«Nous effectuons les derniers réglages des contrats de performance du secteur»

Les divergences se sont tues, tous les opérateurs du secteur électrique se retrouvent de nouveau au sein de la Fenelec. L’activité électrique est en stagnation au premier semestre, contrairement à l’électronique dont les exportations ont progressé de 7,4% à avril. En prélude à la signature des contrats de performance, une étude a permis d’identifier et de chiffrer les perspectives des trois secteurs de la fédération.

Azelarab El Harti
Président de la Fenelec

Suite à la fusion avec la Femadel (Fédération marocaine de l’électricité), la Fenelec (Fédération nationale de l’électricité, de l’électronique et des énergies renouvelables) est aujourd’hui la seule association qui représente les professionnels de l’électricité. Elle compte 560 entreprises membres appartenant aux secteurs de l’électricité, de l’électronique et des énergies renouvelables. La fédération regroupe 5 associations, celle des fabricants de matériel électrique (AFEM), l’Association des installateurs de matériel électrique (AIEM), l’Association des distributeurs de matériel électrique (ADEM), l’Association du secteur de l’électronique (ASEL) et enfin l’Association marocaine des industries solaires et éoliennes (Amisole). Azelarab El Harti a été reconduit à la tête de la Fenelec pour un nouveau mandat. Sa mission est de mener à bien la signature des contrats de performance des secteurs qu’il représente avec le ministère de tutelle. Il analyse dans cette interview la situation des différents métiers qui constituent la fédération et parle des projets en cours.

La Fenelec vient de tourner une page difficile de son histoire. A l’orée de cette nouvelle ère, comment appréciez-vous la situation des secteurs de l’électricité, de l’électronique et des énergies renouvelables ?

Sur le plan organisationnel, la Fenelec, représentant les 3 secteurs précités, vient de tourner une page délicate de son histoire. Elle a réalisé une première au Maroc en réunissant de nouveau les opérateurs du secteur électrique en son sein. Ce résultat est atteint grâce à la conjugaison des efforts ; une conscience propre de ses dirigeants ; une insistance de la tutelle et une médiation sage de la CGEM.

Le secteur électrique a connu au premier semestre 2017 une stagnation due, d’une part, au retard de lancement de plusieurs projets d’infrastructures et d’investissements en raison des longues tergiversations sur la composition du gouvernement, et, d’autre part, au repli qu’ont connu certains secteurs tels que le BTP qui a enregistré à fin avril une contraction de 5,3%. Par contre, le secteur électronique reste sur un trend croissant avec une hausse des exportations de 7,4% à fin avril par rapport à la même période de 2016. Pour sa part, le secteur des énergies renouvelables est stratégique pour le Royaume qui aspire à atteindre une puissance installée de 52% à l’horizon 2030. Cependant, les opérateurs du secteur n’ont pas senti l’impact de cette stratégie sur le marché à cause du schéma des marchés lancés et du retard accusé dans le processus de réglementation du secteur. 

Qu’en est-il exactement de l’état de santé des opérateurs et du niveau de la demande ?

Le secteur est composé à plus de 90% de TPME qui se battent pour leur survie et pâtissent des problèmes structurels de notre économie. Malgré cela, les entreprises qui ont fait le choix de l’innovation se distinguent au niveau local et international.

Dans le secteur électrique, la structure de la demande est en grande partie locale. Elle est portée par les projets d’infrastructures, de bâtiments industriels, de nouvelles niches comme la domotique et l’efficacité énergétique. La demande extérieure provient essentiellement d’Afrique de l’Ouest.

L’électronique reste, quant à lui, dépendant à presque 100% de la demande étrangère, notamment européenne. Des efforts sont menés actuellement pour pousser ce secteur de la pure sous-traitance vers la création de produits finis et le développement d’un marché local.

La demande adressée au secteur des énergies renouvelables n’a, pour sa part, pas beaucoup évolué. Elle concerne seulement des applications limitées d’autoconsommation électrique, de pompage solaire et de chauffe-eau solaire.

Quelles sont les difficultés rencontrées par le secteur en matière de délais de paiement, d’accès aux marchés publics et nationaux, de retard de l’instauration de la préférence nationale du point de vue de la compensation industrielle…?

