Millenium Challenge Account : 420 millions de dollars engagés d’ici fin 2010

A ce jour, l’agence a engagé 355 millions de dollars et déboursé effectivement 100 millions.
Le projet de l’arboriculture, dont l’olivier, est le plus avancé. 62 000 hectares en cours de réalisation sur un objectif final de 120 000 ha.
L’Agence du partenariat pour le progrès, chargée de piloter le projet, fête ses 2 ans.

Depuis la signature de l’accord du Millennium Challenge Account (MCA), conclu le 31 août 2007 entre les gouvernements du Maroc et des Etats-Unis et qui prévoit l’octroi d’un don de 700 millions de dollars au Maroc, de l’eau a coulé sous les ponts. En 2010, l’Agence du partenariat pour le progrès (APP), créée un an après la signature pour mettre en œuvre et exécuter ce programme, a d’ailleurs donné un coup d’accélérateur à ses activités. Rappelons d’abord que le MCA consiste en un don américain, appelé aussi dans le jargon un Compact, d’environ 700 millions de dollars auquel s’ajoute une contribution marocaine d’une valeur de 300 millions de dollars soit en numéraire mais surtout en nature, à travers la fourniture de ressources et de foncier notamment. C’est donc bien 700 millions de dollars qui sont prévus pour l’aide au développement de six secteurs prédéfinis : l’amélioration de l’arboriculture fruitière, la modernisation de la pêche artisanale, la mise en valeur de l’artisanat et la réhabilitation de la médina à Fès, le soutien à l’alphabétisation fonctionnelle et la formation professionnelle, le développement du microcrédit et le soutien à la création d’entreprise.

Déjà 355 millions de dollars d’engagés, soit près de 51% du programme total

Avec un peu plus de 300 millions de dollars, le projet de l’arboriculture fruitière, dont essentiellement l’olivier, est le mieux loti du programme. 222 millions de dollars ont dores et déjà été engagés (contrats signés), soit près de 74% du montant global alloué au projet. Sur les 120 000 ha concernés par le projet, 62 000 font déjà l’objet de contrats de plantation et d’irrigation. «Aujourd’hui, les superficies totalement plantées ont atteint plus de 10 000 ha, soit 16,5% de la superficie engagée. Le projet vient d’entamer sa 3e année de mise en œuvre avec un rythme plus soutenu en matière de réalisations. L’année 2010 constitue pour nous l’année de croisière du projet», affirme ainsi Morad Abid, dg de l’APP. Concrètement, des entreprises sont choisies par voie d’appels d’offres pour planter des arbres fruitiers et les entretenir pendant 2 ans chez les agriculteurs. Le paiement intervient au bout de ces 2 ans, à condition que les arbres soient toujours en vie. Les agriculteurs bénéficiaires prennent ensuite le relais. Ils seront formés à la valorisation des arbres et la commercialisation sur les marchés national et international. En outre, 116 millions de dollars sont attribués au projet «Pêche artisanale». Le programme prévoit entre autres la transformation de 20 sites de débarquement en micro-pôles de développement. «Les études de faisabilité technique et environnementale des 20 sites concernés seront bientôt achevées. Nous avons commencé la phase étude par une tranche dite quick-start sur 4 sites dont 2 points de débarquement aménagés (PDA), un port et un marché de gros», précise M. Abid. Les travaux sur les deux PDA concernés, choisis à Tifnit et Salé, débuteront en novembre prochain. Quant à l’assistance technique et les équipements de transport en faveur des vendeurs de poissons ambulants, 150 marchands ambulants dans la ville d’Oujda ont bénéficié cet été d’une formation sur la qualité et l’hygiène des produits de la mer et la sécurité routière. Ils recevront leur équipement dans les prochaines semaines. A terme, 2 000 vendeurs devraient en bénéficier dans 13 régions.
Le projet «Artisanat et médina de Fès» bénéficie quant à lui d’un budget de 111 millions de dollars. Un concours architectural international de design a été lancé le 30 août dernier par l’APP en partenariat avec l’Agence pour le développement et la réhabilitation de la ville de Fès (ADER-Fès) pour la réhabilitation de la place Lalla Ydouna. Les résultats seront connus en mars 2011 et les travaux devront s’achever d’ici septembre 2013, date à laquelle le compact prend fin. Le projet prévoit également la formation technique des artisans potiers de Fès et Marrakech à l’utilisation des fours à gaz, l’utilisation de la matière première, le design et le marketing. Sur les 2 267 potiers recensés, 1 953 sont intéressés. «Leur formation commencera incessamment et s’achèvera au début de l’année prochaine», précise M. Abid. Le projet «Services financiers» est doté d’un budget global de 46,2 millions de dollars. Rappelons qu’un prêt de 25 millions de dollars a été accordé à Jaïda en mars 2009. L’étude portant sur les nécessités de transformation institutionnelle  des associations de microcrédit, tant attendue par le secteur, devrait être remise aux parties prenantes, dont Bank-Al-Maghrib et le ministère des finances, dans les prochaines semaines. Enfin, le projet «Soutien à l’entreprise», mis en œuvre avec l’Agence nationale pour la promotion de la petite et moyenne entreprise (ANPME), l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT), les Chambres de commerce, d’industrie et de services, et le Comité national de l’Initiative nationale pour le développement humain (CN INDH), bénéficie de près de 34 millions de dollars. En vertu de ce projet, les partenaires de l’APP ont bénéficié de 160 sessions de formation, sur les 195 prévues. Au total, 355 millions de dollars ont déjà été engagés depuis les débuts de l’APP et ce chiffre devrait atteindre les 420 millions de dollars d’ici à la fin de l’année.

La réalité du terrain a entraîné des recadrages sur le papier

Entre la signature et le lancement des chantiers, plusieurs changements sont intervenus. La crise économique et financière est passée par là, provoquant ainsi l’augmentation des prix des matières premières. De la même manière, la réalité du terrain a apporté son lot de surprises à l’image de terrains disponibles en 2007 qui ne l’étaient plus en 2009. Des ajustements ont en conséquence été apportés dans quasiment tous les projets. 21 autres pays sont concernés par le Millenium Challenge Account. «Le projet marocain est un des plus complexes parce qu’il concerne différents secteurs. Toutefois, nous restons confiants que les fonds seront dépensés dans les 3 ans qui restent», explique M. Abid. Alors que le Cap-Vert, bénéficiaire du MCC depuis 2005, a obtenu en décembre 2009 un deuxième compact, le Maroc n’exclut pas une telle possibilité. La question fait d’ores et déjà partie des sujets de discussions lors des réunions à Washington.