Mohamed Kabbaj : plus de 3 000 ha seront ouverts à  l’urbanisation à  Casa

Benchmarking lancé avec d’autres
villes pour identifier les niches
de compétitivité.
Plan de déplacement urbain : l’étude sera achevée
en juin 2006.
Tramway : le concept, bien adapté à  la ville, n’est pas
abandonné.
Pollution : la multiplication des stations de mesure envisagée.

La Vie éco : Très souvent, la nomination d’un nouveau wali apporte son lot de nouveautés. Les acteurs économiques de la ville et les habitants s’attendent à  des mesures spectaculaires…
Mohamed Kabbaj : Dans le cas de la Wilaya de Casablanca, mon premier souci a été de m’attaquer à  ces petits détails qui gênent la vie quotidienne des Casablancais. En un mot, de simplifier leurs démarches. Je citerai à  ce titre la réduction du nombre de pièces exigées pour obtenir des documents administratifs, la suppression, dans le cadre du commerce, de l’autorisation d’exercer quand le type d’activité ne le justifie pas, ou encore la mise en place du guichet unique de l’Habitat qui ouvrira ses portes au début de l’année prochaine. Il est aussi important de créer les conditions adéquates pour un bon fonctionnement de l’existant que de réfléchir à  une planification ou à  un changement, car il y a beaucoup d’initiatives qui se manifestent. Certaines aboutissent à  de petits projets, d’autres pourraient donner lieu à  la création d’activités économiques non négligeables.

Hormis cela, nous nous sommes attaqués aux problèmes de fond concernant la population, et notamment la signature du programme «Ville sans bidonvilles». Il y a 400 bidonvilles à  Casablanca et 80 000 ménages qui y vivent. Nous avons également entamé un programme pour achever la connexion au réseau d’eau potable et d’assainissement pour 780 000 personnes d’ici 3 ans. Enfin, il y a également le programme de 700 MDH lancé par le Conseil de la ville en partenariat avec le ministère de l’Equipement et la Région afin d’élargir les voies pénétrantes ou d’en créer de nouvelles. Il y a donc des programmes qui se mettent en place pour faire face aux besoins.

Si vous aviez à  lister les grands problèmes de Casablanca…
Il y a un problème essentiel. Casablanca doit se repositionner, d’abord à  l’échelle du Maroc et ensuite à  l’échelle internationale. Casablanca, poumon économique du Maroc, n’a pas d’image et pas réellement de spécificité, contrairement à  des villes comme Londres, Madrid, New York, ou encore Paris. De là  une certaine stagnation économique, et donc des problèmes sociaux liés à  l’emploi, au logement, aux conditions de vie… Les administrations et les collectivités n’ayant pas de moyens, la gestion de la ville s’en ressent et l’entretien des infrastructures existantes laisse à  désirer. Il faut attaquer ces problèmes simultanément pour, à  la fois, faire face aux besoins de la population, et, en même temps, faire redémarrer l’économie. Aujourd’hui, l’investisseur qui arrive au Maroc raisonne à  l’échelle du monde et non pas du pays. Quand il s’adresse à  nous, il a déjà  en tête plusieurs scénarios d’installation, dont celui de s’implanter dans des villes auparavant inconnues sur le plan économique. Hormis les facteurs de production et les avantages réglementaires, et notamment fiscaux, l’investisseur aura aujourd’hui un souci lié à  la sécurité, aux conditions de vie de ses cadres expatriés, à  la stabilité du pays. C’est tout cela qui détermine son choix. C’est aussi la réactivité des acteurs de la ville qui peut être déterminante en dernier lieu.

Casablanca est-elle compétitive ?
Vous ne pouvez être compétitif dans tout. Il faut définir les domaines dans lesquels elle est le mieux placée. Nous avons lancé un benchmarking avec d’autres villes pour justement voir quelles sont les niches, les créneaux o๠nous avons une chance.

