Maroc : On va moins au resto, on achète moins…, les commerçants s’inquiètent

La crise économique et les inquiétudes liées aux contestations ont freiné la consommation chez les ménages. Jusqu’à  -30% de baisse chez les restaurateurs. Les enseignes d’habillement enregistrent les chiffres de ventes les plus bas depuis plusieurs années.

Le climat général actuel marqué par les grèves et les mécontentements sociaux se fait ressentir sur la consommation. Cet impact négatif touche différents secteurs, notamment ceux liés aux loisirs, à la culture mais aussi à l’habillement et à la restauration.
C’est le même son de cloche partout : les clients se font moins nombreux qu’à l’habitude. Dans les restaurants, les tables se vident et le niveau de baisse, constaté par rapport à la moyenne normale de la période, est de deux chiffres, allant jusqu’à atteindre les -30% pour les établissements les plus touchés. «On avait déjà ressenti une légère baisse entre 2009 et 2010 qui n’avait pas tardé à être résorbée avec la reprise courant 2010, mais depuis trois mois maintenant, c’est mort !», se désole Philipe Pesneau, copropriétaire de la Maison du Gourmet. Trois mois maintenant, c’est exactement le début de la vague de contestations qu’a connues le pays. Mais l’explication de cette baisse de fréquentation des établissements de restauration est plus subtile qu’il n’y paraît à première vue. En effet, la crise économique qu’a connue le monde en 2009 a mis du temps avant d’arriver au Maroc. Les entreprises établies ici se sont vues obligées de serrer la ceinture et les premiers budgets à être réduits concernaient les frais de réception. Une partie des clients étant constituée d’hommes d’affaires, l’effet ne s’est pas fait attendre. Cependant, la plus grande baisse touche la clientèle passagère. Même les familles habituées à sortir le soir ne sont plus aussi empressées qu’auparavant. «Les gens ne sortent plus comme avant», note Saïd Orji, chef-cuisinier chez «Au four à bois», «et avec la saison estivale, les examens et les congés, cela va de mal en pis». Et pourtant, pour les restaurateurs, la saison basse du secteur de la restauration s’étend traditionnellement sur les deux mois précédant Ramadan. Durant cette période, la fréquentation baisse d’une manière significative pour s’arrêter complètement pendant le mois sacré.

A Casablanca, les problèmes de circulation et de stationnement découragent les clients

Cette année, l’arrivée du mois sacré en plein août ne fait qu’accentuer la crise avec des ménages qui se hâteront de prendre leur congé plus tôt. Cette demande estivale anticipée devrait, en principe, avoir pour effet un glissement de la consommation vers le printemps. Or, il n’en est rien puisque les mois de mars, avril et mai n’ont pas été bons du tout.
Parallèlement à ce contexte, et dans une moindre mesure, dans la ville de Casablanca, certains gérants imputent leurs difficultés à la concurrence ou à l’accessibilité limitée de leur établissement en raison des problèmes de circulation et de stationnement provoqués par le chantier du tramway. Face à ce mal-être général, les restaurateurs hésitent. «On est face à l’incertitude. Si les affaires ne reprennent pas après la rentrée, beaucoup de restaurateurs se retrouveront dans le rouge. Certains seront même obligés de mettre la clé sous le paillasson, vu le poids des crédits contractés», s’inquiète Philipe Pesneau.

Ramadan situé en plein août bouleverse les habitudes de consommation

Tout le monde n’est pas pourtant aussi alarmé. Même s’il déplore les problèmes d’accessibilité, Eric Arnoux, un des gérants du groupe de restaurants constitué, entre autres, de la Bodega, de la Bavaroise et de la Sqala, se satisfait d’une activité similaire à celle de l’année dernière. Quoi qu’il en soit, pour éviter le pire, plusieurs gérants désappointés par la baisse de la fréquentation entreprennent des politiques commerciales ou de communication. Cela va de l’action commerciale avec des clients privilégiés pour les plus discrets jusqu’à l’élargissement de l’échelle tarifaire de la carte et des négociations plus fermes avec les fournisseurs. Certains se rapprochent même des sites électroniques d’achats groupés afin de revigorer leur activité.
La même situation prévaut dans le commerce de vêtements et d’accessoires de mode. La saison printemps/été 2011 ne s’annonce pas des plus rentables, malgré le fait qu’elle soit censée représenter la plus importante partie du chiffre d’affaires des magasins. Alors que tout au long de l’année les ventes restent assez timides (février considéré comme un mois creux), ce n’est véritablement qu’à partir de fin avril et jusqu’au mois de juin que les affaires reprennent. Cependant, tout le monde convient de la baisse tendancielle des ventes par rapport à la même période de l’année précédente ; certains parlent de 20%, d’autres de 30%. Pour expliquer cela, on cite le coût de la vie de plus en plus élevé, un pouvoir d’achat qui ne suit pas… On va même jusqu’à incriminer les crises internationales pour cette perte d’engouement.
Ce qui est sûr c’est que cette baisse se fait ressentir de manière disparate et à des degrés d’intensité variant selon le type d’articles proposés et la clientèle visée. Les magasins spécialisés dans les articles de plage par exemple souffrent plus que les autres puisqu’ils comptent sur les ventes de cette période pour redresser leur bilan général. «Avec une météo des plus instables cette année, les gens hésitent. En plus de Ramadan qui coïncide avec le mois d’août, l’impact se fait immédiatement ressentir», explique Youssef El Mouda, vendeur dans une enseigne d’articles de surf. En effet, pour les consommateurs marocains, les habitudes d’achat obéissent à un calendrier spécial qui ne prend pas en compte les périodes d’arrivage des nouvelles collections. Elles tablent plutôt sur des événements particuliers telle la rentrée scolaire, les fêtes religieuses, les vacances… et à un moindre degré sur les périodes de soldes. Survenu cette année en plein été, Ramadan aura donc pour effet de décaler la période des vacances, créant ainsi un bouleversement au niveau des habitudes de consommation.