Marrakech : un déficit en eau de 13 Mm3 en 2015 et 52 Mm3 en 2030

Les précipitations ont baissé de 20% durant les dernières années.
A compter de 2015, 39 millions de m3 d’eau seront mobilisés pour 24 golfs ouverts à  Marrakech.
Les pouvoirs publics prennent le problème en main pour rassurer les opérateurs.

Si la question de la rareté et de la gestion de l’eau se pose de manière aiguë au Maroc, et particulièrement dans la partie du sud du Royaume, la région de Marrakech connaît en la matière une urgence pressante. En effet, le développement  urbanistique et touristique rapide de la ville ocre et sa région et l’insuffisance de ses ressources en eau bousculent continuellement l’équilibre, au demeurant précaire, entre les réserves et les besoins.
Une telle situation a incité la wilaya de la région à organiser le 6 octobre courant  une journée d’études sur cette question, journée qui a vu la participation de spécialistes et de représentants d’organismes concernés au premier chef par la problématique de l’eau dans la région de Marrakech-El Haouz-Tensift (Agence du bassin hydraulique, ONEP, RADEEMA, ORMVAM, CRI…). Les représentants de ces organismes ont pu développer leur vision sur le sujet et clore les débats avec des recommandations, certes d’ordre général, mais dont l’un des buts est de rassurer les investisseurs en leur montrant que ce problème est suivi de près par les autorités et les responsables au niveau national et régional.
La région a connu ces dernières années une baisse des précipitations de l’ordre de 20%, ce qui, conjugué à une exploitation abusive de ses eaux, s’est traduit par une baisse des réserves souterraines (nappes phréatiques). Selon les estimations de l’office national de l’eau potable, la demande d’eau potable pour la seule ville de Marrakech passera de 65 Mm3 en 2010 à 78 millions en 2015 puis 114 millions en 2030. Sur la même période les ressources en eau mobilisables passeront, elles, de 67 à 62 Mm3 par an. Conséquence, la ville de Marrakech connaîtra, dès 2015, un déficit en eau de 13 Mm3 par an qui ira en s’aggravant pour atteindre 52 Mm3 en 2030. Les régions de Rhamna et d’El Haouz ne sont pas mieux loties. Les trois accuseront, selon les estimations de l’ONEP, un déficit global de 26 Mm3 en 2015 et de 78 Mm3 en 2030.

Traitement des eaux usées pour l’arrosage des golfs

Mais comment rationaliser la ressource quand on sait que la région se développe à un rythme effréné ? Selon le Centre régional d’investissement (CRI), 4 900 projets (300 milliards de DH d’investissement) ont été lancés entre 2003 et 2009 dans la région. Parmi ces projets, 1 767 sont des projets touristiques. Selon la Régie d’eau et d’électricité (Radeema), Marrakech à elle seule comptera quelque 24 golfs à l’horizon 2015, alors qu’elle en compte 5 actuellement, ce qui va nécessiter à cette échéance la mobilisation d’environ 39 Mm3 d’eau par an, alors que la région vit ce que les spécialistes qualifient de stress hydrique.
De fait, le recours au traitement des eaux usées pour l’arrosage des golfs constitue pour l’heure un compromis provisoire qui demande à être renforcé (voir encadré). La réponse à cette question, et à d’autres, viendrait, apprend-on, de la mise en œuvre du plan de développement et d’aménagement des ressources en eau ( PDAIRE) qui est en cours de finalisation et qui consisterait,  entre autres, à opérer des transferts de bassin d’eau du nord du pays vers le sud.

141 projets recensés dans le cadre du plan «Maroc vert»

Mais la région de Marrakech avec ses cinq provinces reste malgré tout une région à prédominance rurale dans la mesure où sur une population de 3,1 millions d’habitants, 63% vivent encore dans les campagnes. Les terres agricoles utiles représentent 1,44 million d’hectares sur une superficie totale de 3 millions, l’agriculture accaparant par conséquent environ 90% de la consommation en eau. Une telle configuration a fait que l’approche pour la gestion rationnelle de l’eau dans cette région prônée par le plan «Maroc vert» se révèle plus novatrice. Cette approche se veut à la fois «régionale, territoriale et environnementale» dans la mesure où elle intègre des variables qui vont au-delà de la gestion de l’eau pour s’intéresser aux problèmes socio-économiques des populations rurales : lutte contre l’exclusion et la pauvreté, développement de l’agriculture, regroupements des petits investisseurs. On signale à cet égard que 141 projets ont été recensés dans la région dans le cadre du plan «Maroc vert».
Cette pression sur les ressources hydriques, notamment la baisse du niveau des nappes phréatiques dans cette région «se traduit, explique-t-on à l’ONEP, par une augmentation des prix de production». Aux yeux des responsables de cet office, les nappes doivent constituer des réserves stratégiques, la consommation devant s’appuyer sur les eaux dites de surface.