Moins de fraises exportées, le marché intérieur sauve les meubles

La production a reculé de 10 à 15%, suivant en cela la réduction des superficies exploitées
Les ventes en Europe en baisse de 14%
Le surgelé, moins rémunérateur, absorbe 45% de la production.

Les producteurs de fraises ne sont pas au mieux de leur forme. Selon Mohamed Al Amouri, président de l’Amcef (Association marocaine des conditionneurs et exportateurs de fraises), la production ne devrait atteindre que 100 000 tonnes, contre 110 000 à 115 000 t l’année d’avant. La principale explication réside dans la réduction des superficies exploitées, «passées de 2 800 à 2500 ha d’une campagne à l’autre», fait noter Allal Chibane de la DPV (Direction de la production végétale du ministère de l’agriculture). Suivant cette tendance, les exportations, au 4 mars, ont reculé à 14 % par rapport à la dernière campagne, à 9 146 t, selon l’EACCE (Etablissement autonome de contrôle et de coordination des exportations).

Apparemment, les difficultés des deux dernières saisons, engendrées par l’invasion des marchés européens par des produits chinois, ne sont pas étrangères à cette tiédeur. Pourtant, des mesures préventives européennes laissaient présager une amélioration notable pour cette année. Ainsi, le prix moyen payé au producteur pour le frais est de 8 à 9 DH/kg contre 7 à 8 DH les deux dernières campagnes et, pour le surgelé, il est de 4,50 à 5 DH/kg, contre 2 à 2,50 DH.

Sur le marché intérieur, entre novembre 2006 et mars 2007, les étiquettes se sont fixées à un niveau assez proche de celui de la dernière campagne, soit 5 à 6 DH la barquette de 250 g ou 20 à 24 DH/kg. Avec l’arrivée du vrac (arrêt des exportations de frais), elles sont même ramenées à 10 DH/kg et risquent de nouvelles corrections. Toujours est-il que des producteurs affirment que, pour certaines années, le marché local, qui absorbe en moyenne le quart de la production, est plus intéressant que le surgelé destiné à l’export (45 %).

Si le secteur en est arrivé là, c’est que les handicaps sont nombreux. «L’infrastructure de transport adaptée est inexistante et le Maroc reste dépendant des camionneurs espagnols», déplore M. Al Amouri. Autre entrave de taille, les intrants et les plants sont totalement importés d’Europe. Pour cette année, la facture des plants a été arrêtée à 122 MDH. Certains exploitants, notamment petits (moins de 5 ha) pensent à se diversifier dans d’autres espèces (framboises, myrtilles et mûres).

A 10 DH le kilo, le prix devrait encore baisser
Le président de l’Amcef continue cependant d’y croire. Il en veut pour preuve les délocalisations de l’Europe vers le Maroc. Il indique que les conditions sont réunies (climat adéquat, terre sableuse, disponibilité de l’eau…) et que les producteurs se sont rapidement adaptés aux techniques culturales et arrivent à récolter 40 à 45 t/ha de fraises répondant aux normes internationales. Il estime que, rien qu’avec des prix moyens, la culture est rentable : le bénéfice peut atteindre 30 000 à 80 000 DH/ha. Soulignons à ce propos qu’avec un CA de l’ordre d’un milliard de DH, dont 90 % à l’export, le secteur constitue une source de revenus relativement intéressante.