Microcrédit : l’activité se maintient malgré une première moitié de l’année 2018 difficile

L’encours à fin juin 2018 est de 6,9 milliards de DH, en hausse de 3%. Le portefeuille à risque 30 j a augmenté d’un point par rapport à 2017. Le projet d’amendement de la loi sur le microcrédit, toujours dans le circuit d’approbation, permettra aux associations, après transformation de leurs statuts, d’accéder à plus de moyens de financement.

«Nous espérons que le projet d’amendement de la loi régissant le microcrédit sera adopté le plus tôt possible. Les réunions entre les représentants de Bank Al-Maghrib et ceux du ministère des finances ont connu une accélération ces derniers mois pour concevoir la mouture du projet. Le processus d’adoption au niveau du Secrétariat général du gouvernement et des deux Chambres des représentants et des conseillers est enclenché, mais on ne maîtrise pas les délais. C’est un projet de loi qu’on attendait en 2018 mais qui sera sûrement prêt en 2019», déclare Mohammed Elmazouri, délégué général de la Fédération nationale des associations de microcrédit (FNAM). L’amendement de cette loi, tant attendue par certaines associations de microcrédit (détenant un statut à but non lucratif), permettra de développer le secteur, en facilitant à ces associations ou du moins à celles qui le souhaitent et en ont les capacités, de changer de statut pour se transformer en sociétés de financement. «Elles pourront dès lors accéder aux sources de financement, notamment par l’accès à la collecte de dépôts et le transfert d’épargne directement, mais aussi à l’accès aux emprunts, à l’augmentation de capital ou à une introduction en bourse…», explique-t-il.

«Pour le moment, les associations empruntent les fonds nécessaires de la banque centrale à un taux situé entre 5 et 7%. L’objectif est d’augmenter le plafond des crédits (limité à 50000 DH) et de pouvoir financer des TPE et jouir de fonds de garantie», explique-t-il.

Le taux de rentabilité des projets peut dépasser 100%

A ce jour, 13 associations de microcrédit se partagent un marché dont l’encours à fin juin 2018 est de 6,948 milliards de dirhams. Trois associations, en l’occurrence Al Amana, Al Baraka et Attawfiq (filiale de la Banque populaire), octroient à elles seules 92% des prêts. Elles seraient logiquement plus enclines à un changement de statut. Mais pour le délégué général de la FNAM, toutes les 13 associations ont leur importance dans le secteur. «Certaines ont un maillage national et d’autres une présence régionale ou rurale ancrée. Chacune d’entre elles joue son rôle dans le marché», commente-t-il.

Selon la FNAM, le réseau national est constitué de 1650 agences à fin juin 2018 (en hausse de 2%) dont 150 agences mobiles. Elles emploient 7485 personnes (en croissance de 3%) qui desservent 942 089 clients.

L’utilité de ce système de financement en matière d’inclusion économique et sociale des populations les moins favorisées ne se discute plus. Toutefois, d’aucuns jugent le taux d’intérêt élevé, trop même pour les plus critiques. Ce taux (appelé aussi coût d’inclusion) est de 2% par mois, soit 24% par an. Il est justifié par le manque de garanties de l’emprunteur (non bancarisé et ne disposant pas d’hypothèque) et le taux de rentabilité immédiat des projets qui peut avoisiner 200% en cas de succès. «En outre, le secteur du microcrédit nécessite un personnel plus important que la finance classique. Et pour cause, l’équipe de prospection qui réalise l’enquête de moralité du client diffère de celle qui effectue l’instruction du dossier et de celle qui débloque les montants en cas d’autorisation», détaille M. Elmazouri qui souligne que 40% des prêts sont octroyés dans le monde rural. Dans cette partie du pays, 30% des engagements vont aux zones enclavées.

Le prêt moyen est de 9000 DH

Durant les six premiers mois de l’année, le PAR 30j (portefeuille à risque 30 jours) a augmenté. D’après la FNAM, il est estimé à 5,29%, en hausse de plus d’un point par rapport à la même période de 2017 où il ne dépassait pas 4,22%. «L’année 2018 a été très difficile. Malgré une bonne saison agricole, elle a été impactée par la baisse d’activité en 2016, année marquée par la sécheresse. Nous remarquons ce phénomène souvent dans le secteur de la microfinance où l’impact d’une mauvaise année agricole ne se ressent qu’un an, voire un an et demi plus tard», déclare le délégué de la FNAM.

Le prêt moyen est, pour sa part, estimé à 9 000 DH. Quant à la maturité moyenne, elle est de 18 mois. «Mais cela ne reflète pas exactement le marché. Nous avons des clients qui arrivent au 10e, voire au 14e cycle (crédit). Au fur et à mesure de notre collaboration, la confiance s’installe», se félicite le représentant de la FNAM.

Parmi les 942 089 clients, on compte 18% de jeunes (âgés de 18 à 35 ans) et 45% de femmes. En somme, 52% des projets financés le sont dans le secteur du commerce, 18% dans l’artisanat et 10 à 12% dans l’agriculture, notamment l’élevage de bétail. Le reste concerne les métiers de services.