Marrakech irriguera enfin ses golfs et jardins avec des eaux recyclées

Six ans après le premier coup de pioche, la station de traitement et de réutilisation des eaux usées pleinement achevée. Le potentiel de ressources alternatives est de 33 millions de m3 par an.

Avec la toute récente inauguration de l’unité de traitement et de réutilisation des eaux usées de Marrakech, la donne de l’approvisionnement de la ville ocre va être reconfigurée. Ce grand projet qui va générer un potentiel de ressources alternatives de 33 millions de m3 par an est novateur à plus d’un titre. Tout d’abord parce qu’il va retraiter l’ensemble des eaux usées de la ville, soit environ 120 000 m3 par jour.
Ensuite parce que l’unité dont le coût est de 1,23 milliard de DH intègre plusieurs volets comme l’utilisation de l’énergie en cogénération (qui va couvrir 43% des besoins de la station elle-même) et la désodorisation des eaux traitées de manière à ne pas incommoder les habitants. Un autre élément doit être pris en considération, c’est le fait que ce projet est monté sur la base d’un partenariat public/privé puisque si le gouvernement, représenté par le ministère de l’intérieur et l’ex-secrétariat d’Etat à l’eau et l’environnement, y met 150 MDH et la Régie autonome de distribution d’eau et d’électricité de Marrakech (Radeema) 596 millions, les promoteurs privés (treize promoteurs golfiques), eux, déboursent dans l’opération 486 millions. Soit un budget global de 1,23 milliard de DH. Les études ont absorbé 27 MDH, 818 millions ont été dédiés à la station de traitement elle-même et 387 millions ont servi à la construction des 5 stations de pompage et des 80 km de conduites pour acheminer la ressource aux endroits ciblés.

Le rendement du réseau d’eau potable est de 75%

Ces stations de pompage et les conduites constituent en fait la seconde phase du projet dont la réalisation a été effectuée en trois ans. La première phase portait sur la station de traitement construite entre 2006 et 2008.
Les 33 millions de m3 d’eau recyclée chaque année sont destinés aux golfs (5 déjà existants et 14 autres à venir), sachant que les besoins d’un seul golf se situent, selon sa taille et ses équipements, entre 1 et 1,5 million de m3 par an, ainsi qu’à la palmeraie couvrant 831 ha jusque-là arrosés par l’eau de pluie, quand il y en a, et par les rejets directs des eaux usées sur sa partie nord.
Mais, globalement, la manne d’eau récupérée va permettre à la ville de ne pas puiser dans la dotation réservée aux périmètres irrigués. Auparavant, les golfs étaient approvisionnés par la nappe et les sources superficielles. Ce grand projet s’inscrit dans la logique d’économie d’eau, surtout quand on sait que les besoins en eau de Marrakech, estimés à 350 millions de m3 par an, et du pays en général vont en augmentant. De plus la production de la station servira à soutenir le développement touristique qui requiert de gros volumes d’eau. En 2010, la Radeema (régie locale de distribution) a acheté 64 millions de m3 d’eau à l’Office national de l’eau potable (ONEP) pour faire face à la demande.
L’autre composante de cette stratégie d’économie est que le rendement du réseau doit également être optimisé car il n’est que de 75%. Cela veut dire que 25% de l’eau potable sont perdus, principalement en raison des fuites. L’ambition est de s’approcher davantage des normes européennes comme pour Marseille où le rendement est de l’ordre de 85%, estime un spécialiste.
Dans le même esprit, un grand projet structurant est dans les cartons. Il consiste dans le transfert de l’eau du barrage Al Massira à Settat vers la ville ocre à l’horizon 2017. Rappelons que le Maroc dispose de 22 milliards de m3 d’eau par an, dont 18 milliards d’eau de surface et 4 milliards d’eaux souterraines.