Matériaux de construction : la demande en baisse à  deux chiffres

La consommation de ciment, sable, béton préfabriqué, brique et bois dégringole en raison de l’essoufflement du logement social et de l’autoconstruction. Les industriels redoutent de nouvelles taxes sur leurs produits qui les contraindraient à  rogner leurs marges.

Il n’aura fallu que quelques échos, faisant état de nouvelles taxes sur les matériaux de construction dans la prochaine Loi de finances, pour mettre tous les industriels du secteur sur le qui-vive. Ces opérateurs, rassemblés sous la bannière de la Fédération des matériaux de construction, ont demandé à rencontrer ces dernières semaines le ministère de l’habitat pour le mettre en garde contre les effets néfastes d’une telle décision. Ils basent leur argumentaire sur les retombées négatives des prélèvements déjà appliqués pour le sable et le fer à béton depuis l’entrée en vigueur de la Loi de finances 2013. Selon eux, ces taxes ont naturellement eu pour effet direct d’encourager des pratiques illégales surtout dans le secteur du sable. Elles ont aussi, indirectement, déstabilisé des filières utilisant les produits taxés comme intrants, avec en première ligne le béton préfabriqué. «Depuis le début de l’année, nous avons subi des augmentations de prix de nos intrants allant jusqu’à 20%», soutient Mehdi Maachi Haddou, vice-président de l’Association marocaine de l’industrie du béton. Il faut dire que les opérateurs du fer à béton et du sable ont répercuté intégralement les nouvelles taxes sur leurs clients, ce qui établit actuellement le prix du premier produit à 7DH/kg alors que le sable est écoulé 160 DH/m3 pour celui de concassage et 360 DH/m3 pour celui de dune et de dragage. «Face à ces augmentations d’intrants, avec une demande qui décline et une offre qui s’élargit, les industriels n’ont de choix que de garder leurs prix inchangés et de rogner sur leurs marges», explique M. Maachi Haddou. Dans ces conditions, certains opérateurs auraient cédé à l’informel, selon la profession.

Quand on sait que les autres filières sont soumises aux mêmes conditions de marché, pour le moins tendues, l’on comprend pourquoi toute l’industrie s’oppose farouchement à de nouvelles taxes. En effet, la promotion immobilière qui tire la consommation de la majorité des matériaux de construction a considérablement ralenti la cadence. Les mises en chantier des opérations économiques et sociales (logement social et auto- construction), seul segment encore dynamique il y a peu, ont dégringolé de 46% au premier semestre de l’année, selon les chiffres officiels. Et la demande est restée quasiment au point mort ce début de second semestre en raison de l’interruption d’une majorité de chantiers durant l’été, d’autant plus que la saison a concordé avec le mois de Ramadan.

Les prix de la brique et du bois en baisse

De fait, le ciment dont les ventes cumulent une baisse historique de 11,8% sur les 7 premiers mois de l’année devrait maintenir un recul à deux chiffres pour le mois d’août. L’on craint même de terminer l’année sur une baisse de 10%, révèle Mohamed Chaibi, président de l’Association professionnelle des cimentiers (APC). Selon les industriels, ces conditions sont peu propices pour augmenter les prix ; ceux-ci auraient été dans l’ensemble maintenus inchangés depuis fin 2012.

L’industrie de la brique, pour sa part, constate une baisse de la demande de 50% sur 2013 en comparaison à l’année passée, estime Mohamed Kassou, président de l’Association professionnelle des briquetiers. Du coup, il y a eu pression sur les prix-sachant par ailleurs que le secteur est empêtré dans une situation de forte surproduction. Le prix de la brique de 7 cm qui représente jusqu’à 80% de la demande a fondu de 1,80 DH en 2011 à 1,20 DH actuellement. «Ceci alors que, paradoxalement, les industriels ont vu leurs coûts de transport flamber du fait qu’ils doivent écouler leurs marchandises loin de leurs marchés naturels saturés», fait savoir M. Kassou.

Le bois n’est pas mieux loti. Le recul de la demande est de l’ordre de 10% en comparaison avec l’année 2012 qui elle-même n’était pas une bonne année, estime Ali Fassi Fihri, président de l’Association marocaine des industries du bois et de l’ameublement. Ceci alors que l’offre s’est maintenue. Les professionnels notent une recrudescence des exportations européennes vers le Maroc qui compensent la déconfiture du marché égyptien. Dans ces conditions, après avoir engrangé une augmentation de 5 à 10% sur le premier semestre, les prix baissent dans les mêmes proportions, principalement auprès de distributeurs rencontrant des problèmes de trésorerie et contraints de déstocker pour y faire face.
Avec des chantiers qui devraient encore subir un coup d’arrêt à l’occasion du prochain Aid Al Adha, la fin d’année promet d’être délicate pour l’industrie des matériaux de construction.