Mydeal.ma, hmizate.ma, marocdeal.com, superdeal.ma… ces précurseurs marocains des prix cassés sur Internet

Ils recourent à  la technique des achats groupés pour obtenir des réductions auprès des commerçants. Billets d’avion, vêtements, sorties, loisirs : les réductions vont jusqu’à  80%.

Un costume Balmain à 890 DH au lieu de 3 000 DH, une création de site internet avec 80% de réduction, un billet d’avion Casa-Paris à 1 499 DH au lieu de 2 040 DH, un pack de 3 massages à 150 DH, sont des exemples d’économies considérables faites à travers les sites d’achats groupés, qui se bousculent désormais sur la toile marocaine. Le concept s’est développé aux Etats-Unis où le leader, Groupon, propose aujourd’hui des offres dans 44 pays. Ce même Groupon a flairé un filon potentiel au Maroc et y a créé, il y a quelques semaines, une filiale dans un marché où les initiatives locales se sont multipliées ces derniers mois : MarocDeal (www.marocdeal.com), Hmizate (www.hmizate.ma), Superdeal (www.superdeal.ma) ou encore My deal (www.mydeal.ma), pour ne citer qu’eux. Tous offrent des réductions allant jusqu’à 80% sur des repas, des séances de coiffure, d’esthétique, des spectacles, etc.

Un concept «win/win» pour les clients et pour les commerçants

Le principe est simple : l’enseigne négocie un prix de groupe, comme le ferait un tour-opérateur sur des séjours touristiques. Le produit peut d’ailleurs être une nuitée en chambre d’hôtel, un repas ou une pizza par exemple ; un traitement de remise en forme, des vêtements ou encore un ticket de cinéma. L’idée est de regrouper un seuil minimum d’acheteurs et c’est seulement une fois ce seuil atteint que le montant est débité des cartes bancaires des clients. «C’est un concept “win/ win” pour les clients tout comme les commerçants, c’est pour ça que nous avons foncé», déclarent les responsables de Superdeal.
Pourtant, le marché local ne prêtait pas à l’enthousiasme. Avec un taux de Marocains bancarisés de 56% et une pénétration d’Internet encore restreinte, le lancement d’un site d’achat groupé avait tout l’air d’une gageure. Kamal Reggad a pourtant voulu y croire. Aux Etats-Unis, où il a vécu pendant 13 ans, il a pu constater la puissance de l’achat groupé, à travers des sites comme Groupon et Buywithme. C’est ce qui l’a décidé à lancer un concept similaire au Maroc. La même expérience étrangère a nourri la confiance de Mouna Rkha, associée chez My deal. Depuis Paris, où elle travaillait pour un fonds d’investissement, elle a flairé le potentiel des pays émergents comme le Maroc. C’est ainsi qu’elle a  associé son expertise du domaine à la connaissance du marché internet marocain de Karim Zaz. My deal est d’ailleurs parrainé par la société française Dealissime.
Chez Maroc deal, c’est la progression de la monétique qui a été déterminante. «Il y a eu une augmentation marquée du nombre de cartes de paiement au Maroc au cours des deux dernières années. Les chiffres étaient encourageants et nous avons décidé de miser sur l’essor du e-commerce. Pour la petite histoire, quand on parlait d’un site web d’achat groupé en août 2010, beaucoup nous prenaient pour de “grands optimistes”», explique Sarah Fizazi, co-fondatrice du site.
Encore faut-il que les Marocains, réputés frileux à l’achat en ligne, inversent la tendance. «Les Marocains hésitent à investir de grosses sommes en ligne. Nous espérons changer leurs habitudes en les encourageant à faire des petits achats, à moins de 200 dirhams. Si nous arrivons à les fidéliser, ça sera déjà ça de gagné», confie le co-fondateur d’un site d’achat groupé. Pour attirer le e-chaland, pas de secret : des bons plans à profusion et en continu.

Des acheteurs en ligne encouragés par les petites sommes

Et pour cela, il fallait d’abord démarcher. «Au début, c’était même plutôt difficile. Surtout lorsque le site n’était pas encore en ligne», explique Mme Rkha. «Mais nous avons expliqué aux commerçants de proximité que c’était de la publicité pour eux, sans qu’ils n’aient rien à payer. Et là, on est rentré dans un cercle vertueux», ajoute-t-elle.  D’après Kamal Reggad, 71% des prestataires précédents sont déjà sur la liste d’attente pour proposer d’autres bonnes affaires sur Hmizate.
Le bouche à oreille est également un élément clé. Hmizate par exemple a célébré son lancement, en janvier 2011, avec une campagne d’affichage dans les principales villes du pays, «afin de se faire connaître de toutes les catégories socioprofessionnelles», précise M. Reggad. La plupart de ces entreprises ont misé sur les réseaux sociaux, Facebook et Twitter en tête, pour se faire connaître, avec notamment tombolas et cadeaux. La recette semble marcher puisque, pour prendre l’exemple de Maroc Deal, 45 000 personnes sont «fans» du concept sur le site Facebook. Un potentiel énorme.

Un investissement sur le long terme

Selon les dirigeants des sites, la restauration vient en tête des produits les plus faciles à vendre. Mais tous cherchent à se démarquer. «Nous sommes au Maroc de grands amateurs des plaisirs culinaires. Mais l’esthétique et les spectacles sont aussi très appréciés. La nouvelle section «MarocDeal voyages» a également connu un grand succès qui a dépassé de loin nos attentes prévisionnelles ».
Le même concept a été développé chez Hmizate. Mais ce dernier s’est aussi distingué par un service différent : la possibilité de paiement par espèces dans une des agences Eho. Le site a aussi mis en place une assistance téléphonique pour les achats en ligne. Résultat : Hmizate affiche une moyenne de 10 000 visites par jour.
La grande question reste de savoir si ces sites arrivent à écouler un volume suffisant de ventes pour réaliser des bénéfices. «Pour l’instant, non», répond Kamal Reggad. Son investisseur principal, Invest Holding, «sait que c’est une aventure sur le long terme».  Du côté de My Deal, on consent seulement à révéler que le chiffre d’affaires double chaque mois. Pour le mois de mars, il a été multiplié par quatre. «Nous sommes confiants», assure Mme Rkha. Sous d’autres cieux, en Novembre 2010, Google aurait offert 5,3 milliards de dollars pour acquérir Groupon. Un rêve certainement caressé par nos boîtes locales.