Maroc : Une première coopérative des transporteurs de marchandises voit le jour

Elle compte pour l’instant environ 27 transporteurs pour un parc de 50 véhicules. La coopérative devrait mieux négocier avec les fournisseurs pour le compte de ses adhérents. Elle compte sur un appui financier de l’Etat et de la Fédération des transporteurs.

Les choses bougent enfin chez les petits transporteurs de marchandises. Mis au pied du mur par la crise et par les réformes profondes que le secteur est en train de subir, certains parmi les nombreux transporteurs individuels ont décidé de se regrouper en coopérative. Une première du genre créée à l’initiative de 7 transporteurs, rejoints rapidement par une vingtaine d’autres adhérents pour former une flotte d’une cinquantaine de camions semi-remorques pouvant charger jusqu’à 27 tonnes chacun. L’assemblée générale élective s’est tenue jeudi 4 juin pour approuver les statuts de la «coopérative du transport et de la logistique à travers les routes et les ports du Maroc», et élire son bureau. Le procès-verbal dressé à l’occasion étant nécessaire pour obtenir l’autorisation d’exercer délivrée par le Bureau de développement de la coopération (ODCO). Un conseil d’administration devrait bientôt se tenir pour que la coopérative devienne opérationnelle.

Pourquoi une telle initiative et quelle rôle est-elle appelée à jouer ? Selon son président, Allal Dahouk, le regroupement des petits transporteurs est inscrit dans la réforme du transport de marchandises, entrée en vigueur en mars 2003, et dans le contrat programme 2011-2013 du secteur. Malgré cela, aucun effet sur l’atomicité qui caractérise le secteur n’a eu lieu. Aujourd’hui, les petits transporteurs sont obligés de s’organiser pour continuer à exister et la constitution de coopératives apparaît comme la solution adaptée. Elle permet en effet aux petits transporteurs de réaliser des économies d’échelles importantes tout en bénéficiant des exonérations fiscales que leur procure le statut de coopérative dont l’exonération de la TVA sur les achats de fournitures et de pièces détachées notamment.

De plus, en adhérant à la coopérative, les transporteurs devraient travailler plus que de coutume, car la répartition du fret et donc des chargements sera faite à tour de rôle de manière équitable sous la houlette de la coopérative. De même, c’est la coopérative qui s’occupera de la réparation et de l’entretien des camions, de la fourniture des pièces détachées, de l’achat du gasoil, de l’assurance…, et encaissera les recettes. Les propriétaires seront payés, eux, à la fin de chaque mois après prélèvement de leur cotisation qui devrait se situer autour de 5% de la recette réalisée par leurs véhicules, et le cas échéant de traites relatives aux frais engagés par la coopérative pour l’entretien et la réparation de leurs véhicules.

Une volonté de s’intégrer dans la stratégie logistique

Pour résumer, la coopérative est en mesure d’obtenir de meilleurs prix et de meilleurs délais de paiement auprès des fournisseurs. A titre d’exemple, le président de cette nouvelle coopérative explique qu’en matière d’assurance, la majorité des transporteurs ne connaît jamais dans le détail les risques couverts par l’assurance qu’ils ont contractée. Celle-ci contient souvent des dispositions qui excluent la couverture de certains dégâts que le transporteur est obligé de supporter lui-même en cas de sinistre.

Par ailleurs, par la constitution de coopératives, les transporteurs espèrent s’intégrer dans la stratégie de développement de la logistique initiée par l’Etat. Ils sont en effet quelque 10 000 camions à travailler à partir du port de Casablanca pour distribuer la marchandise à travers le Royaume. A terme, toutes les marchandises qui arriveront au port de Casablanca seront acheminées vers la zone logistique de Zenata et les camions semi-remorques ne seront plus autorisés à circuler en ville. La distribution des marchandises en ville devra se faire par des camions de petits tonnages (2 à 3 tonnes), dits «camions verts» qui vont de fait réduire l’activité des gros camions. Ainsi, la coopérative, une fois sur pied, pourrait aussi se placer sur ce créneau des camions verts en les achetant pour son propre compte.

Reste le financement pour le démarrage de la coopérative. Le petit capital de départ, 50 000 DH, sera assuré par une petite mise des adhérents. Pour le reste, la coopérative a reçu la promesse du ministère de tutelle pour une aide non encore précisée, mais aussi de la Fédération nationale de transport de marchandises (FNTR) qui a hérité d’une partie de la cagnotte issue de la caisse de retour à vide de l’ex-ONT destinée à la mise à niveau du secteur. Une caisse qui n’a encore jamais été sollicitée.