Médicaments : l’arrivée des génériqueurs arabes soulève des inquiétudes

Jules Phare, laboratoire émirati, s’installera prochainement au Maroc

Compte tenu de la taille du marché, les fabricants locaux craignent une érosion
de leur chiffre d’affaires

La baisse du prix des génériques
pourrait bouleverser le marché.

Les fabricants locaux de médicaments génériques sont inquiets. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la menace ne vient pas, comme ils le craignaient il y a une année, de l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis (cet accord a officiellement fixé la durée du brevet de protection à 20 ans), mais plutôt de certains pays du Moyen-Orient, notamment les Emirats Arabes Unis et la Jordanie. Sans oublier l’Egypte, la Turquie et l’Inde, qui ciblent également le Maroc.

Déjà, les Emiratis, notamment le laboratoire Jules Phare, frappent à la porte. Les autorités compétentes, en l’occurrence le ministère de la santé, disent ne pas avoir été encore approchées, mais des offres d’emploi ont été lancées pour le recrutement de pharmaciens et de biologistes.

Les industriels souhaitent le maintien du prix du générique à 40 % du prix du princeps
Quel que soit l’état d’avancement de ce projet, sa concrétisation aura certainement pour corollaire l’arrivée des autres investisseurs, jordaniens, indiens ou égyptiens, un impact négatif sur le marché des génériques au Maroc, mais également pour les pharmaciens d’officine.

Concernant les retombées sur le secteur pharmaceutique, l’arrivée des laboratoires arabes concurrents aggravera l’effritement des prix des génériques et par là même des chiffres d’affaires des laboratoires marocains. Aujourd’hui, les génériques représentent 30 à 35 % des 200 millions d’unités de médicaments (soit un chiffre d’affaires global de 4,5 milliards de DH) vendues globalement sur le marché marocain.

Les laboratoires marocains, environ une vingtaine d’entreprises familiales qui ont réalisé de gros investissements pour développer les génériques, se trouvent aujourd’hui confrontés à deux problèmes majeurs. D’une part, du fait de la longue durée de protection du brevet, ces laboratoires sont aujourd’hui contraints de fabriquer de vieilles molécules. D’autre part, ils sont confrontés à une forte concurrence sur les génériques qui tirera les prix vers le bas. Par ailleurs, la fabrication des vieilles molécules rendra plus difficile l’accessibilité des nouveaux princeps (molécules mères) pour les patients.
Quant aux pharmaciens, la forte concurrence des fabricants de génériques leur occasionnera une grande gêne et aggravera, selon un industriel de la place, la crise qu’ils vivent. «Aujourd’hui, il y a un débat sur le prix du générique que l’on souhaiterait maintenir à 40 % du prix du princeps pour en arrêter la baisse. Si cette limitation se fait, elle permettra d’arrêter l’érosion de la marge des pharmaciens», explique le responsable d’un laboratoire marocain. La même source ajoute que «la marge du pharmacien est de 30 %, ce qui peut paraître suffisant. Seulement, avec la baisse soutenue des prix des génériques, elle devient insignifiante dans certains cas, notamment lorsque le prix du générique atteint par exemple 24 DH !». La baisse du prix du générique se traduit par une baisse des ventes du fait que les officinaux, surtout lorsqu’il s’agit d’automédication, recommandent les princeps (rentabilité oblige) car le prix, plus élevé, leur garantit une marge confortable. Aujourd’hui, la répartition des ventes de génériques (95% prescrits par les médecins du secteur public) atteste du choix que sont contraints de faire les pharmaciens d’officine.

Les exportations représentent seulement 7 à 8 % du chiffre d’affaires global
Reste à savoir maintenant comment les laboratoires marocains pourront faire face à cette menace. Un certain nombre d’industriels de la place estiment que «le rapprochement des laboratoires, et particulièrement les petits, pourrait les sauver. Il aboutirait à une spécialisation des sites de production, à une rationalisation et une optimisation du savoir-faire. Les petits laboratoires seront ainsi armés pour faire face à la concurrence». Selon ces mêmes sources, les laboratoires nationaux pourraient également, pour compenser la perte de vitesse enregistrée sur le marché local, et se positionner sur les marchés étrangers, créer des consortiums d’exportation. Aujourd’hui, contrairement à ce que l’on croit, l’exportation des médicaments à partir du Maroc demeure faible. Selon les données disponibles, les exportations représentent 7 à 8 % (selon les années) du chiffre d’affaires global du secteur.

Autre donnée intéressante : seulement 5 laboratoires réalisent 70 % des exportations. L’essentiel des exportations se fait vers l’Algérie et l’Afrique subsaharienne. «C’est dire, si l’on considère ces données, qu’il y a de grandes opportunités de développement à l’export pour les laboratoires marocains. La piste des consortiums d’exportation doit aussi être sérieusement prospectée», estime un industriel pharmaceutique.