Quels seraient alors ces atouts ?
De manière globale, ce sont la proximité géographique, les ressources humaines, qu’il faudra toutefois former, et la langue [le français, ndlr]. Mais il faut faire en sorte de gommer nos insuffisances en améliorant nos infrastructures routières et portuaires et en formant les gens, par exemple. Par ailleurs, nous nous sommes penchés sur le programme Emergence, élaboré par le gouvernement, pour voir quels seraient, parmi les futurs métiers mondiaux du Maroc, ceux sur lesquels nous pourrions être en bonne position. En premier lieu, il y a l’offshoring, puis la sous-traitance aéronautique et ensuite l’automobile. Ensuite, nous sommes allés voir des grands groupes pour connaà®tre les prérequis qui les inciteraient à  s’installer à  Casablanca. Tout cela sera finalisé début 2006. Maintenant, ce qui est important, c’est de mettre la stratégie en Å“uvre le plus vite possible, sinon elle sera caduque.

En dehors de la stagnation économique que vous évoquiez, la métropole souffre de nombreux problèmes. Les grandes artères constamment engorgées, une circulation de plus en plus difficile,…
Les problèmes de circulation sont multiples et doivent être appréhendées sous leurs divers aspects : transport en commun, aménagement d’infrastructures, signalisation, coordination des feux, sens de circulation, aménagement des carrefours… Une étude approfondie devant fixer le plan de déplacement urbain (PDU) a été lancée il y a un an. Elle sera achevée d’ici à  la mi-juin. Mais à  la fin du premier trimestre, nous aurons déjà  une idée sur les grands chantiers à  lancer.

L’idée du tramway est maintenue ?
Sans aucun doute. Il est impensable qu’une ville comme Casablanca continue à  se développer sans un transport de masse, faute de quoi elle suffoquera. Le tramway paraà®t être la solution la plus adaptée.

Et les grands taxis ? Vos prédécesseurs se sont penchés sur les problèmes qu’ils posent sans que rien ne change…
Vous voyez les grands taxis comme un problème, en oubliant qu’ils rendent d’énormes services à  la population casablancaise. Le réseau d’autobus n’irrigue pas toute la ville et, heureusement, les grands taxis occupent ce créneau. Certes ils occasionnent une gêne mais ce n’est pas une raison pour les supprimer. Les services de la wilaya ont tenu plusieurs réunions avec leurs représentants pour mieux organiser le métier et déterminer les contraintes auxquelles ils doivent se plier…

Il n’y a pas que la circulation. Parlons de la pollution. Selon le corps médical, il y a une recrudescence des pathologies du système respiratoire (allergies, asthme…) en rapport avec la qualité de l’air…
Nous avons tenu plusieurs réunions avec les services concernés sur ce sujet. Actuellement, trois stations de mesure de la pollution existent à  Casablanca, qui se contentent d’enregistrer des chiffres sans les exploiter. J’ai saisi le ministre de l’Environnement, il y a quelques jours, pour demander une augmentation du nombre de stations et suggérer de modifier leur système de gestion. Certaines sont gérées par la Météorologie nationale [dépendant du ministère de l’Equipement et du transport, ndlr], d’autres par l’Environnement. Il faut une coordination à  ce niveau.

Mais Casablanca est-elle, par exemple, plus polluée que Paris ?
Je ne crois pas. Je reçois, une fois par mois, un rapport sur les mesures de pollution. La plupart du temps, nous sommes dans les normes, du moins en tenant compte des mesures des trois stations. Il faudrait justement en augmenter le nombre pour pouvoir détecter plus rapidement les pics et activer des seuils d’alerte en fonction des polluants. S’agit-il de soufre, de dioxyde de carbone ? A partir de là , on pourra agir.

Est-il envisageable, comme dans d’autres pays, d’imposer des restrictions à  la circulation en cas de pic de pollution ?
Parfaitement. Mais il faudra attendre pour cela d’avoir un système de transport en commun plus efficace pour ne pas bloquer la ville.

Autre problème, celui de la criminalité. Casablanca est-elle une ville sûre ?
Quand on la compare à  certaines villes européennes, on peut dire que oui.

Certains pensent que le wali de Casablanca s’occupe de dossiers qui, en fait, relèvent de la compétence des élus de la ville et à  leur tête le maire. Que leur répondez-vous ?
Le wali est responsable de la coordination entre différents services et, à  ce titre, je pense qu’il intervient dans l’approbation des différentes décisions qui se prennent au niveau de la ville. Le wali a son mot à  dire sur la vision et les objectifs globaux qui font appel à  un certain nombre d’administrations placées sous sa responsabilité. Je n’interviens pas dans la réalisation. On ne peut pas dire que c’est une intervention dans les affaires de la commune.

