Miamar, un projet structurant associant logements et commerces

L’architecte Sà¢d Benkirane réalise, dans un bà¢timent en demi-lune, une résidence de 56 logements, avec des commerces, conçue comme un pivot de raccordement urbain à  la lisière du boulevard de la grande ceinture en direction d’Aïn Chock.

La commande initiale consistait en l’aménagement d’un lotissement sur un terrain de 17 ha. Après analyse du lieu, l’architecte estime qu’une partie du terrain doit recevoir un élément marquant, un projet qui assurera l’interface entre le lotissement de résidences individuelles à  deux types de densité, 600 m2 ou 200 à  250 m2, et la voie, soumise à  un itinéraire de grand passage, qui remonte vers Aà¯n Chock depuis le boulevard de la grande ceinture. Suivant cette recommandation, le maà®tre d’ouvrage accepte de dégager 5 000 m2 pour un immeuble au programme mixte, Miamar, 56 logements et des commerces accompagnés d’espaces verts et d’un parking. «Nous avons travaillé en concertation avec l’Agence urbaine de Casablanca de manière à  obtenir un consensus autour de la volumétrie et l’on a pensé naturellement à  un bâtiment en demi-lune». Pour Sâd Benkirane, c’est cet élément qui, dès le départ, a structuré le dessin du lotissement et des voiries qui convergent vers le demi-cercle et ramènent progressivement la circulation vers la grande voie.
Ce bâtiment de cinq niveaux, blanc – des enduits aux garde-corps et du pare-soleil aux menuiseries -, offre une première lecture d’ensemble par sa façade concave. Il repose sur des points porteurs qui se prolongent pour en devenir l’ossature principale, ponctuée par une trame très régulière qui organise tous les percements. Avec cet outil, l’architecte a composé toute une cadence de carrés et de rectangles ; de redans ou de retraits ; d’alignements d’éléments divers, en jouant avec les balcons qui sortent comme des tiroirs sur les façades, des baies horizontales et leurs allèges insérées dans un module en creux, des claustras isolés ou juxtaposés deux à  deux, etc.
Trois axes intermédiaires, comme des arches en renfoncement, sont percés de passages sous le premier étage. Ils correspondent aux trois grandes rampes graduées qui rayonnent du jardin vers l’arrière du bâtiment. Ils assurent une échappée visuelle et l’accès aux logements sur la façade convexe. Quatre entrées affirmées par les volumes sortants, en briques de verre, des quatre cages d’escalier. Ils naissent au premier étage pour s’interrompre plus haut que l’acrotère lisse qui ceinture l’ensemble. Sa hauteur permet de dissimuler les paraboles collectives installées sur la toiture terrasse accessible.

L’organisation spatiale n’est pas sacrifiée aux choix formels de l’architecte
Sur les deux façades principales, un brise-soleil en forme d’aileron est ancré par des nervures ajourées et des câbles d’acier. Selon son emplacement, il passe en ligne continue ou interrompue devant ou au-dessus des ouvertures des commerces. Plus haute que large, la dimension de ces baies ne fragilise pas l’assise du bâtiment. Elles composent, sur la façade avant, une colonnade qui protège les façades des commerces en léger retrait. A l’arrière, la dimension des baies varie pour rattraper en douceur la pente du terrain.
Sur chaque façade latérale, un mur aveugle avance en encorbellement à  partir du premier étage. Des balcons avec portes-fenêtres découpent la tranche d’espace ainsi créée. En-dessous, les portes d’accès au parking. Depuis l’entrée à  droite du bâtiment, jusqu’à  la sortie à  l’opposé, une allée centrale progresse en suivant la forme du terrain. De rez-de-chaussée en sous-sol, elle distribue en sens unique les stationnements.
Le projet ménage autant de volumes construits que d’espaces extérieurs. Un jardin, planté de palmiers et de jacarandas, est dessiné entre la grande voie et la courbe de la résidence. Le terrain s’incline pour donner accès à  une place et aux commerces. Les espaces du rez-de-jardin sont conçus pour recevoir tous types d’activités, du commerce aux services utiles pour l’ensemble du quartier.
Une étude particulière sur les plans d’aménagements intérieurs des appartements a permis de rattraper le décalage dû à  la forme en demi-lune en mettant les «chutes» dans les parties circulatoires ou les zones de service. L’architecte n’a pas voulu sacrifier l’organisation spatiale à  ses choix formels. Il lui était essentiel de donner aux appartements une géométrie orthogonale pour avoir des espaces commercialisables qui correspondent à  des éléments codifiés car, pour lui, l’architecture est «un acte sérieux, citoyen, réclamant un engagement total et permanent oà¹, s’il est nécessaire de rêver, il s’agit de rêver juste»

Une démarche résolument contemporaine
Après avoir obtenu son diplôme d’architecte en 1975 à  Toulouse, Sâd Benkirane s’installe à  Rabat o๠il crée son agence en 1980. Entouré d’une équipe pluridisciplinaire, il réalise, dans une démarche résolument contemporaine, de nombreux projets dans des domaines très diversifiés : hôtellerie, bureaux, resorts, grands équipements, logements, résidences… dont l’hôtel Sofitel Diwan de Rabat ; le mail de logements de Hay Ryad à  Rabat ; les stades de Marrakech et d’Agadir en association avec l’architecte italien Vitorio Gregotti.