Microcrédit : 3.2 millions de bénéficiaires attendus à  l’horizon 2020

L’encours du microcrédit devrait être multiplié par 5, à  25 milliards de DH. Sur les 20 dernières années, le montant des crédits accordés s’élève à  40 milliards de DH. Les associations de microcrédit pourront devenir des établissements de crédit agréés par Bank Al-Maghrib.

Le Maroc est souvent décrit comme un exemple de réussite du microcrédit en Afrique et au Moyen-Orient. Pour mieux développer cette activité considérée comme un moyen de réduire la pauvreté et l’exclusion du circuit financier des populations défavorisées, tel que l’a souligné Zoulikha Nasri, conseillère de SM le Roi, il vient de se doter d’une stratégie nationale à l’horizon 2020, dont les axes principaux ont été présentés lors du Symposium international de la microfinance au Maroc organisé jeudi 11 et vendredi 12 octobre à Skhirat, par la Fédération nationale des associations de microcrédit (Fnam) et le Centre Mohammed VI de soutien à la microfinance solidaire (CMS).

Le but de la stratégie est de servir 3,2 millions de bénéficiaires contre 800 000 actuellement et de créer 2 millions d’emplois à temps partiel additionnels à l’horizon 2020. Ces objectifs ont été annoncés par Tarik Sijilmassi, président de la Fnam et du Crédit agricole du Maroc. Pour sa part, le ministre délégué auprès du ministre de l’économie et des finances chargé du budget, Driss Azami, a affirmé que «les pouvoirs publics au Maroc ont constamment accompagné le développement de ce secteur».

Le ministre a évoqué l’élargissement du champ d’activités des associations de microcrédit, la mise en place d’incitations fiscales en faveur des donateurs et des associations à but non lucratif, le développement des ressources financières et le renforcement du cadre de la supervision. Il a aussi rappelé qu’un «projet de loi relatif au microcrédit est actuellement en cours d’examen».

4,5 millions de personnes ont bénéficié du microcrédit en 20 ans

Le président de la Fnam précise pour sa part que ce projet de loi modifiant et complétant la loi 18-97 relative au microcrédit prévoit la possibilité pour les associations de microcrédit qui le désirent de changer de statut juridique et devenir des établissements de crédit agréés par Bank Al-Maghrib, ce qui leur permettra une plus grande facilité dans leurs levées de fonds, tout en restant des structures à but non lucratif. Ainsi, le secteur pourra évoluer vers des pratiques financières plus efficaces, notamment par l’intégration complète dans le paysage financier du pays et la diversification des services offerts (assurances, relation avec les banques…).

Selon M. Sijilmassi, les priorités de la Fnam pour les dix années à venir est de développer une offre d’accompagnement des micro-entrepreneurs dans le cadre des programmes gouvernementaux appuyés par l’Etat et en coordination avec les politiques sectorielles et de diversifier l’offre des produits (micro-assurance, transferts d’argent, cartes prépayées…), cibler l’offre afin de maximiser l’impact en termes de création d’emplois, étendre les réseaux de distribution sur tout le territoire national…
L’encours de crédits passera de 5 milliards de DH actuellement à 25 milliards de DH, soit 1,8% du PIB. Il s’agit aussi d’assurer une rentabilité des AMC estimée à 17%. Les bailleurs de fonds, aussi bien nationaux qu’internationaux, pourront bénéficier de facilités de la part du gouvernement, dont des exonérations et des incitations fiscales, aussi bien aux associations de microcrédit et aux bénéficiaires.

La crise des impayés de 2008 est dépassée

Si la microfinance a tant d’objectifs, c’est que ce secteur a réussi à développer l’économie solidaire au Maroc. Les prêts distribués, depuis le démarrage des microcrédits, ont bénéficié à 55,3% aux femmes et à 46,9% pour les tranches d’âge situées entre 30 et 49 ans, d’après une étude du CMS. «Sur les 20 dernières années, plus de 40 milliards de dirhams de microcrédits ont été accordés à 4,5 millions de personnes, ce qui leur a permis de créer une activité génératrice de revenus», a précisé M. Sijilmassi. Le bilan, ont rappelé les participants à la conférence, est globalement positif pour le microcrédit. Le secteur a atteint quelques objectifs comme la lutte contre la pauvreté et l’inclusion financière.

Pourtant, il y a eu quelques difficultés en 2008, comme la mauvaise gestion et la montée des impayés. Cette crise a révélé les faiblesses du microcrédit, notamment le faible contrôle interne et l’approche purement comptable des impayés. C’est alors qu’un certain nombre de mesures d’assainissement et de restructuration ont été instaurées par Bank Al-Maghrib dans l’objectif de voir le fonctionnement et les modes de gestion des AMC converger vers les pratiques bancaires. Ce qui a abouti à la lutte contre les prêts croisés (prêts octroyés par plusieurs associations à un seul bénéficiaire) avec la mise en place d’une centrale des risques, le renforcement de la gouvernance et l’encadrement des autorités financières et aussi la concentration du secteur. Aujourd’hui, les treize associations de microcrédit sont performantes grâce à un cadre réglementaire bien déterminé par le ministère des finances et Bank Al-Maghrib.