Matériaux de construction : Une année 2014 pas très reluisante

La baisse de 5% de la demande de ciment à  fin octobre donne le ton pour tout le secteur de la construction. Autant les entreprises de travaux publics que les promoteurs immobiliers ont réduit leur consommation. La situation de certaines filières est aggravée par la surcapacité et l’afflux de produits d’importation. Dans ce contexte, les industriels n’ont appliqué que de faibles hausses de prix, amplifiées toutefois par les circuits de distribution.

Le secteur des matériaux de construction s’apprête à boucler une année 2014 pas très reluisante. Le marché du ciment donne le ton. A fin octobre, les ventes de ce produit enregistrent une baisse de plus de 5% par rapport à la même période de 2013, à 11,7 millions de tonnes. Même si le ciment est le seul matériau dont les chiffres de vente sont rigoureusement dressés, il est possible de déduire sur la base de ses statistiques la situation des autres filières. Le ciment sert en effet directement d’intrant à d’autres matériaux de construction comme il peut être consommé en quantités proportionnelles à d’autres produits. Il faut savoir par exemple que 2,2 tonnes de sable sont consommées par tonne de ciment, selon les normes rapportées par les professionnels. Aussi, les produits en béton préfabriqué absorbent actuellement 9% de la production de ciment. Ce n’est pas trop s’avancer donc que de dire que la majorité des matériaux de construction verront leur demande baisser à fin 2014, dans les mêmes proportions que le ciment. Ce que confirme d’ailleurs David Toledano, président de la Fédération des industries des matériaux de construction (FMC), qui généralise la baisse aux produits en céramique, la brique, le marbre, l’acier, les produits en béton…
Toutes les catégories de consommateurs ont réduit leurs commandes, avec, côté travaux publics, des entreprises pénalisées par les retards des reports de crédit au niveau des administrations.
Mais, c’est surtout la petite forme de la promotion immobilière, qui absorbe historiquement la plus grande partie de la production de matériaux de construction, qui a le plus pesé. Les mises en chantier ont stagné au premier semestre de l’année, à plus de 150200 unités, et la production régresse de 11,5%, à 104200 unités, selon les chiffres officiels. Et la situation est loin de se stabiliser jusqu’à présent.
Tout le secteur de la construction essaie d’évaluer la demande réelle en matière de logement social et de moyen standing, explique le président de la FMC. En effet, malgré la signature de plusieurs conventions entre promoteurs et l’Etat, beaucoup de chantiers tardent à démarrer. Idem pour ce qui est des grands projets d’infrastructures. «C’est pour cela que nous estimons que nous ne disposerons d’une meilleure visibilité que d’ici deux ans», indique M. Toledano.

La baisse de la demande est d’autant plus délicate à gérer pour les filières en situation de surproduction. Dans le lot, on compte le secteur cimentier dont la surcapacité dépassait déjà 6 millions de tonnes à fin 2013, avec une consommation de 14,8 millions de tonnes et une capacité de production autour de 21 millions de tonnes, laquelle devrait aller en s’aggravant avec les nouveaux investissements prévus sur les prochaines années. Idem pour les opérateurs du béton préfabriqué qui se sont multipliés, induisant une surproduction croissante, à tel point qu’il n’y a pas actuellement d’unité de béton préfabriqué qui exploite plus de la moitié de ses capacités, assurent les professionnels. Il en est encore ainsi des industriels de la brique dont les stocks s’accumulent du fait de la surproduction devenue structurelle sur la filière et évaluée à 15%.
D’autres filières sont en plus enfoncées par une montée en puissance des produits d’importation. Cela est notamment le cas du contreplaqué dont le principal fabricant national est Cema Bois de l’Atlas. Celui-ci a certes pu obtenir l’application de mesures antidumping, consistant en un droit de 25% sur le contreplaqué importé de Chine et a investi massivement pour pouvoir se remettre en selle. Mais l’industriel est toujours mis à mal par les pratiques déloyales des importateurs.

Dans ce contexte difficile pour les producteurs, on imagine mal les prix augmenter, et pourtant… De légères augmentations ont été appliquées sur le ciment, le sable et l’acier, constate la FMC. Celles-ci amortissent le choc subi par les industriels au niveau de leurs facteurs de production, avec en première ligne l’énergie. Les prix du fioul lourd ont augmenté de 60% sur les 11 derniers mois, ce qui a été particulièrement pénalisant pour les cimentiers, justifie-t-on auprès de la FMC. A tout cela s’ajoute la nécessité de répercuter les taxes introduites dans la Loi de finances 2013 sur le sable et le rond à béton.

Et ces hausses de prix des producteurs ont été manifestement amplifiées au niveau des distributeurs dont la politique de tarification suit en grande partie la seule loi de l’offre et de la demande. Pour ne citer que quelques produits, il est possible de constater auprès des distributeurs de détail entre Casablanca et Rabat une hausse de 2 DH pour le sac de ciment de 50kg depuis le début de l’année, un renchérissement de 1 000 DH pour un chargement de sable et des prix allant jusqu’à 4 DH la brique contre 2,50 DH en moyenne en 2012.

Les premiers pénalisés par ce renchérissement sont les adeptes de l’auto-construction qui achètent leurs intrants au fur et à mesure de l’avancement de la construction, ce qui les expose directement aux fluctuations du marché. Pour leur part, les promoteurs immobiliers ont de plus en plus tendance à engager leurs sous-traitants sur un coût de revient fixé sur la durée, en général pour plus de six mois n