Médicaments : les industriels menacent de licencier et de geler les investissements

Pour les industriels, cette nouvelle révision à  la baisse des prix n’est pas conforme à  l’accord de juillet 2012. Ils estiment même qu’elle risque de compromettre les objectifs du contrat programme. La profession appelle l’Exécutif à  reconsidérer sa décision.

Les sociétés pharmaceutiques sont mécontentes, et elles comptent le faire savoir. Dans une réunion des trois associations professionnelles (l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique, l’Association marocaine des médicaments génériques et Maroc innovation santé), tenue le jeudi 25 avril, elles dénoncent la décision du ministère de la santé de procéder à une troisième baisse des prix des médicaments sans concertation avec les opérateurs et contrairement à l’accord signé en juillet 2012 avec la profession. Cet accord portait, rappelons-le, sur une réduction du prix des médicaments en deux temps. La première baisse concernant une liste de 320 produits à usage hospitalier est déjà effective. La liste des médicaments concernés par la seconde baisse n’est pas encore rendue publique. Mais selon des sources proches du dossier, environ 1 200 produits seront touchés.

Les objectifs du contrat programme en jeu

Les sociétés pharmaceutiques estiment que cette troisième baisse annoncée verbalement par le ministère de la santé, lors d’une réunion avec son secrétaire général, «est une mauvaise surprise pour la profession qui a déjà fait un effort et ne peut se permettre une nouvelle concession qui ne profitera même pas aux consommateurs mais servira plutôt, et c’est ce qu’elles dénoncent, à compenser la baisse du chiffre d’affaires enregistrée par les pharmaciens». Explication : le ministère de la santé prévoit la réduction du prix de tous les médicaments coûtant moins de 300 DH. Parallèlement à cela, il augmentera la marge des pharmaciens qui passera de 30 à 34%. Cette mesure, si elle est appliquée, se traduirait par une perte de 500 MDH de chiffre d’affaires pour les industriels qui ont déjà supporté un recul de 700 millions suite à la première baisse des prix des 320 produits à usage hospitalier.

Au-delà de la perte du chiffre d’affaires, cette nouvelle baisse des prix des médicaments obligerait les laboratoires pharmaceutiques à freiner leurs programmes de développement, notamment leurs investissements qui totalisent annuellement 300 MDH pour la mise à niveau ou l’extension des unités. Ils signalent que l’essentiel des investissements vise la production des médicaments génériques aux fins d’exportation mais aussi pour le marché local dont l’élargissement est prévu dans la stratégie du ministère de la santé. Ces investissements pour une mise à niveau continue est derrière le positionnement du secteur, qui compte 32 laboratoires (filiales de multinationales, entreprises fabriquant sous licence et unités fabriquant leur propre palette de génériques…), à la deuxième place dans les industries chimiques après les phosphates. Pour réduire leurs charges, les industriels disent qu’ils seront amenés à réduire des emplois.

Le gel des investissements tout comme la réduction des effectifs vont à l’encontre des objectifs du contrat programme signé en 2012 avec le gouvernement. «Nous nous considérons comme trahis par le ministère de la santé qui prend une décision totalement opposée et au contrat programme et à l’accord du 12 juillet 2012 !», dénoncent les associations professionnelles. Et d’ajouter : «Nous interpellons les ministères de l’industrie, de l’emploi et des finances qui sont aussi signataires du contrat programme afin de reconsidérer la décision prise par le ministère de la santé qui compromet sérieusement la réalisation des objectifs du contrat programme».

Le contrat programme prévoit globalement, faut-il le rappeler, la réalisation d’un chiffre d’affaires de 2 milliards de dollars sur le marché local et de 1,1 milliard de dollars à l’export ainsi que la création de 5 000 emplois directs et 12 500 emplois indirects à l’horizon 2023. Il vise aussi la croissance de la demande locale de médicaments qui se situe actuellement à 320 DH par habitant et par an.

Dans le cadre de ce contrat programme, deux segments à fort enjeu économique et social ont été érigés en priorité : la production des médicaments génériques et celle des médicaments chers. Pour le premier segment, qui dispose d’un potentiel de développement significatif à l’international, en particulier sur le marché africain, les opportunités sont importantes. Car la part du marché mondial des génériques devrait atteindre près de 39% en 2015 contre 27% en 2010.
Le potentiel est également important pour le deuxième segment, à savoir la fabrication de médicaments chers. Il implique la création d’emplois à forte valeur ajoutée et justifie pleinement les plans d’investissements et la mise à niveau continue engagés par le secteur. Ainsi, les produits oncologiques par exemple devraient enregistrer une croissance annuelle moyenne de 5 à 8% entre 2011 et 2015.