Médecine d’urgence : 8 entreprises sur tout le Maroc dans un secteur en manque d’organisation

Plusieurs médecins disposant de cabinets assurent ce service en parallèle à  leur activité de consultation. Le prix des prestations varie fortement en l’absence de réglementation. Les ambulanciers dépendent du ministère de l’intérieur, une anomalie selon les entreprises structurées.

Désorganisée et non réglementée. C’est ainsi que les professionnels qualifient la médecine d’urgence au Maroc, appelée aussi médecine mobile, métier fortement organisé et développé sous d’autres cieux. En effet, aujourd’hui, plusieurs médecins disposant de cabinets font de la médecine d’urgence en parallèle à leur activité principale de consultation, sans remplir les conditions adéquates pour une prestation de qualité. Ils considèrent ce service comme simple complément de revenu. Pour ce qui est des entités structurées, il en existe seulement huit sur tout le pays, dont trois grandes sur Casablanca, notamment le Samu, le Semu et le Semur, en plus de Allo Tabib créé en 2010.
Les principales prestations proposées par ces structures sont les visites à domicile et les évacuations, simples ou sanitaires, de malades au Maroc ainsi que vers des structures sanitaires à l’étranger. Ces prestations sont effectuées directement ou en association avec les compagnies d’assistance notamment Mondial assistance, Maroc Assistance et Axa Assistance Maroc.
Assurant un service continu (7 j/7 et 24h/ 24), les entreprises de médecine d’urgence reçoivent, selon leurs responsables, en moyenne une trentaine d’appels par jour qui n’aboutissent pas tous à une intervention. Certains appels donnent lieu, comme le note Aziza Benkirane, patron du Samu, seulement à un soutien ou un conseil aux patients ou bien à leurs familles. Et quand il s’agit d’interventions, elles touchent toutes les pathologies aiguës ainsi que les gros malaises comme les crises cardiaques ou les accidents cardiovasculaires nécessitant une évacuation vers une structure de soins pour une prise en charge spécifique. Les professionnels signalent par ailleurs que la cadence des évacuations sanitaires augmente durant la période d’été, soit deux à trois par jour, alors qu’en hiver on compte seulement 1 à 3 transports médicaux par semaine.

Le prix de l’évacuation démarre à 400 DH chez les entreprises structurées

Si pour les consultations, les professionnels pratiquent les mêmes prix, on note plusieurs différences pour le transport médicalisé ou pas. Ainsi, les consultations à domicile sont facturées, par l’ensemble des professionnels, à 300 dirhams sans compter les médicaments, notamment les injections ou perfusions, quand cela est nécessaire. En revanche, le coût du transport demeure très variable. Chez les structures organisées, le prix d’une évacuation simple se situe entre 1 800 et 2 000 DH. Cela dit, pour les patients ne bénéficiant d’aucune couverture médicale, les prix sont beaucoup plus bas : entre 400 et 500 DH. L’évacuation par avion médicalisé avec un médecin ou sans est pour sa part facturée entre 10 000 et 50 000 DH, affirme le Dr. Alami de Allo Tabib. Et d’ajouter que «s’il s’agit de gros malades, l’évacuation peut même coûter jusqu’à 160 000 DH».
Notons que les entreprises structurées existantes actuellement sur le marché disposent de deux à trois véhicules pour le transport et d’une équipe de 7 à 8 médecins, notamment des urgentistes et des anesthésistes réanimateurs.
Quant aux petites entreprises de transport médical, leurs prix vont de 100 à 180 DH. «Avec de tels prix, il est certain que la qualité de la prestation fait défaut. On ne peut disposer de l’équipement adapté à ce type de prestations et des ressources humaines nécessaires pour le transport des malades», soulignent les professionnels. Précisons que ces entreprises ne font que de simples évacuations non médicalisées.
A l’origine de cette concurrence déloyale, la non-réglementation du secteur qui est dénoncée par les professionnels. «Cette activité ne doit être accessible qu’aux médecins urgentistes et doit obéir à un cahier des charges déterminé. Or, sur le terrain, il n’en est rien !», déplore l’un d’entre eux qui ne manque pas de souligner que la prestation du transport médical est la plus concernée. Les transporteurs relèvent du ministère de l’intérieur et non pas du ministère de la santé. Le cas du Maroc est, selon les professionnels, un cas exceptionnel dans ce domaine.
Autre anomalie, le service d’hygiène de la wilaya octroie les autorisations aux entreprises d’ambulances et c’est à lui que revient le contrôle annuel des conditions d’exercice d’activité. Mais, sur les dix dernières années, les professionnels de médecine d’urgence affirment qu’il n’y a eu aucun contrôle !  
Ces anomalies et dysfonctionnements ont fait l’objet de plusieurs écrits adressés par les entreprises structurées du domaine au ministère de la santé, mais sans aucune suite. Elles espèrent aujourd’hui que le nouveau ministre de la santé, El Hossein El Ouardi, soit plus à leur écoute.