Matériel agricole : les ventes de tracteurs explosent mais le reste ne suit pas !

3 250 tracteurs vendus à  fin octobre. Les professionnels tablent sur 4 000 à  la fin de l’année
Un CA d’un milliard de DH en 2007 contre 333 MDH en 2005.
Le niveau de mécanisation reste encore faible en comparaison avec d’autres pays
Les moissonneuses-batteuses sont faiblement subventionnées.

Malgré les conditions difficiles de la dernière campagne (l’une des plus faibles des 40 dernières années) et le démarrage poussif de l’actuelle, les distributeurs de matériel agricole ont enregistré des ventes record. Cette évolution spectaculaire et imprévue a même provoqué des ruptures de stocks ponctuelles chez certains opérateurs. D’après les chiffres de l’Association marocaine des importateurs de matériel agricole (Amima) qui représente plus de 80% du marché de la machinerie agricole, les ventes de tracteurs ont atteint, à  fin octobre, 3 250 unités. Les distributeurs espèrent atteindre 4 000 unités à  la fin de l’année, soit une progression de 46% par rapport à  2006 et… 290% par rapport à  2005 ! En terme de chiffre d’affaires, les ventes pour 2007 s’établiront ainsi à  un milliard de DH en 2007 contre 666 millions en 2006 et 333 millions en 2005.
Cette augmentation, en plus des efforts consentis par les agriculteurs, s’explique surtout par les subventions appliquées depuis octobre 2006 (reconduites cette campagne). L’Etat prend en charge 40% de la valeur du matériel avec un plafond de 90 000 DH (au lieu de 60 000 pour les particuliers et 75 000 pour les coopératives lors de la campagne précédente). Pour tout autre matériel, la subvention est désormais de 35 à  60% (au lieu de 10 à  60%). De ce fait, le montant global des aides au machinisme agricole, variable d’une année à  l’autre, dépasserait 300 MDH pour l’année en cours, selon la direction de la programmation et des affaires économiques (DPAE).
En fait, les responsables ont pris conscience du retard important pris par le Maroc en matière de mécanisation agricole. Au ministère de l’agriculture, on indique que le parc est de 43 000 tracteurs, alors que les besoins sont de
77 000. Mais le meilleur indicateur pour évaluer le degré de mécanisation d’un pays est le rapport entre la puissance fiscale et la surface arable mesuré en cheval/hectare. Le Maroc n’est qu’à  0,26 cv/ha alors que la norme est de 0,50 et que d’autres pays sont loin devant. La Tunisie affiche 0,33 ch/ha, l’Egypte 1,23, l’Espagne 2,18 et la France 4,57.

Le déficit de tracteurs est de 34 000 unités
Cependant, l’augmentation des niveaux de soutien n’explique pas tout. En effet, l’implication des fournisseurs qui ont pris l’initiative de préfinancer les montants de la subvention a contribué à  ces achats massifs. Toutefois, cette solution pèse sur leur trésorerie et ils ne peuvent la prolonger indéfiniment. Dans ce cadre, le Crédit agricole du Maroc, l’Amima et les services du ministère de l’agriculture se sont entendus pour simplifier et raccourcir les procédures de déblocage. Du coup, le tracteur neuf est accessible, même aux petits producteurs.
Pourtant, il est des professionnels qui ne partagent pas ces constats. Selon Ali Fassi Fihri, DGA de la Compagnie marocaine industrielle et commerciale (Comicom), le marché du tracteur n’a pratiquement pas évolué et aurait même baissé. A l’en croire, il s’agit d’un renversement de tendance : la reprise du neuf s’est faite aux dépens de l’occasion. Il indique que ce dernier est en voie de disparition (tant que la subvention est maintenue à  ce niveau) puisque, aujourd’hui, il se vend 80% de tracteurs neufs et 20% d’occasion, alors qu’il y a 3 ans c’était l’inverse.
Selon les professionnels, l’Etat encourage la petite et moyenne mécanisation et les producteurs qui désirent acquérir du gros matériel coûteux ou complexe (arracheuses de betterave pour
2 à  3 MDH, matériel d’élevage…) doivent compter principalement sur leurs moyens propres. Ainsi, la subvention accordée à  une moissonneuse batteuse, qui coûte entre 800 000 et un million de DH, est plafonnée à  150 000 DH, soit 15 à  18% du prix. Une mélangeuse distributrice automotrice coûtant 2 MDH est financée à  hauteur de 30 000 DH, soit 1,5% seulement. Dans ces conditions, la vente de machines neuves est quasi impossible et ne dépasse pas 2 à  3 moissonneuses-batteuses par an par exemple.
Pourtant pour la direction de la protection végétale (DPV), le Maroc s’achemine, l’ouverture aidant, vers une mécanisation plus poussée avec du matériel de plus en plus performant.
Néanmoins, compte tenu de l’ouverture des marchés, les opérateurs insistent sur la nécessité d’une normalisation à  l’importation afin de se prémunir contre les produits de qualité médiocre et parfois dangereux.
A ce jour, l’essentiel du matériel est effectivement importé. Les deux tiers des tracteurs sont de marque américaine ou européenne dont certains modèles sont fabriqués dans d’autres pays comme la Turquie, le Mexique ou le Brésil. Le tiers restant est importé directement d’Europe, notamment d’Italie et d’Allemagne. Quant au matériel d’accompagnement (appareils de traitement, semoirs, faucheuses, ensileuses, …), il provient en grande partie d’Europe (France, Espagne, Portugal, Italie, …) ; une partie, environ 20%, vient de Turquie.
En ce qui concerne le matériel de travail du sol (charrues, chariots, citernes…), il est surtout d’origine locale. Ces équipements sont fabriqués aussi bien par les grandes sociétés que par l’informel qui en écoulent 4 000 unités/an. Ce nombre est faible puisque les besoins sont d’au moins le double (avec 2 outils par tracteur et 4 000 tracteurs).
Les coûts de production étant élevés, la production en petite quantité ne permet pas au secteur structuré de fixer des prix abordables au regard des moyens financiers des agriculteurs qui sont amenés à  opter pour le secteur informel (50% moins cher que le matériel de marque), même si la qualité du produit est médiocre.