En somme, vous donnez votre avis ou votre aval ?
Les deux à  la fois, mais le dernier mot revient aux élus. De toutes les façons, il ne s’agit pas d’un rapport de force. C’est une coordination entre acteurs de la ville qui existe et qui est nécessaire.

Les actions s’articulent-elles bien entre Mohamed Sajid et vous ?
Il n’est pas dans mes habitudes d’intervenir dans les prérogatives des autres, je suis très respectueux des responsabilités de chacun. J’aime que la responsabilité soit assumée. Mon seul souci est qu’elle le soit réellement. Qu’auriez-vous pensé si, à  votre question sur la pollution, j’avais répondu : «C’est la responsabilité de la ville» ? Le wali a une obligation de résultat, tout en évitant d’empiéter sur les pouvoirs des acteurs locaux. C’est un équilibre assez difficile, je dois le reconnaà®tre. Dans ce travail-là , on doit fonctionner en bonne entente et le respect mutuel est essentiel.

Dans les zones industrielles, des opérateurs se plaignent de problèmes multiples. Taxe d’édilité appliquée même si le ramassage des déchets ne se fait pas, limitation à  20 m de la hauteur des bâtiments alors que des dérogations sont accordées, voiries mal entretenues…
J’invite les opérateurs à  se regrouper et désigner leurs représentants pour en discuter. L’expérience tentée avec l’une des zones a été concluante, débouchant sur un programme conjoint pour venir à  bout des difficultés. La porte de la wilaya est ouverte. Quant à  la hauteur des bâtiments, je dois reconnaà®tre que les règles d’urbanisme s’appliquant aux zones industrielles sont archaà¯ques. Nous mettons les bouchées doubles pour arrêter de nouvelles méthodes d’appréciation des projets.

Casablanca manque cruellement de foncier. Il était question, il y a trois ans, de l’ouverture de nouvelles zones à  l’urbanisme. De 3 000 ha on est passé ensuite à  330 ha et, depuis, on attend…
Il y aura ouverture d’un certain nombre de zones à  l’urbanisation. Davantage que les 3 000 ha que vous évoquez. Il y aura une extension importante de la ville. Nous aurons également de nouvelles règles d’urbanisme, plus souples.

Que fera-t-on des 340 ha qui constituaient l’aéroport de Casa-Anfa ?
Les entreprises installées sur le site ont six mois pour relocaliser leurs activités. Ensuite, nous lancerons des concours d’idées pour les projets qui doivent y être implantés. C’est l’occasion rêvée de doter Casablanca d’un site urbanistique hors du commun, de lui donner une autre dimension. Un peu comme Londres a transformé ses anciens docks en cité d’affaires ultra moderne.

Mais encore, inclura-t-on des logements, des bureaux, des parcs…
Un peu de tout. Des espaces verts, du logement diversifié (social, haut et moyen standing) et des lieux de travail. L’important est l’originalité. Selon les instructions royales, une agence sera chargée de gérer le projet, un peu à  l’image de ce que l’on fait pour Tanger-Med ou les rives du Bouregreg.

Vous parlez d’espaces verts, Casablanca en manque cruellement. Quelle est la superficie d’espaces verts par habitant ?
Elle est très très faible : 2m2 par habitant. Les villes les plus agréables en possèdent 40 m2. Paris a un ratio de 20 m2. On considère que 15 m2 par habitant est un minimum. Casablanca reste bien en deçà .

Solution…
D’abord entretenir ce qui existe. Les parcs étaient soit fermés pour cause de dégradation, soit transformés en dépotoirs, soient squattés par des bidonvilles. La ville a sous-traité à  cinq sociétés la réhabilitation et l’entretien des parcs. Deuxième action, nous sommes en train de localiser des espaces qui se prêteraient à  devenir des parcs. Il y a notamment d’anciennes carrières à  l’abandon.

mohamed kabbaj Wali de Casablanca
Nous allons lancer des concours d’idées pour les projets qui seront implantés sur le terrain de l’aéroport d’Anfa. C’est l’occasion rêvée de doter Casa d’un site hors du commun, un symbole de la ville.