Mohamed Ali Hodeib DG opérationnel d’Averda : «Pour nous, le Maroc est un marché-clé»

Liban, Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, Oman, Qatar, Angola, Gabon, Royaume-Uni et Irlande, Averda est présente dans plusieurs autres pays. Egalement présent à  Rabat, Nador et Berkane, le groupe emploie 3 000 personnes au Maroc dont 2 200 à  Casablanca. Plus de 400 MDH déjà  investis depuis 2012.

Société relativement peu connue au Maroc, Averda a remporté un marché de collecte des ordures à Casablanca, après Nador et Rabat. Qui est-elle exactement ?

Depuis plus de 35 ans, «averda» opère en tant que fournisseur international de solutions environnementales, spécialisé dans la gestion des déchets et le nettoiement des villes. La large palette de services que propose la société nous permet de répondre à un grand nombre de besoins sur différents marchés, en matière d’environnement durable (nettoiement, collecte, tri, recyclage, compostage, traitement thermique, énergie alternative, enfouissement)  Déterminé à transformer le secteur, averda propose des solutions durables pour récupérer les ressources valables et recyclables comme le papier, le métal et l’eau avec un coût  modéré.

Elle se positionne au premier plan en termes d’innovation technologique pour développer des villes durables et intelligentes, dans lesquelles la gestion intégrée des déchets renforcerait l’industrie sociale. A travers son large réseau de représentants, du Liban à l’Arabie Saoudite, en passant par les Emirats Arabes Unis, Oman, Qatar, Maroc, Angola, Gabon, Royaume-Uni ou encore l’Irlande, le groupe répond aux besoins de gestion des déchets de millions de personnes et emploie plus de 10000 personnes.

Depuis quand est-il présent au Maroc ?

averda s’est installé au Maroc en 2010, mais nos activités ont débuté en mai 2012.  Nous avons commencé le 1er juin 2012 à collecter les déchets de Nador. Quand nous avons commencé à étudier le marché marocain, cette ville était en effet l’une des offres auxquelles nous pouvions postuler. Nous avons donc soumissionné. Aujourd’hui, averda emploie 3 000 personnes au Maroc, dont 2 200 à Casablanca. Nous poursuivons le recrutement de compétences locales pour accompagner le développement de nos opérations et réfléchissons à installer au Maroc notre représentation pour l’Afrique car nous espérons nous développer sur d’autres marchés sur le continent.

Comment avez-vous préparé cette entrée sur le marché marocain ?

Nous avons bien sûr fait des études de marché. Au départ, nous pensions acquérir une société déjà présente au Maroc pour démarrer avec une part de marché. Cela ne s’est pas fait car nous n’en avons pas trouvé. Après avoir finalisé les études de marché et constaté les difficultés de ce secteur à l’époque, nous avons finalement préféré commencer notre activité de zéro.

Quel regard portez-vous sur vos débuts au Maroc ?

La situation n’a pas toujours été facile car le contexte était alors catastrophique. A Nador, par exemple, nous fûmes reçus par une grève de 7 jours : la ville croulait sous les déchets. En moins d’une semaine, nous avons réussi à rendre les choses acceptables. En moins de 6 mois, nous avons rénové le parc et les équipements, et introduit un système GPS pour le suivi de notre flotte.

A Rabat, pendant les 5 premiers mois, nous gérions toutes les opérations sur un des terrains de foot de Yaacoub El Mansour en attendant la réception de tout notre équipement. Nous avons ensuite eu un terrain et avons pu y installer notre parc. Nous avons beaucoup investi pour Rabat alors même que notre contrat ne dure que 2 ans [ndlr : après la reprise du contrat de Veolia]. C’est un risque à prendre en termes d’investissement mais nous voulons conserver notre image de qualité de service égale partout où nous sommes. Vous pouvez maintenant visiter les villes où averda opère et vous constaterez vous-mêmes la différence.

Le montant de vos investissements au Maroc ?

Depuis le début, et sans compter le marché de Casablanca, nous avons investi plus de 100 MDH. A Casablanca, nous dépassons les 300 MDH. Pour nous, jusqu’à maintenant, ce n’est que de l’investissement.

C’est-à-dire que le retour sur investissement se fera attendre?

Pour un projet de 7 ans, il est possible d’avoir une idée sur la performance de ces sept années dès la première année. Dans l’absolu, les entreprises observent un retour sur investissement de près de 5% durant les deux dernières années de leur contrat. Au Maroc, nous pouvons déjà prévoir que nos marchés actuels ne nous apporteront pas, ou très peu, de bénéfices.

Une fois le contrat signé avec la commune concernée, les sociétés se trouvent confrontées aux demandes des syndicats, estimées à 10% en plus du montant du contrat. Il faut également prendre en compte la constitution du parc de départ. Tout cela sans compter les délais de paiement parfois très longs des communes. Que ce soit à Berkane ou à Nador par exemple, nous avons connu des délais de plusieurs mois. Nous comprenons les difficultés de paiement par lesquelles passent parfois les collectivités locales.

Quelle est la valeur ajoutée d’Averda dans ce secteur?

Outre les engagements imposés par les cahiers des charges, nous avons introduit plusieurs nouveautés, tel que le suivi des conteneurs à Rabat. Chaque camion est en effet équipé d’un dispositif qui vérifie que chaque conteneur est vidé, lavé et réparé en cas de besoin. Pour chaque ville, nous avons une équipe dédiée à la réparation, au lavage et à la maintenance générale de la flotte et de nos conteneurs.

Comme autres nouveautés, nous avons introduit des triporteurs équipés de bacs à Nador puis à Berkane, là où la collecte se fait en porte à porte. Idem à Rabat où nous avons équipé nos balayeurs de vélos qui peuvent contenir leur matériel de balayage. A Rabat toujours, nous avons mis en place des bennes spéciales, Ros Roca, et ceci est une première au Maroc. C’est clair que nous avons fait une différence. Les expériences de Nador et Berkane nous ont beaucoup appris sur la gestion déléguée des déchets au Maroc. Sur place, les élus ont pu constater notre façon de faire. Malgré la difficulté du secteur, nous y arrivons.

Que pèse le Maroc dans l’activité globale du groupe ?

Très peu pour l’instant. En termes de chiffre d’affaires, ce sont le Liban et les pays du Golfe qui pèsent le plus dans notre activité. Cela prendra du temps pour que le Maroc prenne plus de poids. Au Liban, nous collectons, trions, recyclons et compostons depuis 1997 pour près de la moitié de la population du pays, soit environ 3 500 tonnes /jour. La décharge que nous gérons à Beyrouth est l’une des plus évoluées au monde : elle dispose de caméras et de capteurs, reliés par wifi, sur tout son terrain qui permettent de contrôler les odeurs, la quantité de lixiviation, etc. Néanmoins, le Maroc reste un marché-clé pour nous et nous espérons continuer d’y étendre notre présence tout en apportant notre savoir-faire dans le prochain futur.