Menace de grève des pilotes à  la RAM

A l’origine de la fronde, la décision d’affecter des pilotes à la
nouvelle base de Marrakech.

Encore de l’eau dans le gaz à la RAM. C’est devenu quasiment une donnée structurelle. Chaque automne, la compagnie connaît son lot de déboires avec, en corollaire, des grèves à répétition. Cette fois-ci, la décision de la compagnie de créer une base de pilotes à Marrakech et la mutation, jugée «autoritaire», d’une partie du personnel navigant technique (pilotes et copilotes) dans cette ville pour y résider de manière permanente, n’a pas été du goût d’une partie de ces pilotes. Dès lors, l’AMPL (Association marocaine des pilotes de ligne), qui a tenu une assemblée générale le 14 septembre courant, a décidé de réagir contre cette mesure jugée arbitraire, les responsables ayant, selon l’AMPL, pris cette décision sans avoir consulté les représentants des pilotes.
S’agissant des mutations, si les représentants des pilotes estiment que la compagnie a le droit de créer des bases de pilotes là où elle veut, ils trouvent que cette opération aurait dû se dérouler dans la concertation et surtout prendre en compte les conséquences sur la vie familiale et professionnelle de certains d’entre eux. En clair, explique une source à l’AMPL, certains pilotes et copilotes vont voir leurs rémunérations baisser substantiellement s’ils travaillent continuellement au départ de Marrakech. Et pour cause, une baisse du nombre d’heures supplémentaires, qui leur procure quelque 30% de leurs émoluments est à prévoir. Pour les pilotes, il aurait fallu imaginer et discuter un système de compensation avec les représentants des intéressés eux-mêmes. Mais selon l’AMPL, ce n’est pas dans les habitudes de la maison de discuter avec ses employés ou de les écouter. La preuve étant la mise à pied de 8 jours infligée dernièrement à un pilote qui a décollé de Paris avec 20 minutes de retard, pour une histoire de repas qu’on lui a servi et qu’il a jugé non conforme à la réglementation en vigueur sur la sécurité.
Première réaction des pilotes, il a été décidé, dans un premier temps, de retarder tous les vols et escales marocaines de quinze minutes durant les journées de samedi 21 et dimanche 22 septembre. Par la suite, l’éventualité d’une grève n’est pas à écarter car il semble qu’il n’y ait pas que cette histoire de centre à Marrakech qui fasse de l’ombre à la compagnie.
L’affaire se corse, en effet, quand on sait que cet événement a été l’occasion, pour l’AMPL, de remettre sur le tapis d’autres problèmes récurrents. Le plus saillant étant l’inexistence, à ce jour, du statut des pilotes. En outre, le procès verbal de l’Assemblée générale, tenue le 14 septembre, relève d’autres points à l’origine de la grogne: le manque de considération de la direction envers le corps des pilotes de ligne ; l’absence de dialogue avec leurs représentants malgré les demandes d’audience répétées de l’AMPL au président. Sur ces deux points, las de voir leurs demandes de dialogue rester sans suite, les partenaires sociaux de la RAM ont même interpellé, le 27 mai dernier, par le biais du groupe CDT à la Chambre des Conseillers, le ministre des Transports et de l’Equipement au sujet du malaise qui règne au sein de la compagnie, et dont le ministre de tutelle ne semblait pas être au courant.

Les pilotes ont sollicité l’arbitrage du Premier ministre
Les partenaires sociaux ont même demandé audience au Premier ministre, Driss Jettou, pour solliciter son arbitrage sur ce problème. La lettre qu’ils lui ont adressée, le 23 juin 2003, insiste particulièrement sur l’absence de dialogue avec la direction de la compagnie, y compris lorsqu’il s’agit de discuter «de la sécurité des vols». Cette missive évoque d’autres revendications ayant trait au non-respect des protocoles d’accord signés entre la direction et les partenaires, notamment la convention collective de janvier 2000 «devant établir les règles de gestion administrative et le classement professionnel du personnel de la RAM».
Autre problème, tout récent: les recrutements à l’Ecole nationale de pilotage auraient été caractérisés cette année par des entorses qui font craindre à l’association une dégradation de la qualité des pilotes marocains.
A l’heure où nous mettions sous presse, la direction de la RAM nous a informés qu’elle allait recevoir jeudi les représentants des pilotes. S’agissant des mutations à Marrakech, sur les 30 personnes affectées, 24 (6 commandants de bord et 18 copilotes) sont volontaires, et 6 seulement ont été désignés. Ils bénéficieront, selon la direction, de primes de logement, de déménagement, etc.
Enfin, noton que l’année prochaine, une nouvelle base sera ouverte à Agadir