Mimoune Dkhissi : le coach des ministres et top managers

Bardé de diplômes, ce coach hors du commun prépare les hauts
responsables à assumer leur mission.
Depuis ses débuts il a formé près de 3 000 dirigeants.

La cinquantaine bien portante, la stature frêle, presque sans défense, Mimoune Dkhissi n’en impose guère au premier abord. Son air sincèrement indulgent, sa disponibilité et sa grande capacité d’écoute plaident cependant en sa faveur. Et on a presque envie de l’encourager à prendre la parole tant on prend en sympathie le grand timide dont il donne la trompeuse impression. De là à penser que c’est lui qui coache les autres, il y a loin. Mais c’est lorsqu’il prend la parole, justement, que l’on mesure à quel point la première perception qu’on a eue du personnage était erronée. Même desservi par une voix plutôt fluette, il ne prend pas la peine d’utiliser le micro pour se faire entendre dans une grande salle où l’auditoire, d’abord incrédule, est soudainement accroché à sa voix.
Le secret de Mimoune Dkhissi ? Faire découvrir aux autres la force qui dort en eux. «La performance, la capacité de persuasion, l’ingéniosité, la créativité sont autant de constantes qui sont en chacun», affirme-t-il. Il s’agit simplement de faire prendre conscience, à chacun, qu’il a un trésor caché à portée de main.

Le coaching ? Une forme «d’exorcisme»
Les séances de travail et les séminaires avec les groupes ou avec les individus, continue Mimoune Dkhissi, ne sont que des «fouilles archéologiques» qui nous permettent de toucher du doigt ce qui semblait nous manquer mais qui, en fait, ne nous a jamais fait défaut. «Ce qui rassure, c’est qu’on peut vérifier que cela vaut pour les voisins de table. En fait, le travail de coaching est une forme «d’exorcisme» pratiqué sur la base de méthodes avérées, où les techniques d’organisation côtoient la psychologie et la sociologie. Le tout est de partir de la base que l’être humain en milieu de travail peut se valoriser en apportant de la valeur ajoutée. Il faut le mettre dans les conditions où il peut aimer ce qu’il fait dès qu’il y est impliqué», explique-t-il.
Mimoune Dkhissi qui, aujourd’hui, considère avoir une vie réussie, n’était pas prédestiné à faire ce genre de travail . Né en 1951 près de Boulemane, cet Amazigh qui, au moment de rejoindre l’école à Sefrou, ne parlait pas un traître mot d’arabe, a été un enfant turbulent. Après des études secondaires à Fès, il part pour Marseille où il fait des études supérieures d’économie, de finances, de marketing et d’audit. Quatre diplômes qui le rendront polyvalent. Après avoir exercé pendant 12 ans en tant que consultant auprès de multinationales en même temps qu’il enseignait à l’IAE d’Aix-En-Provence, il rentre au pays en 1984 pour accompagner la mutation de Wafabank, qui, à l’époque, s’appelait encore CMCB. Il restera au Maroc. En 1989, il fonde la filiale marocaine du cabinet suisse-allémanique Krauthammer (développement et valorisation du capital humain). Puis il crée, en parallèle, sa propre entreprise qui se positionne comme prestataire de services axés sur des méthodes éprouvées et brevetées.

Dix ministres formés en Tunisie

Commence alors une épopée hors du commun. Il accompagne des ministres fraîchement nommés à qui il fait découvrir le leadership ou les techniques de comportement. Son premier ministre/client ? «Il y a sept ou huit ans déjà», affirme-t-il. Depuis, et chaque année, un ou deux membres du gouvernement recourent régulièrement à ses services. Il y en a eu dans le gouvernement Youssoufi et également… celui de Jettou.

Mais cela ne s’arrête pas là. En Tunisie aussi, il a formé une dizaine de ministres pour le compte de Krauthammer.

Et les patrons ? Le même travail est effectué auprès des sociétés qui opèrent une restructuration et une redistribution des responsabilités ou encore pour faire adhérer des cadres à un projet ou à la culture d’entreprise. Les grands patrons font aussi appel à lui pour s’imprégner des techniques de négociation, développer leur leadership et leurs capacités à motiver les collaborateurs… En tout, une bonne centaine de fois, les top managers marocains ont eu recours à ses lumières.
Pour lui, l’entreprise nationale a encore du mal à considérer que ces techniques sont aussi indispensables que l’intégration des nouvelles technologies dans ses méthodes de gestion. Or, dit-il, l’homme est la richesse fondamentale de l’entreprise et il a beau avoir les technologies les plus récentes à son service, c’est lui qu’il faut préparer à relever les défis, à élaborer des stratégies ou encore à souscrire aux politiques de redéploiement de l’entreprise… Petite histoire : «Un jour, un opérateur télécoms étranger de renommée internationale recourt à mes services, avant de se séparer d’un haut cadre dont il jugeait la démarche à la fois rigide et improductive. Au bout de trois mois, à raison d’une heure à une heure et demie par semaine, il est non seulement revenu à de meilleures dispositions, mais il est devenu par la suite, un des plus grands dirigeants du groupe».
Il faut garder présent à l’esprit, assure Mimoune Dkhissi, que les moments de croissance de l’entreprise peuvent s’avérer des tournants plus dangereux que les moments de crise