Nette baisse de régime dans les industries manufacturières

54% des chefs d’entreprises interrogés ont déclaré une baisse de leur activité.
En 10 ans, la part de l’industrie dans le PIB est passée de 15,3% à  12%.

L’industrie manufacturière, hormis deux ou trois branches, peine à se sortir des difficultés dans lesquelles elle est plongée depuis au moins 2008. La dernière enquête de Conjoncture du Haut commissariat au plan (HCP) sur les réalisations du premier trimestre 2010 montre en effet que, contrairement aux autres activités du secteur secondaire comme le BTP et l’énergie et les mines, celles des industries manufacturières ont connu une baisse de la production par rapport au trimestre précédent, c’est-à-dire le quatrième trimestre de 2009. Réalisée sur la base des déclarations des chefs d’entreprises, cette enquête indique que 54% des patrons d’entreprises manufacturières ont déclaré une baisse de leur production, 22% une hausse et 24% une stabilité. Et ce sont particulièrement l’agroalimentaire, la chimie et parachimie et les ouvrages en métaux (non compris le matériel de transport) qui ont tiré vers le bas l’activité manufacturière.
La situation devrait s’améliorer au cours du deuxième trimestre 2010, notamment dans ces trois branches qui ont le plus reculé en premier trimestre (par l’effet de rattrapage sans doute), mais le HCP ne nous dit pas dans quelles proportions. On sait également que le textile a repris des couleurs à partir du mois d’avril, suite notamment à la réorientation des commandes européennes des marchés asiatiques, pénalisés par la montée du dollar, vers des marchés de proximité comme le Maroc.
Lorsqu’on observe l’indice de production pour l’année 2009 (cet indicateur n’est pas encore disponible pour le premier trimestre 2010), on constate que sur les 23 branches de ce secteur, seulement quatre (tabac manufacturé, produits chimiques, produits métalliques et meubles et industrie diverses) ont enregistré des hausses ; tout le reste s’est inscrit en baisse, avec dans certains cas des indices en très forte baisse : -20% pour les produits de la cokéfaction et du raffinage, – 8,9% pour les machines et équipements, -5,5% pour les matériels de transports, à titre d’exemple… Normal dans ces conditions que l’indice global pour les industries de transformation n’ait augmenté que de 0,2% par rapport à 2008.

La part de l’industrie dans le PIB en baisse

On le sait, l’industrie au Maroc est le secteur qui reste à la traîne de l’activité économique et il est certainement prématuré encore de voir les premiers effets de la mise en œuvre d’Emergence lancée en février 2009. En tout cas, les statistiques officielles montrent bien la réalité de ce secteur. En 1998, les industries de transformation contribuaient pour 15,3% au Produit intérieur brut. Actuellement, cette contribution ne dépasserait pas les 12 %. Alors que la part des services dans le PIB a gagné plus de 4 points depuis 1998, celle du BTP environ 2 points, la part des industries de transformation a, au contraire, perdu quelque 3 points.
A peu de choses près, la même évolution est observée en ce qui concerne les créations nettes d’emplois par secteur d’activité. En dix ans, soit depuis 1999, les services ont créé 932 000 emplois soit 13 fois plus que l’industrie qui n’en a créé que 72 000 ! Au total, le secteur industriel emploie aujourd’hui moins de 5 % de la population active occupée, soit quelque 500 000 personnes en comptant les saisonniers. La forte volatilité de l’emploi dans l’industrie concerne toutefois le textile et cuir (204 632 emplois en 2007, contre 222 463 emplois en 2003), l’industrie agroalimentaire (75 626 emplois à fin 2007 au lieu de 95 666 à fin 2003) et, à un degré moindre, la chimie et parachimie.
Il s’agit ici, bien évidemment, des emplois nets ; ce qui veut dire, par conséquent, qu’il y a un mouvement de création/destruction de l’emploi assez important dans le secteur industriel, comme des études l’ont relevé depuis un certain temps déjà. C’est le signe d’une «très forte mobilité de l’emploi dans l’industrie manufacturière marocaine et, par la même, une grande flexibilité sur le marché du travail», écrivait le chercheur marocain Lahcen Achy dans une étude consacrée, en 2006, à la dynamique de l’emploi dans le secteur manufacturier.