Mazagan : la deuxième tranche sera-t-elle réalisée ?

Les travaux devraient commencer d’ici fin 2012, mais le groupe Kerzner n’a même pas entamé les démarches administratives ni pris contact avec les autorités locales. L’Etat s’inquiète d’un retard devenu certain et a officiellement saisi l’investisseur. La crise économique n’est pas étrangère au blocage du dossier.

La situation est quelque peu tendue entre le ministère du tourisme et les responsables de la station balnéaire Mazagan. Une friction qui s’explique par le fait que le ministère n’a pas encore vu les signes annonciateurs de la deuxième tranche dont les études doivent être entamées à partir de septembre de l’année en cours. Selon une source autorisée à la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT), filiale du ministère, à qui échoit le suivi des investissements touristiques,  les responsables de la station balnéaire n’ont encore entamé aucune démarche auprès des autorités locales de la ville d’El Jadida pour la constitution du dossier de construction lequel, vu l’ampleur du projet, nécessite moult démarches et négociations avec différentes instances de la région. Ce que confirme une source au niveau de la province d’El Jadida. Or, dans la convention liant le groupe Kerzner, propriétaire de la station Mazagan, à l’Etat, il est prévu que les travaux commencent d’ici fin 2012.
De fait, l’Etat ne peut, pour le moment, invoquer un retard pour un délai qui n’a pas commencé à courir, mais qui demande quand même des pré-requis en autorisations et études pour cette deuxième tranche qui, selon la convention signée, doit être aussi importante en taille que la première. C’est en ce sens que la Smit a adressé un courrier à la direction de la station pour s’enquérir de l’évolution du projet, notamment du concept de la deuxième tranche, des éléments du projet et du planning de réalisation. Les deux parties ont aussi tenu des réunions, et une rencontre est prévue, nous dit-on, pour la fin du mois en cours. Contactée pour confirmer ou infirmer ces informations, la direction de la station n’a pas donné suite à nos requêtes. Ce n’est pas étonnant, car depuis le départ de l’ancienne patronne de la station, Marie Beatrice Lallemand, et son remplacement par Stephan Killinger, la station a pratiquement cessé toute communication.

Les gérants de la station considèrent que les infrastructures de la région ne sont pas à la hauteur

Pourtant, ce n’est un secret pour personne que le développement de la deuxième phase de la station balnéaire avait été déclaré en veilleuse depuis plus d’un an par le promoteur.
A l’époque un haut responsable, réclamant au passage le renforcement des dessertes aériennes régulières, avait déclaré que pour envisager une deuxième phase de développement de la station balnéaire, il fallait qu’il y ait «adéquation entre l’offre de Mazagan et l’offre de la région».
Cela avait au moins le mérite de la clarté, car ces affirmations visaient sans détours les infrastructures de la ville d’El Jadida et de sa région que tout touriste qui séjourne à la station balnéaire éprouve le besoin de visiter au moins une fois. Les responsables de Mazagan critiquaient alors le manque de lieux de distraction dans la ville, la saleté des rues, l’absence de guides compétents, l’état des transports publics. Bref, tout ce qui devrait exister naturellement dans une ville touristique. En résumé, les responsables de la station estimaient que le promoteur ayant investi dans la région, c’est un juste retour des choses que les clients qu’il reçoit puissent trouver une infrastructure publique de qualité.
Maintenant, il faut aussi se rendre à l’évidence que la crise qui frappe le secteur du tourisme depuis trois ans, et particulièrement depuis 2011, n’est pas étrangère au fait que le groupe Kerzner veuille revoir ses cartes.
Positionné sur le segment du luxe, Mazagan a, comme toutes les autres destinations nationales, subi le choc de la crise. On en veut comme preuve les offres promotionnelles durant l’année 2011 pour attirer un autre segment de clients. La station serait aussi en proie à des tensions au sein même de son conseil d’administration où siègent des institutionnels nationaux de taille.
La première tranche de la station avait été inaugurée en 2009. Elle comprend un hôtel 5* de 500 chambres et suites, une soixantaine de villas, un centre international de conférences (environ 2 000 places), un golf 18 trous, un spa, plusieurs restaurants, un casino et des installations pour enfants. Une enveloppe de 3,1 milliards de DH, hors volet résidentiel, y avait été investie. Mazagan emploie 1 500 personnes, dont 800 sont originaires de la région.
En principe, la valorisation du site devrait s’achever en 2018, selon la convention signée en juillet 2004 par l’Etat et les investisseurs. A terme, la station devrait avoir une capacité de 8 000 lits, dont 3 900 lits hôteliers et 4 100 résidentiels. L’investissement global prévisionnel est de 6,3 milliards de DH.