Nette dégradation des délais de paiement en 2016 !

La situation s’est dégradée, surtout pour les TPE et PME. Atteignant déjà un record de 7 mois en 2015, le délai moyen a encore pris quelques jours cette année. Les impayés bancaires explosent et les dossiers de restructuration se multiplient.

Les délais de paiement continuent de se dégrader ! Patrons d’entreprises, banquiers, assureurs-crédits et spécialistes du renseignement commercial sont unanimes à rapporter un allongement des délais en 2016. Atteignant déjà un record de 7 mois en 2015, le délai moyen a encore pris quelques jours sur les neuf premiers mois de l’année en cours. «Les déclarations de factures impayées de nos assurés ont augmenté de 22% contre une croissance de nos engagements de 10%», affirme Taoufik Benzakour, DG d’Euler Hermès Acmar, qui contrôle 85% du marché de l’assurance-crédit. Les spécialistes font part également de la baisse continue des montants récupérés à l’issue du recouvrement amiable : moins de 45%…au meilleur des cas. C’est plus de la moitié de la créance qui est définitivement compromise !

La tendance haussière des délais est aussi rapportée par Inforisk, spécialiste du renseignement commercial. «La situation s’est dégradée en 2016 surtout pour les TPE et PME», tranche Amine Diouri, responsable des études PME. «Les remontées du terrain des entreprises l’attestent et les données bilancielles vont certainement le prouver», ajoute-t-il. D’après le baromètre mensuel de la société, les défaillances ont dépassé la barre des 6 100, en hausse de 10% sur 12 mois glissants. La défaillance juridique ayant un lien directe avec le défaut (il n’y a pas de défaillance sans défaut de paiement au préalable). Pour les délais, les derniers chiffres d’Inforisk datant de 2014 estimaient déjà à 9 mois le délai moyen pour les TPE, 130 jours pour les PME et 70 pour les grandes structures. Pour M. Diouri, un autre fait dénote clairement de la dégradation de la situation: les impayés bancaires sont en train d’exploser depuis le début de l’année. Les banquiers sondés confient que plusieurs comptes du marché de la TPME n’arrivent plus à faire face à leurs charges de fonctionnement. Les traites sont de facto non honorées. «Nos comités traitent de plus en plus de dossiers de restructuration. Ces derniers sont montés en flèche depuis 2014 par rapport à leur niveau d’avant 2012», soutient le directeur d’un centre d’affaires d’une grande banque de la place.

La phase de constatation du service est trop longue dans l’administration

Une étude récente de Coface publiée en septembre corrobore le constat général. On y apprend que les entreprises percevant une amélioration du comportement de paiement sont en nette diminution par rapport à 2015. Pour Sofia Tozy, analyste de Coface, l’économie continue de faire face à un ralentissement en 2016 en raison de la mauvaise performance du secteur agricole. Bien que l’économie hors agriculture se montre résiliente, les délais de paiement tendent à augmenter dans l’ensemble des secteurs et les entreprises sondées s’attendent à une stagnation de l’activité. L’étude met en exergue un autre constat : les opérateurs pour lesquels les délais de paiement se dégradent le plus sont ceux dont le client principal est le secteur public.

Assez paradoxal ! Puisque l’Administration fait des efforts pour payer ses prestataires à temps, comme le soutient Noureddine Bensouda, trésorier général du Royaume, s’exprimant lors de son intervention à la CFCIM. Selon lui, le comptable public paie dorénavant à 7 jours contre 14 auparavant. Mais c’est la phase de constatation du service (n’obéissant à aucun délai légal) qui intervient avant l’ordonnancement et le paiement, qui est à l’origine des retards. De l’aveu de M. Bensouda, les délais moyens constatés durant les quatre dernières années dépassent de loin le délai réglementaire allant jusqu’à 200 jours pour certains départements ministériels. De plus, 45% des marchés de l’Etat, qui s’élèvent à 32 milliards de DH, sont payés au delà du délai réglementaire de 75 jours.

Cependant, M. Bensouda est confiant que la réforme des délais de la commande publique, en cours, va substantiellement réduire les délais (voir page 21).

Les services aux entreprises, un des rares secteurs à moins de 120 jours

Il faut dire que la problématique des retards de paiement, comme le rappelle le trésorier général, continue d’avoir des effets négatifs en chaîne sur l’économie tout entière. En substance, les analystes de Coface affirment que les retards continuent de constituer l’un des principaux freins à l’embauche et à l’investissement. Lorsque les délais de paiement sont courts, les entreprises favorisent tous les types d’investissement (aussi bien de remplacement que de productivité). Plus le délai de paiement s’allonge, plus les entreprises privilégient les investissements liés à la productivité.

De plus en plus d’entreprises tiennent compte des comportements de paiement de leurs clients et provisionnent les retards potentiels dans leur projection de trésorerie pour éviter les mauvaises surprises, refusent de nouvelles commandes et se mettent même à leur tour à retarder les paiements. Ce qui entretient le cercle vicieux.

Pour M. Benzakour, «les rares secteurs qui n’ont pas enregistré d’augmentation ont vu leur délais stagner par rapport à 2015». L’immobilier, en proie à la baisse de demande aussi bien dans le haut standing que le moyen, et récemment le social, souffre particulièrement des retards. «Idem pour le BTP avec un ralentissement drastique des grands projets d’infrastructure», note le DG d’Acmar. Pour Coface, ce secteur compte parmi ceux dont l’évolution des délais de paiement entre 2015 et 2016 est la plus marquée. Très arrimé à l’immobilier, l’électroménager compte de plus en plus de mauvais payeurs. Le secteur du commerce et de la distribution a également souffert en 2016. Selon Coface, les entreprises déclarant plus de 120 jours de délai moyen y ont augmenté de 23%.

Cela dit, quelques secteurs s’en sortent mieux. C’est le cas notamment des services aux entreprises, un des rares à observer une amélioration des délais : les entreprises sujettes à des délais de paiement supérieurs à 120 jours sont moins nombreuses (en baisse de 5,6%) selon Coface. De même, les retards de paiement sont inférieurs à la moyenne, alors que leur trésorerie s’est améliorée pour 20% d’entre elles. «Toutefois, ce secteur pourrait être rattrapé par la morosité (ndlr : des délais plus longs), puisque 56% des entreprises anticipent une stagnation de l’activité», préviennent les analystes de Coface. L’agroalimentaire est également cité en tant que secteur qui voit le comportement de ses opérateurs s’améliorer en 2016.