faisant appel à des technologies nouvelles (radars, terminaux pour permis électroniques, réglementation des lieux de contrôles et identification des agents de contrôle). Or, à l’heure actuelle, personne ne dispose d’informations ni sur la manière, ni sur le matériel qui servira à ce contrôle. Et comme le précise un transporteur, «à moins que le ministère ne dispose d’une stratégie cachée qui sera dévoilée à la dernière minute, on ne voit pas comment le contrôle se déroulera sur le terrain».
Et qui dit contrôle, dit amendes. Et à ce sujet, dans la mesure où le nouveau code de la route accepte tous les modes de paiement, les usagers contrevenants pourront-ils payer leur amende transactionnelles par chèque ou carte bancaire ? Ou alors les agents vont-ils continuer à exiger le paiement en espèces, ce qui ne va pas éliminer les marchandages et autres transactions illicites.
Mais le gros problème auquel les professionnels du transport n’ont pas encore de réponse, c’est celui de la carte professionnelle, obligatoire en plus du permis, pour les conducteurs de poids lourds.
A partir du 1er octobre, tous les nouveaux détenteurs de permis poids lourds ne pourront pas, comme c’était le cas avant, conduire un véhicule s’ils n’ont pas suivi une formation qui leur donne accès à cette profession. Sur ce chapitre, les transporteurs affirment n’avoir aucune visibilité. En effet, se demandent-ils, qui va assurer cette formation et par quels moyens humain et matériel et comment cette carte professionnelle sera-t-elle conçue ? Autant de questions qui restent sans réponse. Et ceci sans parler des conducteurs en exercice qui devront au bout de cinq ans d’activité suivre une formation. Là encore, les éléments de réponse font défaut.
Enfin, s’agissant du permis à points, et là, cela concerne également les conducteurs particuliers, on se demande comment va se faire la transition entre l’ancien et le nouveau permis, comment et par quels canaux seront inscrits les points sur les anciens documents. D’autre part, comment un simple conducteur contrevenant pourra-t-il récupérer les points perdus après avoir suivi une formation de sensibilisation sur les accidents de la route. Du reste, peu de titulaires d’anciens permis de conduire ont changé leur ancienne licence de conduite contre un permis à puce pour la simple raison que l’opération n’est pas gratuite et coûte autour de 500 DH. Beaucoup de questions auxquelles nous avons tenté d’avoir des réponses de la part du ministère du transport et du Comité national de prévention des accidents de la circulation. Pas de réponse pour le moment. Pourtant le 1er octobre c’est dans un mois…