Micro-assurance : 2 milliards de DH de primes potentielles à  collecter par an

Le marché est très faiblement desservi par quatre compagnies qui proposent des couvertures à  des primes allant de 22 à  150 DH par an. Un peu moins de 500 000 contrats souscrits à  ce jour.
La diversification des canaux de distribution et la conception de produits simples à  des tarifs forfaitaires sont utiles pour élargir le marché.

L’assurance populaire à bas prix ne prend pas. D’après la Fédération marocaine des sociétés d’assurance et de réassurance (FMSAR), le marché est bien là mais l’offre est insuffisante. «Les assureurs ne s’intéressent pas à ce genre de produits à faible émolument», confie une source bien placée à la fédération. La première expérience menée par La Marocaine Vie et l’Association Inmaa remonte à 2010 avec la commercialisation d’une assurance décès-invalidité et une assurance accidents corporels à raison de 22 DH par an et par produit. Fin 2012, Saham Assistance a investi ce créneau en s’associant à Al Amana micro-crédit pour mettre sur le marché Tayssir Al Amana, une offre d’assurance hospitalisation, maternité, maladies redoutées, accidents, funérailles, assistance avec transport ambulatoire moyennant une prime de 6,25 DH le mois. Axa est également présente sur ce segment grâce à deux produits, en l’occurrence Micro assurance prévoyance (décès emprunteurs, décès prévoyances, frais d’obsèques et hospitalisation) et Micro assurance dommages (incendie & inondation, multirisque habitation et multirisque professionnelle) en partenariat avec Fondep à 140 DH par an.

Il faut aussi signaler le produit multirisques sécheresse offert par Mamda-MCMA qui s’apparente à un produit micro-assurance étant donné son prix in fine, après subvention de l’Etat.
En tout et pour tout, ce sont un peu moins de 500000 contrats qui sont souscrits à date d’aujourd’hui. Sachant qu’un client peut souscrire plus d’un contrat. Il faut dire que les couvertures proposées répondent à des besoins pertinents et très précis de la clientèle à revenus réduits. Par exemple, pour le contrat Tayssir Al Amana, le concept diffère de l’assurance classique dans la mesure où l’indemnisation se fait par forfait de 5 000 DH par sinistre. «Sa force réside aussi dans la célérité de la prise en charge avec l’absence de contre-visite et des documents à produire», relève Youssef Benchekroun, DG d’Al Amana micro-crédit, qui rapporte que 320 000 contrats ont été déjà souscrits par ses clients sur les 500 000 que compte le marché. «En retenant une prime psychologique de 200 DH toutes assurances facultatives confondues, le potentiel estimé d’après les enquêtes se situerait entre 1,6 et 2 milliards de DH», ajoute M. Benchekroun. Ce volume de primes représente 5 à 8% du marché actuel de l’assurance et jusqu’à 20% si l’on ne retient que les couvertures similaires à celles offertes par la micro-assurance. La population éligible à ce type de couvertures est estimée à 4 millions de foyers.

L’essentiel de la clientèle émane des associations de micro-crédit et des souks hebdomadaires

Compte tenu de cette manne, qu’est-ce qui fait que les assureurs n’investissent pas sérieusement ce business? En premier lieu, le prix très bas des couvertures peut en décourager plus d’un, celui-ci n’étant pas en ligne avec les politiques commerciales et de rentabilité arrêtées par quelques compagnies. Deuzio, les canaux de distribution sont très restreints. Aujourd’hui, l’essentiel de la clientèle émane des associations de micro-crédit et des guichets ambulants dans les souks hebdomadaires. «Le modèle de distribution actuel (agents et courtiers) ne permet pas de toucher cette clientèle en raison de la modicité de la prime donc de la commission. Elles sont donc amenées à imaginer de nouveaux circuits», souligne le DG d’Al Amana.
De plus, la sinistralité observée est relativement élevée. D’après les sources du secteur, quand les opérateurs du micro-crédit proches de cette population ont offert la micro-assurance, le plein potentiel de leurs clients cibles a été vite atteint, mais la sinistralité a atteint 35% en 3 ans.

Cela dit, le faible taux de pénétration de la micro-assurance devrait s’améliorer dans les années à venir, particulièrement grâce au développement des offres des compagnies d’assurance, du soutien de l’Etat et de l’accompagnement des associations de micro-crédit. Déjà, plusieurs opérateurs commencent à s’y mettre avec plus de détermination. Récemment, Wafa Assurance s’est associée à Al Barid Bank pour lancer le produit solidarité obsèques Rahma. Dans le même registre, Attawfik microfinance est aussi en train de parachever une offre de micro-assurance pour sa clientèle. Les offres d’autres compagnies seraient en gestation, selon des sources du secteur. D’autre part, le management d’Al Amana et Saham Assistance sont en cours de sonder les voies pour connecter leurs assurés au système Ramed pour qu’ils puissent être couverts aussi dans les cas de maladies lourdes.