Maroc : l’exploitation des phosphates s’intensifie

L’essentiel des investissements sera consacré aux installations chimiques, notamment aux infrastructures de transformation des phosphates pour permettre à  la production d’être transportée par minéroduc.

La production marocaine de phosphates et de produits dérivés, comme les engrais, devrait connaître une hausse considérable. En effet, le groupe Office Chérifien des Phosphates (OCP), qui détient le monopole de l’exploitation des phosphates au Maroc, vient de lancer un vaste programme d’investissement, dont le financement sera en grande partie assuré par l’introduction en bourse d’obligations.

En septembre, le groupe a, pour la première fois de son histoire, fait appel au marché de la dette privée et émis un emprunt obligataire de 2 milliards de DH (177,8 millions d’euros) d’une maturité de sept ans, dont le montant a été sursouscrit presque sept fois. Une tranche d’environ 1,8 milliard de DH (160 millions d’euros) est cotée à la Bourse de Casablanca.

Pour répondre aux exigences de transparence associées à l’émission des obligations, l’entreprise a, pour la première fois, publié ses résultats financiers de façon extrêmement détaillée. D’après ces chiffres, le groupe a réalisé en 2010 un bénéfice de 8,85 milliards de DH (786,8 millions d’euros), sur un chiffre d’affaires de 46,3 milliards de DH (4,1 milliards d’euros). L’endettement à long terme atteint environ 10 milliards de DH (889,1 millions d’euros) à la fin 2010, soit une baisse d’environ 10% par rapport à 2009. Les capitaux propres sont quant à eux à la hausse, à 24,4 milliards de DH (2,2 milliards d’euros).

Ces très bons résultats du groupe OCP devraient se poursuivre grâce à un projet d’investissement de 98 milliards de DH (8,7 milliards d’euros) entre 2010 et 2020, qui prévoit une augmentation de la capacité annuelle de production de phosphate pour passer des 26,4 millions de tonnes en 2010 à 50 millions de tonnes par an.
L’essentiel des investissements (44,9 milliards de DH, soit 4 milliards d’euros), sera consacré aux installations chimiques, notamment aux infrastructures de transformation des phosphates pour permettre à la production d’être transportée par minéroduc (slurry pipeline), ainsi qu’à la construction de quatre usines d’acide phosphorique et d’engrais DAP et de deux unités de granulation. Avec ces investissements, l’entreprise espère tripler sa production d’engrais d’ici 2020.

Une partie de la somme, à hauteur de 29,5 milliards de DH (2,6 milliards d’euros), sera destinée aux installations minières tandis que 6 milliards de DH (533,4 millions d’euros) seront réservés aux infrastructures. Une part de 22 milliards de DH (2 milliards d’euros) du total sera investie dans la plus grande mine de l’entreprise, située dans la ville de Khouribga, avec notamment la construction de trois usines de traitement de phosphate, dont l’une a démarré son activité l’année dernière, pour un coût de plus de 11,5 milliards de DH (1 milliard d’euros).

A Khouribga, la capacité de production de phosphates passera de 20 à 38 millions de tonnes par an. De plus, 6 milliards de DH (533,4 millions d’euros) devraient financer la construction de trois nouvelles mines qui devraient être opérationnelles respectivement en 2012, 2015 et 2017.

Parmi les investissements en matière d’infrastructure on trouve également le projet de construction d’un minéroduc pour le transport de phosphate. Sa construction sera effectuée par l’entreprise turque Tekfen et il devrait être opérationnel en avril 2013. Ce pipeline, d’une longueur de 187 km pour un coût de 4,2 milliards de DH (373,4 millions d’euros), reliera Khourigba au site industriel et portuaire de Jorf Lasfar et permettra de transporter la totalité du phosphate produit à la mine, entraînant ainsi une forte réduction des coûts de transport (qui devraient, d’après les prévisions, chuter de 7 à 8 dollars la tonne à seulement 1 dollar) ainsi que des émissions de carbone. Est également en projet, à terme, la construction d’un second pipeline.

Pour faire face aux besoins liés à l’augmentation de la capacité de la mine de Khouribga, un nouveau système d’approvisionnement en eau depuis un réservoir situé à 80 km du site est également en construction et devrait être opérationnel l’année prochaine, pour un coût d’investissement d’un milliard de DH (88,9 millions d’euros).
Le groupe a également lancé un programme, OCP Skills, visant la création de 5 800 emplois en tout et la formation professionnelle de 15 000 jeunes.

Le Maroc posséderait environ les trois quarts des réserves mondiales de phosphate et en est le troisième producteur mondial, assurant environ 17% de la production totale de minerai de phosphate. Début novembre, un communiqué du ministère de l’économie a indiqué que les prix resteraient élevés en 2012 grâce à une forte demande internationale et un resserrement de l’offre, ajoutant toutefois que les pressions sur l’approvisionnement devraient s’estomper par la suite avec la mise en place de nouveaux projets au Maroc et ailleurs.