Moukawalati : à  peine 4% des dossiers aboutissent à  des créations d’entreprises

14 300 demandes ont été déposées par des porteurs de projets, moins de 600
ont débouché sur des créations

Pour l’Anapec, il y a un manque de communication

Du côté du ministère de l’emploi, on évoque un manque d’implication de la part
des banques.

Décidément, et au vu des résultats du programme Initiatives emploi, l’entreprenariat n’a pas la cote chez le Marocain qui penche nettement pour le statut de salarié. Moukawalati, l’un des trois volets du programme (à  côté de Idmaj et Ta’hil) destiné à  inciter et accompagner les jeunes dans la création de leur entreprise, piétine. Il semble en effet que le gouvernement a surestimé sa force de frappe, ou n’était pas conscient des difficultés de l’environnement en se fixant un objectif très ambitieux lequel, rappelons-le, portait sur la création, à  fin 2008, de quelque 30 000 très petites entreprises (TPE) devant générer 90 000 emplois. Un objectif qui semble utopique au vu des résultats atteints au bout de deux ans. En effet, et à  fin décembre 2007, 586 petites entreprises ayant profité de ce programme ont pu démarrer effectivement leur activité pour un nombre d’emplois créés qui n’excède guère 1 200. C’est d’ailleurs sur la base de ce constat (déjà  fait par La Vie éco, il y a quelques mois, cf. lavieeco.com) que le gouvernement a décidé, il y a quelques jours, d’opérer une réforme du système partant des différents obstacles qui freinent la création des TPE. Hafid Kamal, DG de l’Anapec, reconnaà®t volontiers le gap : «Nous n’avons pas atteint nos objectifs qui étaient au départ trop ambitieux, mais, on peut dire aussi qu’aujourd’hui, il existe un dispositif lisible pour les jeunes qui veulent créer leur entreprise avec 105 guichets Moukawalati. Autrement dit, le jeune qui veut lancer son affaire a désormais une adresse, un interlocuteur, un soutien et, surtout, une formation».

70% des dossiers à  la BCP et chez Attijariwafa bank
Encore faut-il qu’entre intention et création le taux de réussite soit suffisamment encourageant. Là  encore, ça coince. Entre les 14 284 candidats qui ont manifesté un intérêt pour le programme et ceux qui ont pu faire aboutir leur projet, soit donc 586, il y a un écart qui appelle forcément des explications. Celles-ci sont claires si l’on considère les différentes étapes du «parcours Moukawalati». A l’Anapec, on ne passe pas sous silence les difficultés rencontrées par le programme : crédibilité insuffisante, déficit de la culture entreprenariale, difficulté d’accès aux locaux, traitement des dossiers au niveau des banques… Et pour finir, estime Hafid Kamal, «nous n’avons pas su non plus communiquer sur ce qui a bien marché, les exemples de réussite».

Une analyse d’ailleurs partagée au niveau du ministère de l’emploi et de la formation professionnelle, même si l’irritation envers les banques y transparaà®t plus franchement. Tout en soulignant que la création d’entreprise «n’est pas une science exacte», un haut responsable de ce département ne se prive pas de pointer du doigt les banques. «Nous avons donné beaucoup de choses aux banques et nous n’avons rien eu en retour. Même le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) n’a pas vraiment joué le jeu», se plaint-il. Assurément, car au niveau du financement des projets, les banques sont partagées en deux catégories : celles qui affichent un intérêt pour Moukawalati et celles qui ignorent ce créneau, sans doute pour des raisons de rentabilité aléatoire. Dans ces conditions, l’on n’est pas étonné que ce soient les banques les plus puissantes – et à  capitaux marocains – qui jouent le jeu. A elles seules, la BCP et Attijariwafa bank totalisent 69% des dossiers déposés, la première par vocation et la seconde parce qu’elle était la première à  se placer sur ce créneau en créant un département PME-PMI. BMCE Bank et le Crédit Agricole ont hérité respectivement de 10% et de 12% des dossiers. Les filiales de banques étrangères (BMCI, Crédit du Maroc et Société générale) totalisent, elles, à  peine 9% des dossiers. La solution, pour ce responsable, serait de créer une banque solidaire dédiée aux petits projets.

Reste que la timidité des banques ne relève pas du hasard. L’opération «Crédit jeunes promoteurs» a laissé des traces qu’il sera difficile d’effacer.