Maroc : Les capacités de stockage des hydrocarbures se renforcent, mais pas assez

Avec l’entrée en service du terminal de stockage d’hydrocarbures de Tanger Med, les capacités de stockage du Royaume atteignent 1.5 million de m3. La progression de la demande et les importations de certains distributeurs exigent de nouveaux investissements dans le stockage.

Le terminal de stockage des hydrocarbures de Tanger Med vole-t-il la vedette aux terminaux historiques de Mohammédia et Jorf Lasfar ? En tout cas, les dernières statistiques du port montrent clairement qu’il prend de l’ampleur. A ce jour, le port dispose d’une capacité de stockage globale de 532 000 m3 de produits raffinés répartie sur 19 réservoirs. C’est quasiment le tiers de la capacité totale dont dispose le Maroc. En l’espace de quelques mois, Tanger Med a donc pu dépasser le port de Mohammédia qui, bien qu’il soit stratégiquement considéré comme un port à prédominance d’hydrocarbures, dispose d’une capacité à peine supérieure à 400 000 m3. C’est dire la montée en puissance de l’infrastructure de Tanger. Et c’est tout “bénéf” pour le Maroc car, grâce à cela, le Royaume dispose désormais d’une capacité de plus de 1,5 million de m3 répartie sur les différents ports du Royaume. Cela est-il pour autant suffisant ? D’emblée, la réponse des professionnels du secteur est catégorique : le Maroc a besoin de renforcer davantage ses capacités. Selon Adil Zyadi, président du Groupement des pétroliers du Maroc, «les projections sur les prochaines années le démontrent clairement». Le constat est confirmé par le président de la Fédération nationale de l’énergie, Moulay Abdellah Alaoui.

A l’exception des premiers mois de 2013, la consommation des produits pétroliers observe une tendance haussière depuis quelques années. Si elle a été affectée par la conjoncture, nul ne nie qu’elle reprendra un rythme ascendant dès que l’économie marocaine aura retrouvé un peu plus d’allant. Or, selon la réglementation en vigueur, les pétroliers marocains sont tenus d’observer un stock de sécurité au moins équivalent à deux mois de consommation. Si cette dernière augmente, le stock de sécurité (2 mois de consommation) devra logiquement suivre, ce qui renforce le besoin de disposer d’une plus grande capacité de stockage. D’après les statistiques disponibles auprès du ministère de l’énergie et des mines, la consommation nationale de produits pétroliers (gaz compris) est passée de près de 7 millions de tonnes à plus de 10 millions de tonnes durant ces dix dernières années.

Il faut ajouter le fait que certains pétroliers de la place recourent de plus en plus à l’importation d’hydrocarbures, et ce, dans le but de s’assurer une certaine indépendance dans l’approvisionnement. Or, une telle démarche impose systématiquement la mise en place d’infrastructures de stockage au niveau des ports de déchargement. C’est notamment ce qui se passe aujourd’hui au niveau du port de Tanger Med dont le trafic d’hydrocarbures a atteint, à peine un an après l’entrée en service du terminal, 1,15 million de tonnes sur le seul premier trimestre 2013.

L’investissement dans un bac revient en moyenne à 3 000 DH par m3

Le renforcement des capacités de stockage des hydrocarbures est donc clairement un axe stratégique pour le Maroc. Mais y parvenir n’est pas chose aisée, comme l’explique le président de la Fédération de l’énergie : «On voit déjà des opérateurs qui peinent à assurer les deux mois de stockage réglementaire». Comment peuvent-ils donc investir dans des infrastructures de stockage ? Selon la même source, répondre à cette problématique commence d’abord par la résolution des problèmes liés aux arriérés de compensation qui impactent significativement les capacités financières des entreprises du secteur. Bien que les pouvoirs publics ont fait preuve ces derniers temps d’efforts pour le règlement d’un maximum d’arriérés, la situation demeure problématique tant que ces créances sur l’Etat se chiffreront en plusieurs milliards de DH. D’après les estimations de la profession, les investissements dans les seuls bacs de stockage se chiffrent en moyenne à 3 000 DH par m3, un coût qui s’inscrit en hausse à chaque fois que les prix de l’acier s’apprécient. Sans un soutien de l’Etat, il est difficile pour les compagnies pétrolières, à quelques exceptions près, d’investir sensiblement dans le renforcement des capacités de stockage. La question qui se pose est de savoir si ce dernier a justement les moyens d’investir dans ce segment dans un contexte où la pression sur ses propres finances se fait très pesante.