Les délais de paiement des principaux donneurs d’ordre du secteur se sont certes nettement améliorés. Mais ils restent très loin de la norme contractuelle. Ce qui pénalise lourdement la PME qui, au lieu de se développer et de créer de la valeur ajoutée, est acculée à financer la trésorerie du donneur d’ordre. D’un autre côté, des efforts louables ont été menés par l’Etat et d’autres organismes publics pour faciliter l’accès aux marchés en termes de procédures, de conditions d’éligibilité et de documents… Mais ceci reste très insuffisant eu égard à nos attentes. Nous pensons que l’une des pistes d’amélioration rapide et efficiente reste la dématérialisation, notamment la généralisation des soumissions électroniques. Par ailleurs, pour renforcer la qualité, nous travaillons avec les différentes parties prenantes sur un système de contrôle des installations électriques avant mise sous tension et sur des systèmes de labellisation tant pour le secteur électrique que pour le secteur des énergies renouvelables.

Sur un autre registre, notre dernière réunion avec Aziz Rebbah, ministre des énergies, des mines et du développement durable, nous rassure quant à l’application de la préférence nationale au produit «Made in Morocco». A l’instar des pays développés et émergents, nous pensons qu’il revient à l’Etat d’user du mécanisme de la compensation industrielle comme levier pour le développement d’une industrie locale à forte valeur ajoutée.

Quelles sont les perspectives du secteur et les priorités de la Fenelec ?

A l’occasion de la réalisation de l’étude Contrat programme Fenelec-Gouvernement, nous avons identifié et chiffré les perspectives des trois secteurs de la fédération. Ce projet qui rentre dans le cadre du programme d’accélération industrielle sera concrétisé très prochainement. En attendant, nous travaillons sur des chantiers prioritaires tels que l’export, la formation, la normalisation, la fiscalité, la réglementation, l’amélioration des paiements et l’accès au financement…

Le Programme d’électrification rurale globale (PERG) étant achevé, les entreprises du secteur ont-elles enclenché leur transformation pour répondre à la demande du secteur des énergies renouvelables et ses projets tels que Noor ?

Les entreprises du secteur électrique se sont déjà adaptées à la nouvelle donne en s’orientant vers l’export ou vers d’autres niches locales. Au même moment, celles qui sont spécialisées dans le secteur des énergies renouvelables (ER), dont certaines existent depuis les années 80, n’arrivent pas à dépasser le stade de la TPE. Pourtant, un potentiel énorme existe dans les ER sauf qu’il n’est pas transformé en opportunités d’affaires adaptées à la réalité des entreprises marocaines. Cela peut trouver son origine soit dans la grande taille des projets lancés, tels que Noor, ou dans les problèmes réglementaires et administratifs pour les projets de moyenne et basse tension connectés. Ces derniers pourraient booster le secteur et permettre aussi de développer une importante intégration industrielle locale.

Qu’en est-il des contrats de performance devant être signés avec le ministère de l’industrie, du commerce, de l’investissement et de l’économie numérique ?

Durant le mois d’avril 2017, la Fenelec et le ministère de l’industrie, du commerce, de l’économie numérique et des nouvelles technologies ont signé les procès-verbaux de réception définitive des livrables de l’étude sur les écosystèmes pour les trois secteurs représentés par la fédération. Suite à la réunification du secteur électrique au sein de la Fenelec, les démarches vont s’accélérer. Aujourd’hui, nous effectuons les derniers réglages suite à l’étude sur les trois secteurs que nous avions commandée.

La production nationale des secteurs de l’électricité, de l’électronique et des énergies renouvelables a rapporté un chiffre d’affaires de 38 milliards de dirhams en 2016. Et ce, d’après les chiffres de la Fenelec communiqués à La Vie éco. En somme, 65% de la production, soit 25 milliards de dirhams est destinée à l’export. Les entreprises des 3 secteurs, qui demeurent grands pourvoyeurs d’emplois (ayant permis de créer 79 000 postes en 2016), ont investi l’année dernière 2,1 milliards de dirhams. La valeur ajoutée créée en 2016 a été de 8,3milliards de dirhams.