Maroc – Santé et environnement : C’est officiel, le sac en plastique noir est désormais interdit !

Un arrêté ministériel appliqué depuis le 4 septembre interdit l’utilisation de matière colorante noire pour les sacs en plastique.
La traçabilité, l’origine et l’identité du fabricant deviennent obligatoires.

Est-ce la fin des sacs en plastique noirs au Maroc ? Le récent arrêté conjoint du ministère de l’industrie, du commerce et des nouvelles technologies et du ministère de l’énergie, des mines, de l’eau et de l’environnement entré en application le 4 septembre courant indique que les pouvoirs publics veulent cette fois-ci en finir sérieusement. L’arrêté rend, en effet, obligatoire l’application de la norme NM 11.4.050 concernant les sacs en plastique qui devront dorénavant «être exempts de matière colorante noire». Après maintes tentatives pour mettre sur le carreau la sempiternelle mica kahla, une première étape vient donc d’être franchie. Il faut souligner que c’est à l’initiative de l’Association marocaine de la plasturgie (AMP) que le texte a pu voir le jour et que le gouvernement, de son côté, était tout aussi soucieux de la question. Va-t-elle pour autant sonner le glas de ce fléau noir qui envahit les champs et les terrains vagues aussi bien dans les villes qu’en rase campagne ? Pour Abdellah Nejjar, directeur de la normalisation et de la promotion de la qualité au sein du ministère du commerce, la réponse est oui. L’ensemble du secteur se doit dorénavant de respecter les diligences environnementales à ce sujet. La nouvelle norme va même au-delà de l’interdiction car elle réglemente désormais la qualité de ces sacs avec des critères comme l’épaisseur et l’identification obligatoire du fournisseur sur le sac.

Une campagne de communication d’envergure avant une répression stricte
Composé à partir de composants toxiques et difficilement dégradables, le sac en plastique noir présente une dangerosité sanitaire réelle. Plusieurs décès pourraient d’ailleurs être imputés à la consommation de nourriture emballée dans de tels sacs. D’après Mamoun Marrakchi, président de l’Association marocaine de la plasturgie (AMP), 99 % des sacs noirs sont fabriqués à partir de matières recyclées. Or, malgré le traitement subi par ces matières, des métaux lourds peuvent toujours y être présents. En bref, la composition chimique de ces sacs en plastique n’est pas constante et son origine n’est pas contrôlable.   D’après Taha Ghazi de la direction de la normalisation, ce type de matière doit être éradiqué. Le principe de discrétion n’entre alors plus en jeu lorsqu’il s’agit de préservation de l’environnement.
Pour la mise en application de cette nouvelle réglementation, il est prévu une première phase de vulgarisation de la norme et de sensibilisation des distributeurs, surtout auprès des petits commerçants.
L’ensemble des autorités sera mis à contribution. Ainsi, les commissions locales des contrôles dépendant du ministère du commerce mettront à profit leurs ressources dans la détection des réseaux de distribution. Un contact a également été établi avec le ministère de l’intérieur pour sensibiliser les gouverneurs à l’application de la norme et à la répression en cas de non-respect. M. Ghazi promet des contrôles stricts et systématiques aux postes frontières, les ports en particulier, pour interdire toute entrée de sac plastique noirs importés. Si doute il y a, des prélèvements seront réalisés pour effectuer des analyses dans un laboratoire. En fonction du taux de non-conformité des produits qui en résultera, un état des lieux actualisé pourra être dressé et des mesures plus strictes pourront être décidées si les résultats sont alarmants. Bien sûr, en cas de non-respect avéré, il sera alors question de poursuite judiciaire en bonne et due forme, si toutefois les autorités se prennent au jeu.
D’autres actions sont prévues comme l’accompagnement des entreprises pour respecter la norme et l’encouragement à la collecte des sacs. Des accords avec les chaînes d’hyper et supermarchés sont également à l’ordre du jour et un projet de loi est à l’étude pour consolider l’actuel arrêté. Le calendrier est en cours d’élaboration par les ministères de l’environnement et de l’industrie, en concertation avec les professionnels du secteur.
Pour l’AMP, mica kahla est un véritable handicap pour les entreprises structurées de l’industrie plasturgique, parce que 99% des sacs noirs sont réalisés à partir de matières recyclées et que la gestion des décharges n’est pas confiée aux grandes sociétés compétentes. La même source indique que c’est l’industrie informelle qui s’est emparé de ce produit avec lequel elle dégage un chiffre d’affaires annuel de 2 milliards de DH. La norme vise ainsi à lutter contre ces fournisseurs informels en remontant la filiale à partir du commerçant responsable. Pour rappel, un sac  en plastique est fabriqué en une seconde, a une durée moyenne d’utilisation de 20 minutes et met en moyenne 400 ans à se décomposer dans la nature.