Nettoiement : les nouveaux prestataires auront une obligation de résultat et non de moyens

Un nouveau cahier des charges est fixé pour le périmètre anciennement géré par Sita. Un appel d’offres pour la sélection des nouveaux délégataires est prévu pour mars. Le budget alloué à la propreté sera augmenté et le balayage séparé de la collecte.

Cette-fois sera-t-elle la bonne pour la résolution de l’épineux dossier de la propreté à Casablanca ? La majorité qui dirige la ville se veut rassurante sur l’après-Sita. Elaboration d’un nouveau cahier des charges axé sur le résultat, renforcement du contrôle et intransigeance dans l’application des pénalités, application d’un prix forfaitaire au lieu d’un prix à la tonne, recours à plusieurs délégataires au lieu de deux, possibilité de séparer la collecte du balayage…, tels sont les grandes lignes de la recette concoctée par la ville de Casablanca pour le périmètre que gérait la filiale du groupe Suez (quatre arrondissements -Anfa, El Fida-Mers Sultan, Moulay Rachid et Ben M’sick- produisant 1700 tonnes de déchets par jour). Depuis son départ prématuré en septembre 2017, alors que le contrat devait courir jusqu’en 2021, c’est la société de développement local Casa Prestations et ses deux mandataires, Mecomar et Derichbourg, qui ont pris le relais pour une période transitoire de six mois.

«Des versions initiales du nouveau cahier des charges et de la nouvelle convention ont été rédigées conformément aux documents types du ministère de l’intérieur. Elles seront complétées et affinées avec les propositions de l’ensemble des parties prenantes», nous confie Mohammed Haddadi, adjoint au maire de Casablanca chargé de ce dossier.

Le libanais Averda, délégataire de la gestion des ordures dans les arrondissements de Hay Hassani, Ain-Chock, Ain Sebaa-Hay Mohammadi et Bernoussi-Sidi Moumen, continuera à exercer selon les règles fixées au départ. Cela veut-t-il dire que la gestion de la propreté à Casablanca sera bicéphale? Des sources au sein de la Ville et dans la profession répondent par l’affirmative. «C’est certes une situation inédite, mais il n’y a pas d’autres solutions. L’essentiel est d’expérimenter un nouveau modèle, ne serait-ce que dans une partie de la ville», concède un cadre communal. «Le départ de Sita et le renforcement du contrôle a incité Averda à améliorer la qualité de ses prestations», relativise-t-il.

Décidée à tourner la page de l’ancien cahier des charges axé sur l’investissement dans le matériel, élaboré à l’époque de Mohamed Sajid, l’actuel majorité veut imposer un nouveau modèle. «C’est le résultat perceptible par le citoyen et le conseil qui comptera et non l’investissement dans le matériel», soutient Haddadi.

Les délégataires ne seront plus rémunérés à la tonne

Autre changement de taille, les délégataires ne seront plus rémunérés à la tonne, mais au forfait. De plus, au lieu de deux, il y aura plusieurs délégataires. En effet, chaque arrondissement de Casablanca correspondra à un lot. «Les nouveaux délégataires ne pourront pas remporter plus de deux lots. Il y aura donc 4 à 8 délégataires pour les arrondissements concernés par la nouvelle configuration», dévoile M.Haddadi. Qu’en sera-t-il des moyens financiers? «Le budget devra augmenter», promet-il.

Aziz Badraoui, patron d’Ozone, leader du marché de la collecte et du nettoiement au Maroc, soutient que «globalement, les nouvelles règles sont meilleures que les anciennes». A l’en croire, «le fait de recourir à plusieurs opérateurs est une solution adaptée à la taille et aux problématiques de la plus grande ville du Royaume». S’exprimant sous le couvert de l’anonymat, un autre opérateur abonde dans le même sens. «C’est une bonne chose que de faire appel à plusieurs délégataires dans une grande métropole. C’est le cas dans plusieurs villes en France», indique-t-il. Selon Aziz Badraoui, la multiplicité des délégataires fait jouer la concurrence et minimise l’impact des grèves. De même, l’obligation du résultat permettra à la ville de minimiser les charges relatives au contrôle du matériel, à l’instar des GPS, et de réorienter les ressources vers le terrain.

Les professionnels sont par contre réservés sur l’éventualité de séparer le balayage de la collecte. Une telle option pourrait entraîner la dilution des responsabilités et une difficulté d’évaluer le rendement des délégataires, comme c’est le cas à Rabat où ce procédé est en vigueur. «Nous sommes parfois obligés de faire des réunions de coordination alors que ce n’est pas notre fonction», nous avait confié Mohammed Saddiki, maire de la ville de Rabat (www.lavieeco.com).

L’opposition dit ne pas être informée des changements en cours

Omar Farkhani, chef du groupe du PAM au Conseil de Casablanca, déclare ne pas être au fait des nouveautés concernant le dossier de la propreté. «Depuis l’officialisation de la résiliation du contrat avec Sita, nous n’avons plus de nouvelles», déplore l’élu. Selon lui, la modification du cadre de la gestion déléguée ne peut pas garantir un changement réel. «Avant d’examiner le nouveau cahier des charges et la nouvelle convention, il faudra qu’on nous explique la politique et la vision de la Ville dans le secteur de l’assainissement solide», tonne M. Farkhani.

«La vision de la Ville est de mettre sur pied un modèle de collecte et de nettoiement efficace. Nous avons eu le courage de résilier le contrat avec une multinationale en veillant à l’application stricte des pénalités, en concertation avec le ministère de tutelle, la SDL et la wilaya», réplique Mohammed Haddadi pour qui «ces critiques sont infondées». Et de poursuivre : «Elus et citoyens sont invités à communiquer leurs recommandations au conseil. Le portail de la ville reçoit les suggestions. Le bureau d’études en charge du dossier a organisé 16 rencontres au niveau des arrondissements. Un forum sera organisé par Casa Prestations en collaboration avec l’Université Hassan II dans l’objectif de recueillir l’avis des experts et des spécialistes. Et nous continuerons d’œuvrer pour finaliser le cahier des charges en associant le citoyen, les élus, l’Intérieur et Casa Prestations».